01 septembre 2013

Mon samedi parmi des Arabes

On vient d'apprendre qu'une mosquée a été vandalisée au Saguenay. Le ministre Drainville vient de faire sa job en dénonçant par voie de communiqué cet acte de violence. On vient de faire la preuve d'une politique de bas étage...

La future Charte des valeurs québécoises n'est pas encore présentée que la fuite dans les médias de son annonce prochaine fait beaucoup de vagues, notamment dans les réseaux sociaux. Cet événement fâcheux à Saguenay vous étonne ?  Moi pas, tant la violence des propos sur le Web donne le pouls d'une montée de lait collective. Le premier et seul article à ce jour que j'ai écrit en tant que nouvelle blogueuse invitée sur le Huffington Post Québec, intitulé Un vent mauvais sur le Québec, m'a ainsi valu des commentaires méprisants et même haineux. Certains internautes, anonymes pour la plupart, allant jusqu'à remettre en question mon droit d'opinion étant donné mon statut d'immigrante. Et même pire, étant donné mon statut d'immigrante d'origine française...

Bien entendu, ma petite opinion ne vaut pas plus que celles des autres et j'ai tendance à être un peu naïve pour certains si l'on tient compte de mes petites anecdotes de Montréalaise d'adoption et de coeur. Car cette ville, je l'aime pour ce qu'elle est, et j'affirme haut et fort qu'au delà de son insularité, elle affiche véritablement une identité qui lui est propre, soit celle d'un espace public qui crée des ponts, de grands ceux-là, entre les diverses communautés culturelles qui l'occupent.

Idéaliste et humaniste, j'aime en effet m'attarder sur des images du quotidien, qui seront d'Épinal pour certains ou des clichés pour d'autres. Aussi, je déteste le jugement et les préjugés (une aversion que je dois à ma grand-mère pour qui il était inacceptable que je fasse entrer dans la famille un allemand - un boche (même si je pouvais comprendre le poids de la guerre sur sa génération) ou un arabe - un bougnoule; je me suis toujours promise de ne jamais sombrer dans de telles dérives xénophobes).  Des préjugés que je lis malheureusement en grand nombre dans les discussions autour de la future charte où l'on a tendance à associer automatiquement et sournoisement le voile, la religion musulmane et le danger sur les droits et libertés au Québec.

Bref, tout ça pour dire que j'avais envie de partager avec vous deux anecdotes vécues cette fin de semaine et qui, à mon avis, témoignent de ce mode de vie spécial « Montréal » qu'il est important de préserver parce qu'il témoigne de l'identité d'une ville unique en son genre. Suffit de voyager ailleurs pour le voir et l'admettre.

Samedi après-midi dans le rayon lingerie d'un grand magasin du centre-ville de Montréal. Dans le rayon des soutiens-gorge et des petites culottes, c'est un peu le foutoir. Mais il y a là une femme - teint foncé, voile et robe assez longue - qui s'affaire à remettre de l'ordre dans les rayons.  J'entends aussi une femme qui rappelle à l'ordre - en français - ses petites filles qui se taquinent et partagent leur opinion sur la marchandise: « regarde, maman, il est beau celui-là, hein ? ». L'employée du magasin et la cliente (elle aussi porte un voile qui cache uniquement ses cheveux) se croisent. Elles se mettent à se parler et la « maman » demande à l'autre la façon dont elle avait obtenu son travail. Elles ont le temps de se demander leurs origines. L'une venait de Somalie et l'autre de Syrie. Avec l'information en mains, la maman a continué de magasiner sa lingerie pendant que son mari attendait quelques mètres plus loin, comme le font souvent bon nombre d'hommes qui accompagnent leur blonde. Quelques minutes plus tard, c'est une femme d'une cinquantaine d'années d'origine asiatique qui me demande mon avis sur le choix d'un 34 B considérant la taille de sa poitrine qu'elle me pointait au cas où je ne savais pas où elle se trouvait. « Oh, vous savez, madame, entre un 34B et un 36B, il n'y a pas vraiment une grande différence ». Comme quoi, sur la planète lingerie, la quête de l'idéal est universelle...

En soirée, je me suis rendue chez Leila, Russo-algérienne, pour fêter l'anniversaire de Saloua, Tunisienne d'origine, en amour depuis peu avec Raffi, venu de Syrie. Se trouvaient à cette soirée, Nadia et Karima, Marocaines toutes les deux, ainsi que Radia, Algérienne également et son mari Amin (Kabyle). Ne manquaient que Samira, Algérienne également, mère de deux beaux enfants dont le père Fabio est Cubain, pour compléter le tableau. Hyper féminines jusqu'au bout des ongles, aucune ne porte de voile. Elles parlent un français impeccable - en plus de leur langue d'origine et de l'anglais - et occupent des postes clés dans les domaines de la finance, de l'architecture ou du pharmaceutique. Leur point commun ? Une fierté de leurs origines, un amour pour leur langue et un plaisir évident à partager leur culture (cuisine, musique, parcours de vie). Samedi soir, j'ai vécu dans un salon du centre-ville, une expérience d'interaction humaine et d'ouverture sur l'autre et ce, sans même franchir de frontières.

Dans notre monde de brutes, c'était là ma petite pause poétique du dimanche soir. Spécialité de Montréal.

11 août 2013

Pas actif sur les réseaux sociaux ? Dommage pour vous...

