05 décembre 2011

David, Jamie, Marjorie et les autres

La semaine dernière, nous avons certainement été nombreux à être profondément choqués par le geste désespéré de Marjorie, 15 ans, qui a préféré s'enlever la vie que de continuer à subir l'intimidation dont elle était victime à son école. Quelques semaines auparavant, nous apprenions celui de Jamie, jeune homosexuel également ostracisé par ses « camarades » de classe. Sans oublier cette histoire invraisemblable mais fort heureusement moins dramatique de ce jeune garçon de 12 ans qui s'était enfui de son école et avait trouvé refuge dans un arbre dont il ne voulait plus redescendre. Vous en souvenez-vous ? Très certainement, car ce « fait divers » avait fait les manchettes ce jour-là.

Ainsi s'envole la vie de ces jeunes, désespérés et incompris. Assimilée dans une presse à sensations, dans du spectacle médiatique (qu'avait-on besoin de connaître les passages de la lettre écrite par Marjorie à sa mère !), dans du sentimentalisme à deux sous qui n'a de but que de nous alléger du poids de notre responsabilité en tant que société. On porte ainsi le blâme sur les élèves harceleurs, les directeurs d'école, les enseignants, les réseaux sociaux, les parents, la publicité, la télévision, la température, la vie en général, etc.

Mais après cette hypermédiatisation du drame de Sainte-Anne-des-Monts, nous allons retourner à nos achats de Noël, non ? Pourtant, ne devrions-nous pas décider une fois pour toutes de voir le suicide des jeunes et l'intimidation comme des sujets qui dérangent, certes, mais aussi et surtout comme des enjeux de santé publique. Car, avant de poser des gestes irréparables, ces adolescents ont bien dû ouvrir une petite porte sur leur malaise, ont bien dû traîner leur tristesse autrement que dans leurs pieds, n'ont pas pu vivre l'invivable sans que cela ne paraisse ?  Alors comment pouvons-nous mieux déceler ce désespoir trop précoce ? Comment encadrer ces comportements violents et abus verbaux des agresseurs ? Car dans l'un et l'autre des deux cas, c'est un appel à l'aide à une société qui ne prête peut-être pas suffisamment attention à sa jeunesse.

Que des jeunes filles au primaire, au secondaire ou bien plus tard se traitent de « chiennes » ou de « putes », cela ne devrait pas être accepté. Bien sûr, il y a tous ces médias imprimés ou autres qui aiment stéréotyper la guerre entre les filles - entre la super sexy et l'intello, entre la populaire et la ringarde, entre la super cool et la super nulle... Bien sûr, il y a les jeux malsains vantés dans Occupation double. Mais posons-nous les questions suivantes : quand ces tout jeunes gens regardent cette mise en scène télévisuelle,  ont-ils suffisamment de recul pour ne pas la prendre au sérieux ? Quand ils entendent lors du jeu télévisé La Guerre des clans sur Vtélé l'animateur poser la question suivante aux concurrents « Quel est l'artiste dont vous ne seriez pas surpris d'apprendre l'homosexualité ? » (avec les commentaires débiles entre les réponses), ces jeunes voient-ils une injure à leur intelligence et un manque flagrant d'éthique des concepteurs et du diffuseur ?

Pas sûr...

Alors si, en tant que société, on se mettait à mieux accompagner nos enfants dès leur plus jeune âge car n'oublions pas que leurs sentiments d'adultes dépendent grandement de la qualité de leurs relations de début de vie. Soyons plus vigilants, restons toujours à 'écoute et gardons l'oeil plus grand ouvert (notamment vers ceux qui n'ont pas l'entourage affectif nécessaire) pour donner au plus grand nombre possible les outils pour développer une pensée autonome et pour se respecter et respecter les autres.

Et ce, bien avant l'entrée dans l'adolescence car, à ce moment, il n'est certes pas trop tard, mais la côte est plus dure à remonter.

1 commentaire:

  1. Catherine Fréchette7 décembre 2011 à 00:47

    Très bien dit... Bien d'accord avec toi.

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