Il y a quelques années encore, le monde des communications et du marketing avait ses niches à experts. Il y avait des spécialistes des relations publiques, des attachés de presse, des conseillers en communication interne ou externe, des concepteurs-rédacteurs, des pros du marketing ou des affaires publiques. Puis, les métiers ont dernièrement évolué à la vitesse grand V avec le développement des nouvelles technologies. Il faut désormais maîtriser les outils du web, tenir éventuellement un blog et l'alimenter régulièrement, être actif sur les réseaux sociaux et avoir une connaissance approfondie des applications d'une communication 2.0 qui a tendance à brouiller les cartes. Tellement que l'on s'y perd un peu.

Voici l'exemple d'une description de tâches que j'ai lue récemment pour un poste de conseiller, communications et marketing (non, non pas de gestionnaire ou de directeur(trice)...). « Élaborer des stratégies de communication, superviser les services de l'agence de relations publiques, coordonner les entrevues avec les journalistes, mettre sur pied une liste de presse, faire une veille médiatique, rédiger des communiqués de presse, élaborer des scénarios pour des formations en ligne, développer des concepts de capsules vidéos pour différents auditoires, élaborer des stratégies de communication interne et les superviser, rechercher les sujets et rédiger le contenu du bulletin hebdomadaire interne, coordonner la production de publicités, faire le suivi des parutions publicitaires, coordonner la traduction des contenus, collaborer à la rédaction d'offres de services, réviser et améliorer si nécessaire des documents de présentation de conférences ou de formations, gérer les demandes de commandites, coordonner la production de matériel si nécessaire (objets promotionnels, affiches), faire le suivi des budgets. ».

Le service du café, avec ça ? J'exagère un peu mais tout semble lancé dans le même panier, vous ne trouvez pas ? Marketing, communications, relations publiques, commandites. Ne manque plus que la gestion des réseaux sociaux qui doit certainement être incluse dans l'élaboration des stratégies de communication. Je pourrais ajouter que la perle rare qui décrochera ce poste fourre-tout devra avoir un sens politique hyper développé, une très grande capacité d'analyse et de synthèse, des capacités exceptionnelles en gestion de projets, et une maîtrise parfaite des deux langues officielles (français et anglais) tant à l'oral qu'à l'écrit. Ah oui, j'allais oublier, elle devra être active sur les réseaux sociaux (pas seulement avoir quelques connaissances), et être disponible à l'occasion pour travailler en soirée ou les fins de semaine. Petite parenthèse au sujet de la maîtrise des deux langues officielles: je me permettrais ici d'affirmer que, malgré les propos frileux de nos politiciens, Montréal est bien une ville bilingue et le monde du travail ne fait pas exception. Ainsi, tous ceux et celles qui envisagent d'immigrer prochainement devraient être informés que le français est certes la langue du Québec, mais l'anglais suit de très très près derrière. Ils devraient être informés car ils pourraient être surpris de constater, lors d'un processus d'embauche, que leur niveau de bilinguisme est parfois davantage « scruté à la loupe » et plébiscité que leurs compétences et expertise. Car c'est de plus en plus le cas dans le domaine des communications. Permettez-moi de vous raconter cette petite anecdote. Dernièrement, j'ai eu une entrevue dans un important organisme culturel fédéral dont les bureaux sont situés dans le Vieux-Montréal (à vous de deviner). Dans une austère salle de réunion dans laquelle je fus accueillie par trois représentantes de la gent féminine, j'ai eu immédiatement l'impression que j'allais passer « au cash ». En plein dans le mille. « Pourquoi pensez-vous être la candidate idéale pour le poste ? », telle fut la toute première question que l'on m'a posée. À l'heure des nouvelles expériences 2.0 notamment dans le monde du travail, pas fort de commencer par une question vieille comme le monde. Comme le furent toutes les autres d'ailleurs. Par la suite, la discussion a bifurqué en  anglais. Bon, je l'avoue, j'ai un accent franchouillard dont je n'arrive pas à me débarrasser et qui peut brouiller les perceptions.  Toutefois, je considère que je parle anglais et que je l'écris même assez bien dans le cadre de mes  fonctions « fonctionnelles » quotidiennes comme l'envoi de emails, l'intervention dans des réunions,  ou lors de conversations téléphoniques. En revanche, jamais je n'avancerai le fait que je maîtrise la langue anglaise pour la rédaction d'outils de communication externe à incidence élevée (communiqués, brochures, contenus web, allocutions, etc.). Désolée, mais dans mon cas, la créativité ne peut passer que par mon coin de cerveau francophone. C'est d'ailleurs ce que je me suis permise de préciser (bien entendu, pas dans ces mots) par honnêteté lors de mon entrevue. Eh bien, on m'a fait comprendre à demi mots que la maîtrise des deux langues était préférable car « vous comprenez, les traducteurs, ça coûte cher ». Next ?

Je ne voudrais surtout pas que vous pensiez que je suis acerbe, frustrée, ou en mal d'attention. Je voulais simplement partager avec vous un constat qui est partagé par quelques amis et collègues du milieu. Crise et manque de budget, faible ou faible niveau d'intérêt ou de connaissances des différents corps de métier dans le domaine des communications expliquent peut-être cette tendance de plus en plus grande à retenir les services d'une personne qui saura tout faire. Parfois au détriment d'un haut standard d'exécution. Prenons par exemple la qualité de l'écriture ou de la rédaction de contenus de sites internet, de publicités, de brochures ou de magazines laisse à désirer et où le choix des mots est bien souvent loin de faire le poids. Avez-vous vu cette annonce dans le métro « La banlieue, c'pas pour moi » ? Ah, quand la paresse intellectuelle se généralise...

Est-ce « tout et n'importe quoi » qui en démoralise plus d'un dans l'univers des communications où, justement, celles-ci se font de plus en plus difficilement ou de façon bancale ? Je ne compte plus les personnes autour de moi qui envisagent de quitter un poste acquis et bien rémunéré pour se lancer à leur compte malgré l'éventuel risque de précarité qui les attend. Une drôle de contradiction alors que l'on a jamais eu autant de bons conseils et de guides vers l'accomplissement personnel : les 10 règles pour libérer votre potentiel, le top 11 des meilleures stratégies en marketing, les 12 conseils pratiques pour réactiver et libérer votre imagination, le top 20 des meilleurs «influenceurs » sur le web, etc. Alors que faire ?


Vous ne serez pas surpris si je vous dis que je n'ai pas de solution miracle. De toute façon, je suis mal placée pour le faire alors que j'ai moi-même choisi de vivre une transition de carrière au-dessus d'un grand vide et au prix de grands sacrifices. Ce n'est pourtant pas parce que je me sens dépassée. Me considérant un dinosaure dans les nouvelles technologies, je suis parvenue à être active sur les réseaux sociaux et je m'efforce de suivre de près le mouvement 2.0 sans être une experte (mais qui peut vraiment se considérer expert d'un concept dont les applications ne cessent d'évoluer...). Forte d'une riche expérience, je considère aussi avoir un bagage à valeur ajoutée pour n'importe quelle entreprise ou marque. Pourtant, je suis en réflexion. Quelle est l'expertise que je souhaite mettre de l'avant ? Est-ce bien dans ce domaine en mutation que je veux poursuivre ma route ? Quel est le type de poste qui m'inspire vraiment ? Et où ? C'est ce qu'on appelle la crise de la quarantaine, j'imagine. Je n'arrête pas de réfléchir.  En attendant, je lancerai la suggestion suivante: celle de revenir à l'essentiel en démontrant de la délicatesse envers ses pairs. Retrouver le sourire, demeurer authentique, respecter les idées des autres, motiver et encourager. Cessons un instant de suivre les concepts, conseils et gourous de l'heure qui inondent nos réseaux de communication. On pourra y revenir et les appliquer pour « réinventer » (mot à la mode) tout un monde de communications uniquement lorsque le terrain sera débroussaillé et propice à de nouvelles façons de faire. Or, si l'on en juge les commentaires cyniques et découragés sur l'expérience en entreprises, on est encore loin du compte.

Qu'en pensez-vous ?

05 août 2013

Faites votre prière pour Montréal

« C'est ben beau faire des voyages, pis dire qu'on s'inspire et qu'on peut faire la même affaire, mais moi, tout l'été, j'ai voyagé à Montréal. Je l'aime pour sa diversité. Il y a des belles choses et je veux qu'on travaille dans le respect de cette belle diversité. » Voilà quelques-uns des propos du candidat-qui-sait-parler-au-bon-peuple, Denis Coderre, rapporté dans un article sur le site de TVA Nouvelles Denis Coderre critique la vision de Luc Ferrandez. Celui-ci réagissait à la recommandation que Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal, avait faite à son retour de voyage en Europe aux conseillers de la Ville et au gouvernement québécois, qui est de s'inspirer de l'architecture et du design du Vieux Continent, notamment en ce qui concerne les transports en commun.

Mais d'où vient-il, Monsieur Coderre, alors qu'il affirme qu'il a « voyagé » à Montréal ? Est-ce  cette diversité dont il parle qui lui a donné cette impression de voyager ? Il est vrai que notre ville doit être une de ces rares métropoles où tant de ressortissants du monde entier et de cultures se mélangent. Une particularité dont elle peut être fière. Bon, pour revenir à la sortie dans la presse de monsieur Ferrandez, elle n'était certes pas la plus réfléchie car l'herbe est toujours plus verte ailleurs, mais elle a eu le don encore une fois, comme le font ses initiatives dans son arrondissement, de provoquer la réflexion. Il est vrai qu'en Europe, le réseau de transports est formidablement développé, en comparaison avec les nôtres qui sont si bancals et semblent même tomber en ruines dans certains cas. 

Avez-vous lu cette sortie de monsieur Coderre ? Qu'en pensez-vous ? Pour ma part, je suis dépitée, démoralisée, et même scandalisée car si la tendance se maintient au même niveau que cette première remontrance (ou comme le tollé que Marcel Côté, autre candidat à la mairie, a déclenché en flanchant sur le sempiternel sujet du bilinguisme de Montréal), on va encore assister à une guerre de clocher dans ce village que deviendra notre ville si elle reste figée dans ses démons, ses complexes, ses obstacles, ses intrigues. Je me demande même s'il n'est pas trop tard. Petite parenthèse, on s'interroge toujours et encore sur le bilinguisme certain de Montréal mais personne ne remet en question le niveau de langue de monsieur Coderre. Oui oui, je sais, c'est pour mieux communiquer avec le bon petit peuple...


Vous souvenez-vous de cette excellente publicité de L'archevêché de Québec qui invitait les automobilistes à faire leur prière avant d'emprunter le pont Champlain ? Eh bien, je crois que c'est le moment de faire la nôtre pour avoir pour maire un homme ou une femme de conviction et de vision. Pour ma part, puisqu'on utilise souvent ces mots à la mode que sont « vie démocratique » ou « parole citoyenne », et parce que je ne « voyage » pas à Montréal mais que j'y vis, je me permettrais de contribuer bien humblement à la course à la mairie de Montréal en suggérant quelques petits conseils aux candidats.

Avant tout, les généralités :
  • Ne plus répéter ad nauseam les mots «diversité», «créativité», «fierté». À force de se péter les bretelles ou de se reposer sur nos lauriers, on ne se remet plus en question et on avance plus. Prenons l'exemple du Festival Mode & Design. Dernièrement, j'ai entendu à la radio Jean-François Daviau, co-président et fondateur de l'événement, affirmer que Montréal était un chef de file (sic!) dans le monde de la mode en Amérique du Nord alors que tout le monde sait que nos créateurs crèvent la dalle et que nos détaillants vont en baver avec des concurrents américains qui  débarquent.
  • Ne pas affirmer ou rappeler qu'ils aiment Montréal. Nous l'espérons bien ! C'est comme si un coiffeur annonçait qu'il coupe les cheveux. 
  • Plus capable d'entendre les verbes d'action «réinventer», «revisiter», «renouveler» dans des discours surfaits. Peut-être est-ce encore le jargon de certaines agences de communication mais je n'en suis pas si sûre. C'est comme l'expression « l'art de... », servie à toutes les sauces et qui ne veut plus rien dire.

Maintenant, les attentes :
  • Les infrastructures routières et les transports en commun : c'est l'objectif Nr. 1 !!! La première priorité, comme disent justement les politiciens. La ville étouffe et ses habitants qui y habitent aussi. Peut-être pas ceux et celles qui y transitent et qui pensent que Montréal est pollué, sale et dangereux. Comme si ces fléaux ne traversaient pas les ponts. Outre la fluidité de la circulation, c'est aussi un enjeu de sécurité publique. Ne pas attendre un triste événement semblable à celui de Lac-Mégantic. Car si un pont devait s'écrouler, on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas... Le prochain maire doit arrêter de vouloir plaire; il doit mettre ses culottes, entouré d'experts, analystes et conseillers de haut calibre. On le sait bien que l'argent ne tombe pas du ciel, et qu'il va bien falloir le prendre quelque part au prix de sacrifices des uns et des autres. Que l'élu(e) revienne à l'essentiel, fasse des calculs et pige dans les caisses ou dans les portefeuilles mais, de grâce, qu'il amorce enfin des projets de construction de nouvelles rames de métro, de tramways ou de trains de banlieue. Notre fleuron national, Bombardier, pourrait certainement nous faire un bon prix, non ?
  • Des logements abordables et de qualité en ville. C'est bien beau toutes ces tours ultra modernes, branchées et hors de prix qui poussent comme des champignons au centre-ville (vous voyez, il y a de l'argent quelque part ou quelqu'un s'en met plein les poches). Ça élève le standing de Montréal en tant que grande métropole. Mais il ne faut pas oublier une tranche de plus en plus grande de la population qui en bave vraiment pour joindre les deux bouts. L'Est contre l'Ouest, ça ne fait pas un tissu social ben ben fort. Aujourd'hui et demain.
  • Les hausses de taxes et tarifs pour les Montréalais. Vous l'avez certainement constaté vous-même, tout est devenu très cher à Montréal (loyers, épicerie, restaurants, visites au musée, etc.). Exemple ? On nous annonce que les taxes scolaires vont encore augmenter parce que le seul endroit où piocher l'argent soi-disant manquant est le portefeuille du contribuable. Comprenez-vous, il faut bien reconstruire ces écoles remplies de moisissures qui rendent nos enfants malades au lieu de leur donner le goût d'apprendre... Je pense que là aussi, il y a des murs, ou des silos comme on veut, à abattre, des processus ou des procédures à dépoussiérer et surtout un gros ménage à faire dans les bureaux et même dans les placards. Ouste, les acquis pas si bien acquis...
Bref, on a besoin d'un maire qui aura une tête sur les épaules et des couilles où vous savez (le masculin est utilisé ici pour alléger le texte). Le premier débat entre les candidats à la mairie aura lieu le 16 août prochain à 20 h, à l'École d'été de l'Institut du nouveau monde (INM), à l'amphithéâtre du Pavillon Sherbrooke de l'UQAM. Entrée : 10 $ (nombre de places limité; premiers arrivés, premiers servis).

Vous y serez ?


01 août 2013

Mais on se fout de la robe blanche de Judith Lussier !

J'hallucine ou quoi ? Vous l'avez peut-être entendu, mais savez-vous ce qui a fait les choux gras sur les ondes de deux stations de radio (peut-être d'autres mais je ne les ai pas écoutés), soit l'émission Médium large avec l'excellente Isabelle Craig à la Première chaîne de Radio-Canada, et l'émission de Marie Plourde au 98,5 FM (en compagnie de la journaliste Judith Lussier et de la chroniqueure et auteure Geneviève St-Germain) : la robe blanche que la journaliste Judith Lussier (oui, la même) aimait tant, mais qu'elle ne portera plus à cause des hommes...

Tout a commencé par un article que la journaliste a écrit sur le site Internet du magazine Urbania. Intitulé La robe que je ne porte plus pour une raison X, elle raconte la terrible épreuve qu'elle a vécue tout récemment vêtue de sa robe blanche. Permettez-moi de partager avec vous quelques passages de son article : « Je ne la mets plus parce que j'ai l'impression qu'un mémo est passé à l'effet qu'une robe blanc cassé sur une fille blonde donnait l'autorisation aux gars de siffler la file, toucher la fille, la dévisager, la violer du regard (avec la langue qui sort un peu de la bouche), ou lui faire des compliments déplacés. Je ne me suis pas sentie bien, je n'ai plus jamais remis la robe. »Un autre passage ? « La plupart du temps, parce qu'ils me mettent dans cet état de terreur, ces compliments (quand ce ne sont que des compliments) détruisent ma journée ». Fin de citations.

Lorsque je lis l'article, j'ai l'impression que madame Lussier a rencontré des violeurs en série à chaque coin de rue. Elle s'est fait sifflée et elle n'aime pas ça ? Qu'elle passe son chemin, c'est fini et on en parle plus. On lui fait des remarques désobligeantes ? Eh bien qu'elle relève la tête et dise haut et fort aux malpropres de se taire. Dans notre univers urbain, il y a quand même assez de monde autour de nous pour créer un mini scandale. Elle s'est fait toucher ? Qu'elle appelle la police ! Trop facile de vider son fiel dans un article en reprochant aux hommes de baver la bouche ouverte (dis donc, elle devait être bien jolie pour déclencher autant de réactions en ligne)...

Madame Lussier use de termes comme « violer », « terreur », ou « je me sens exactement comme lorsque j'étais la cible d'intimidation au primaire ». Allez hop, brassons large pendant qu'on y est: Intimidation, égalité hommes-femmes, machisme avec l'éternel cliché des gars de la construction, les Fémen, les différences entre les générations d'hommes, etc. Voyez-vous tout ce qu'une petite robe blanche peut déclencher comme « gros débats » au Québec...

Je dirais à madame Lussier qu'elle a bien de la chance d'être terrorisée pour si peu de choses. Je suis certaine qu'un bon nombre de femmes dans le monde aimeraient être confrontées à ces « violences urbaines » plutôt qu'à celles qu'elles subissent chaque jour et qui en sont vraiment. Or, nous vivons à Montréal, une ville bien paisible et où la relation hommes et femmes est somme toute fort respectable. Je conçois que certaines situations de « drague déplacée » sont insupportables. Or, des robes blanches ou à fleurs, des shorts ras-les-fesses, des décolletés de plus en plus plongeants, on en voit aux détours de chaque rue en ville en été; j'ose espérer que toutes ces femmes et ces jeunes filles ne sont pas terrorisées à chaque regard ou sifflement admiratifs. Sinon, les designers de mode ont du souci à se faire si elles réagissent comme madame Lussier.

Entre parenthèses, je me demande si certaines des chroniqueuses-journalistes-animatrices outrées aujourd'hui ont déjà collaboré avec des magazines féminins, ceux-là même qui promeuvent une image de la femme qui est loin d'être une religieuse... 

Bien entendu, il y a des hommes grossiers, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais franchement, ce n'est pas à Montréal que les hommes sont les plus dragueurs. Dernièrement, j'étais à la piscine avec une amie, nous avons eu le plaisir de voir deux charmants hommes s'installer près de nous. Il y a bien eu certains regards échangés mais sans plus. Je ne suis pas une beauté fatale, loin de là, alors quand un homme me lance un compliment dans la rue, je dis tout simplement « merci » et je poursuis mon chemin. Petite anecdote de la semaine dernière: j'écrivais un texte dans mon carnet sur un banc au Parc Lafontaine, je ne portais pas une robe blanche mais bleue assez courte (c'est l'été, on en profite quand même !). Un jeune homme était assis sur un banc adjacent. Je me suis levée et je suis passée devant lui. Il a enlevé son écouteur de son oreille et m'a lancé « Vous avez de très belles jambes ». Hey, ça prend du courage, non ? Je lui ai gentiment répondu « merci » avec un beau sourire et j'ai poursuivi mon chemin. Si j'avais été intéressée à poursuivre la conversation, la balle était dans mon camp, il m'a laissé toute la latitude pour décider de la suite des choses. Égalité il y avait.

Alors, s'il vous plaît, mesdames qui êtes profondément choquées par le comportement de certains hommes (pas tous), n'en faites pas tout un plat, surtout pas par le biais des médias qui doivent servir à autre chose. Vous ne trouvez pas qu'un petit air de flirt en ville ferait du bien ? Ça pourrait éventuellement rapprocher ces deux solitudes que sont les hommes et les femmes qui ne savent plus trop comment s'aborder. Des compliments anodins feraient certainement du bien au coeur et à l'égo des esseulées qui ont perdu l'habitude d'en recevoir à tel point qu'elles finissent par se considérer super moches. Et puis entre nous, les filles, rien ne nous empêche de lancer des compliments aux mecs. À ce titre, je n'ai pas trop de soucis à me faire pour la gent féminine québécoise qui n'a aucune leçon à recevoir pour confronter les hommes, petite robe blanche ou pas.

28 juillet 2013

Tant de choses insignifiantes à se dire


Avant de commencer mon billet, j’aimerais apporter deux petites précisions : non, je ne suis pas jalouse de ces journalistes ou chroniqueurs qui font le métier que j’aurais toujours aimé faire, et oui, je suis un peu énervée. Et sur ce dernier point, je dois avouer qu’il y avait déjà quelque temps que je voulais sortir mon fiel. Allez savoir pourquoi j’ai décidé de le faire en ce dimanche soir. Peut-être parce que je n’avais rien d’autre à faire que de disserter sur ce désolant phénomène social : nous n’avons jamais eu autant de choses insignifiantes à dire. Certains me lanceront peut-être que c’est ce que je fais à l’instant...

Dans ce billet, je ne me permettrai pas de juger les échanges autour de nos barbecues ou sur nos terrasses, quoiqu’il y aurait aussi matière à réflexion… Non, je souhaite plutôt partager mon ras-le-bol de la piètre qualité de l’information qui se fait de plus en plus présente dans les médias traditionnels que sont la radio, la télévision et les journaux imprimés. Non, non, pas sur le plan de la langue française dont on a déjà fortement évoqué son appauvrissement. Je parle plutôt du contenu. D’un contenu de fond. N’avez-vous pas l’impression de nager, ces derniers temps, dans une mer d’informations légères, instantanées et ramâchées ? Un constant qui me donne cette désagréable impression de vivre dans un vase clos où tout ce qui a de l’importance est cette information « fait divers » - en plus de la surexposition de sujets comme le sport, la météo et le divertissement. Pas étonnant que le niveau de nos conversations autour du barbecue soient si… (Remplissez comme vous voulez).

Comment en sommes-nous arrivés à ce grand paradoxe du manque de choses à dire dans un bassin de plus en plus grand de sources d’informations ? La concurrence au Québec entre les deux géants que sont Gesca et Québecor y est certainement pour quelque chose avec leurs objectifs de rentabilité et de gros sous qui plombent la créativité de leurs journalistes, ceux-ci ayant la responsabilité de créer des contenus – lire ici « micros-contenus écrits à partir d’infos lues, vues ou entendues » transférables sur les multiples plateformes. Pas le temps pour eux de faire du journalisme d’enquête.  Résultat pour le lecteur ? Peu d’informations originales et l'impression d’entendre parler mille fois de la même chose dans la même journée. N’oublions pas que les journalistes à l’emploi de l’autre géant concurrent ont accès aux mêmes sources d’information principalement sur Internet et sur les réseaux sociaux.

Ah, ces fameux réseaux sociaux. Il y en a des vertes et des pas mûres à lire là-dedans. Surexposés par les médias traditionnels qui leur font la part belle, ils donnent aussi naissance à ce qu’on appelle des «influenceurs» dont la belle parole - payée parfois à prix d'or - peut avoir un véritable impact dans les médias. Une sorte de propagande principalement consumériste, devenue outil de relations publiques pour bon nombre d’entreprises. De plus en plus difficile de trancher entre le vrai et le faux.

Ah oui, j’allais oublier, je trouve également de plus en plus désolant la main mise d’un groupuscule d’animateurs-journalistes-chroniqueurs sur l’opinion publique au Québec (médias traditionnels et réseaux sociaux). Dans notre petit coin de planète, le fait d’entendre toujours les mêmes personnes apporter leur petit grain de sel (sic !) sur les pages de nos journaux, sur des blogues et sur nos ondes de radio est exaspérant. Qu’il s’agisse des montées de lait de la nouvelle recrue Mathieu Bock-Côté, blogueur, chroniqueur au Journal de Montréal et sur les ondes de Radio-Canada, du toujours très cynique et volubile Fred Savard ou du journaliste poli Vincent Marissal du journal La Presse, qui intervient aussi sur les ondes de RC et lors de l’émission de Bazzo.Tv sur Télé-Québec. Sans oublier les notoriétés spontanées de Gabriel Nadeau-Dubois (dont j’admire l’éloquence) et de Martine Desjardins qui leur ouvrent les micros respectivement de Richard Martineau et de Marie-France Bazzo (dans sa nouvelle émission du matin sur les ondes de Radio-Canada). 

Quoique leurs interventions puissent être fort intéressantes, il n’en reste pas moins qu’elles sont le reflet de leurs PROPRES interprétations de l’actualité. Pour ma part, je souhaiterais avoir également accès à des spécialistes, des intellectuels, des créateurs ou des experts (notamment de l’actualité internationale à laquelle on prête si peu d’intérêt) qui, de par leurs présentations et leurs connaissances, me donneront les clés pour me permettre de construire MA PROPRE opinion.

Avec une information de qualité et une connaissance plus approfondie des enjeux de société et politiques, d'ici et d'ailleurs, imaginez alors la hauteur des conversations autour de nos dîners mondains jusqu'aux petites heures du matin.

10 juillet 2013

Ces tragédies qui marquent l'imaginaire

Deux tragédies m'ont particulièrement marquée durant mon enfance. Tout d'abord, la catastrophe du camping Los Alfaques situé à 200 km au sud de Barcelone; une tragédie que j'ai vécue de loin du haut de mes onze ans. Ce jour-là, le 11 juillet 1978, un camion chargé de propylène quitte la route et termine sa course dans un camping bondé. Le conducteur avait décidé d'emprunter la route de la plage pour éviter les péages. Dans sa terrible embardée, une fissure s'est produite dans la cuve. Le gaz très inflammable explose comme une boule de feu faisant 214 morts et plus de 200 blessés. La réglementation espagnole imposera dès lors aux véhicules chargés de marchandises dangereuses de suivre un itinéraire qui évite les zones urbaines.

Le 31 juillet 1982, c'est un accident sur l'autoroute A6 en France qui fera 53 victimes. Parmi elles, 44 enfants de la région parisienne qui partaient en colonie de vacances en autocars. Ce jour-là, il y avait beaucoup de monde sur la route et il pleuvait. Un rétrécissement de chaussée provoque une collision entre plusieurs voitures et les deux autocars. Le réservoir d'un véhicule se perce, de l'essence se répand et s'enflamme. Seuls quelques enfants et un de leurs accompagnateurs ont réussi à s'extirper du brasier. Ce jour-là, j'étais en vacances avec ma famille dans un camping du Sud de la France. Quand je me suis réveillée, j'ai immédiatement compris que quelque chose clochait. Alors que le camping était chaque jour fort animé dès le bon matin, il régnait un drôle de silence. En fait, pas tout à fait car on entendait les postes de radio et de télé partout dans le camping. Un véritable choc national. Plus récemment, j'ai séjourné au Rwanda, ce magnifique pays aux mille collines. Une pente abrupte menait à la petite ville de Gisenyi au bord du lac Kivu à la frontière de la République démocratique du Congo. Plusieurs camions - plus ou moins en bon état - empruntaient chaque jour cette route. Certains d'entre eux étaient des camions-citernes, et je doute que ce fût de l'eau. Je n'osais imaginer si les freins de l'un d'entre eux devaient lâcher et entraîner le véhicule vers cette petite ville où les gens s'agglutinent dehors...

Comme vous pouvez le lire, le lien entre toutes ces tragédies est un produit dangereux, inflammable, que ce soit du gaz ou de l'essence. La vue de camions-citernes ou de trains-citernes m'inquiète toujours et jamais je ne pourrais imaginer vivre non loin d'une voie ferrée empruntée par des trains de marchandises. Cette réticence est peut-être dû aussi au fait que les trains m'ont toujours fascinée. Quand la nuit tombée, je vois au loin ces phares blancs des trains de banlieue qui prennent la forme de mastodontes qui entrent en gare, je suis toujours subjuguée. Sans parler des frissons que j'ai à chaque fois que je suis dans une voiture qui traverse une voie ferrée. Imaginez ma stupéfaction quand j'ai vu pour la première fois un train de marchandises circuler tout doucement dans le Vieux-Montréal malgré la foule aux alentours. J'étais certaine que les voies ferrées avaient été condamnées... Mais j'y pense, y a-t-il des produits extrêmement dangereux qui transitent à cet endroit là ?

Tout ça pour dire que je suis vraiment touchée par la catastrophe de Lac-Mégantic et par les drames humains qui s'y jouent. J'ose espérer que le temps pourra panser les blessures. En attendant, le choc et l'incrédulité laissent la place à la colère, fort compréhensible, chez les personnes qui ont vécu de près l'enfer.

En revanche, j'ai certaines réserves quant à la couverture qu'en ont fait nos médias jusqu'à maintenant. Je comprends bien la nécessité d'informer sur le champ. Mais quand il n'y a pas forcément de faits nouveaux, comme par exemple dans les premières heures après le drame, faut-il absolument fouiner ?  Les gens sur place n'avaient pas eu le temps de se recueillir et de réaliser ce qui venait de se passer que des hordes de journalistes débarquaient dans cette petite ville autrefois paisible. Le voyeurisme pouvait commencer sur toutes les chaînes de télé, à la radio et sur les sites internet. Je ne mets pas forcément la faute sur le dos des journalistes dépêchés sur place, et qui répondent certainement à des directives et des objectifs de pêche à LA nouvelle. Dans un monde de compétition féroce entre nos joueurs médiatiques - nombreux pour un petit marché - j'imagine que le punch est devenu maître. Malheureusement, cela donnait lieu parfois à une invasion dans l'intimité et la détresse humaine par le biais d'absurdités comme ces questions posées à des personnes encore sous le choc: « comment vivez-vous cette tragédie ? Ëtes-vous en colère ? » ou, pire, « avez-vous perdu des proches ? ». 

Est-ce moi ou il y a là un véritable manque de retenue et de tact ? Depuis quatre jours, j'ai l'impression que nous avons eu droit régulièrement à une information de type « faits divers » qui a pour unique but de nous confier à une kyrielle d'émotions fortes. Certes, cette dimension journalistique répond certainement à l'irrésistible attraction qu'a sur nous le fait divers. Mais peut-on se contenter uniquement d'une information simpliste ? Par exemple, est-ce que le fait que l'animateur Paul Houde réussisse à interviewer le chauffeur du taxi qui a transporté le conducteur du train vers son hôtel nous permettra de nous faire une opinion réfléchie et décente ? J'en doute tant le pauvre homme tentait de comprendre comme tout le monde ce qui avait bien pu se passer, et avançait des informations basées sur des... ouïe-dire. 

Après quelques semaines, on se dira encore une fois qu'il est fort regrettable qu'il faille un événement tragique pour remuer les consciences et pousser aux actes. Le transport ferroviaire est désormais dans la mire et c'est tant mieux. J'espère que nous n'attendrons pas que l'échangeur Turcot s'effondre pour comprendre qu'il y avait aussi péril en la demeure. Il est toujours irritant et inconcevable de réaliser que tout le monde savait mais que personne ne bougeait...

Pour clore ce billet, je souhaite dire aux habitants de Lac-Mégantic, si certains me lisent, que toutes mes pensées sont avec eux.

28 juin 2013

Il m'a souri, je me suis approchée...

Aujourd'hui, il a plu toute la journée comme vache qui pisse ou à boire debout (comme on dit au Québec), le ciel était plombé, certains disent à la blague que c'est le mois d'octobre le plus moche que l'on ait eu depuis longtemps. Pourtant, nous sommes bien le 29 juin. Alors, pour tenter de vous remonter le moral si besoin était, je vais vous raconter une petite histoire.

Cette histoire, c'est celle d'une femme, hum disons « mature », un peu beaucoup en mal d'amour, et un peu beaucoup submergée ces derniers temps par des émotions de toutes sortes, des plus belles aux moins chouettes. Ceux et celles qui connaissent d'assez près la protagoniste de l'histoire - ah oui, j'ai oublié de mentionner que c'est moi - doivent commencer à se prendre la tête entre les mains en appréhendant légèrement ce que je vais raconter. Car, ils le savent bien, j'ai tendance à m'attirer bien involontairement des ennuis quand il s'agit de trouver des remèdes miracles qui feront du bien au moral... Vous vous souviendrez peut-être de ma mésaventure capillaire qui a eu pour origine cette idée de poser des rallonges sur ma tête garnie de cheveux extrêmement fins et assez peu nombreux, merci. D'ailleurs, si j'y pense bien, le temps était également certainement moche à l'époque puisqu'on était au mois de janvier. J'avoue, avant de commencer, que je fais partie de celles (et de ceux) qui peuvent faire des folies suivies d'un sursaut d'intelligence qui leur fait regretter leurs « dérives ». Dans mon cas, je me sens alors comme une poule pas de tête. Vous l'avouer ne m'excuse pas certes, mais ne dit on pas qu'une faute avouée est à moitié pardonnée ?

Bon, là, je sens que vous vous impatientez; vous voulez savoir ce qui m'est arrivé, hein ? En premier lieu, cette semaine j'ai de nouveau acheté des rallonges. NON!!!!!!! (ceux et celles qui avaient déjà la tête entre les mains se sont écroulés de dépit. Pour les autres, je continue). Ah, mais attention, rien à voir cette fois-ci avec ma mésaventure capillaire (voir plus haut), je ne suis pas restée en salon huit heures pour coller des bandes de cheveux pour les décoller le lendemain à chaud pendant sept autres heures. Pas folle, la madame. Cette fois-ci, il s'agit de bandes de cheveux que je peux clipper aux endroits que je veux (uniquement sur la tête...). Pas cher, facile et assez cool. Ah oui, j'ai oublié de vous préciser que j'avais décidé quelques jours auparavant de couper moi-même les pointes abîmées de mes cheveux déjà pas très longs. Vous savez ce que c'est, on coupe par-ci, on coupe par-là pour finalement se retrouver avec une coiffure sans queue ni tête. Vous comprendrez donc qu'il fallait bien que je trouve une solution. Rassurés, maintenant ? (Petite note à Christian du salon Icône, mon cher coiffeur: surtout ne vous découragez pas si vous lisez ces lignes, ce n'est quand même pas si pire. Disons seulement que je vais attendre quelques mois avant de venir vous voir...).

Je continue ma petite histoire car ce n'est hélas pas fini. Aujourd'hui vendredi, j'avais rendez-vous dans le centre-ville. Allez savoir pourquoi, j'ai fait un petit détour par les boutiques en souterrain. Au détour d'un des nombreux kiosques de produits, je vois au loin un jeune homme pas trop mal de sa personne. Nos yeux se croisent (un eye contact comme on dit en français). D'habitude, je passe mon chemin comme si je n'avais rien vu. Mais là, on dirait qu'il y avait une sorte d'amant, oups d'aimant.  Il m'a souri, je me suis approchée, et il m'a présenté ses produits pour la peau aux innnnncroyables effets miracles grâce à leurs éléments extraits directement de la mer Morte. Pas n'importe quoi quand même. J'étais piégée. Dans un mélange de français et d'anglais, il m'embobinait : «You have so beautiful eyes», « I liked your smile as soon as I saw you ». Le coup de grâce : « I see the beginning of a relationship between us » alors que ma carte Visa commençait à avoir le tournis (il parlait ici de relation de confiance entre un expert et une cliente régulière, faut-il préciser). Hypnotisée mais bien consciente de la situation, j'ai embarqué de plein gré dans ce petit jeu de « séduction commerciale »; les petits mots doux de ce jeune homme et sa façon si douce d'étaler la crème sur ma main étaient mes petits cadeaux de la journée. « Non mais, quelle conne je suis ! », voilà pourtant ce que je n'arrêtais pas de me dire alors que je m'éloignais avec un sac bien fourni certes (il m'a quand même fait de beaux cadeaux) et la bonne conscience complètement chamboulée. Le pire, c'est que lorsque je suis rentrée chez moi, je me suis aperçue que le dessous de mes yeux étaient jaune; je revenais d'un examen ophtalmologique. «You have so beautiful eyes », mon oeil, oui...

Promis, je vous tiens au courant sur les bienfaits de ce masque anti-âge, remodelant, rajeunissant, régénérateur, antioxydant, etc. En attendant, on garde cette histoire entre nous, ok ?