28 juillet 2013

Tant de choses insignifiantes à se dire


Avant de commencer mon billet, j’aimerais apporter deux petites précisions : non, je ne suis pas jalouse de ces journalistes ou chroniqueurs qui font le métier que j’aurais toujours aimé faire, et oui, je suis un peu énervée. Et sur ce dernier point, je dois avouer qu’il y avait déjà quelque temps que je voulais sortir mon fiel. Allez savoir pourquoi j’ai décidé de le faire en ce dimanche soir. Peut-être parce que je n’avais rien d’autre à faire que de disserter sur ce désolant phénomène social : nous n’avons jamais eu autant de choses insignifiantes à dire. Certains me lanceront peut-être que c’est ce que je fais à l’instant...

Dans ce billet, je ne me permettrai pas de juger les échanges autour de nos barbecues ou sur nos terrasses, quoiqu’il y aurait aussi matière à réflexion… Non, je souhaite plutôt partager mon ras-le-bol de la piètre qualité de l’information qui se fait de plus en plus présente dans les médias traditionnels que sont la radio, la télévision et les journaux imprimés. Non, non, pas sur le plan de la langue française dont on a déjà fortement évoqué son appauvrissement. Je parle plutôt du contenu. D’un contenu de fond. N’avez-vous pas l’impression de nager, ces derniers temps, dans une mer d’informations légères, instantanées et ramâchées ? Un constant qui me donne cette désagréable impression de vivre dans un vase clos où tout ce qui a de l’importance est cette information « fait divers » - en plus de la surexposition de sujets comme le sport, la météo et le divertissement. Pas étonnant que le niveau de nos conversations autour du barbecue soient si… (Remplissez comme vous voulez).

Comment en sommes-nous arrivés à ce grand paradoxe du manque de choses à dire dans un bassin de plus en plus grand de sources d’informations ? La concurrence au Québec entre les deux géants que sont Gesca et Québecor y est certainement pour quelque chose avec leurs objectifs de rentabilité et de gros sous qui plombent la créativité de leurs journalistes, ceux-ci ayant la responsabilité de créer des contenus – lire ici « micros-contenus écrits à partir d’infos lues, vues ou entendues » transférables sur les multiples plateformes. Pas le temps pour eux de faire du journalisme d’enquête.  Résultat pour le lecteur ? Peu d’informations originales et l'impression d’entendre parler mille fois de la même chose dans la même journée. N’oublions pas que les journalistes à l’emploi de l’autre géant concurrent ont accès aux mêmes sources d’information principalement sur Internet et sur les réseaux sociaux.

Ah, ces fameux réseaux sociaux. Il y en a des vertes et des pas mûres à lire là-dedans. Surexposés par les médias traditionnels qui leur font la part belle, ils donnent aussi naissance à ce qu’on appelle des «influenceurs» dont la belle parole - payée parfois à prix d'or - peut avoir un véritable impact dans les médias. Une sorte de propagande principalement consumériste, devenue outil de relations publiques pour bon nombre d’entreprises. De plus en plus difficile de trancher entre le vrai et le faux.

Ah oui, j’allais oublier, je trouve également de plus en plus désolant la main mise d’un groupuscule d’animateurs-journalistes-chroniqueurs sur l’opinion publique au Québec (médias traditionnels et réseaux sociaux). Dans notre petit coin de planète, le fait d’entendre toujours les mêmes personnes apporter leur petit grain de sel (sic !) sur les pages de nos journaux, sur des blogues et sur nos ondes de radio est exaspérant. Qu’il s’agisse des montées de lait de la nouvelle recrue Mathieu Bock-Côté, blogueur, chroniqueur au Journal de Montréal et sur les ondes de Radio-Canada, du toujours très cynique et volubile Fred Savard ou du journaliste poli Vincent Marissal du journal La Presse, qui intervient aussi sur les ondes de RC et lors de l’émission de Bazzo.Tv sur Télé-Québec. Sans oublier les notoriétés spontanées de Gabriel Nadeau-Dubois (dont j’admire l’éloquence) et de Martine Desjardins qui leur ouvrent les micros respectivement de Richard Martineau et de Marie-France Bazzo (dans sa nouvelle émission du matin sur les ondes de Radio-Canada). 

Quoique leurs interventions puissent être fort intéressantes, il n’en reste pas moins qu’elles sont le reflet de leurs PROPRES interprétations de l’actualité. Pour ma part, je souhaiterais avoir également accès à des spécialistes, des intellectuels, des créateurs ou des experts (notamment de l’actualité internationale à laquelle on prête si peu d’intérêt) qui, de par leurs présentations et leurs connaissances, me donneront les clés pour me permettre de construire MA PROPRE opinion.

Avec une information de qualité et une connaissance plus approfondie des enjeux de société et politiques, d'ici et d'ailleurs, imaginez alors la hauteur des conversations autour de nos dîners mondains jusqu'aux petites heures du matin.

10 juillet 2013

Ces tragédies qui marquent l'imaginaire

Deux tragédies m'ont particulièrement marquée durant mon enfance. Tout d'abord, la catastrophe du camping Los Alfaques situé à 200 km au sud de Barcelone; une tragédie que j'ai vécue de loin du haut de mes onze ans. Ce jour-là, le 11 juillet 1978, un camion chargé de propylène quitte la route et termine sa course dans un camping bondé. Le conducteur avait décidé d'emprunter la route de la plage pour éviter les péages. Dans sa terrible embardée, une fissure s'est produite dans la cuve. Le gaz très inflammable explose comme une boule de feu faisant 214 morts et plus de 200 blessés. La réglementation espagnole imposera dès lors aux véhicules chargés de marchandises dangereuses de suivre un itinéraire qui évite les zones urbaines.

Le 31 juillet 1982, c'est un accident sur l'autoroute A6 en France qui fera 53 victimes. Parmi elles, 44 enfants de la région parisienne qui partaient en colonie de vacances en autocars. Ce jour-là, il y avait beaucoup de monde sur la route et il pleuvait. Un rétrécissement de chaussée provoque une collision entre plusieurs voitures et les deux autocars. Le réservoir d'un véhicule se perce, de l'essence se répand et s'enflamme. Seuls quelques enfants et un de leurs accompagnateurs ont réussi à s'extirper du brasier. Ce jour-là, j'étais en vacances avec ma famille dans un camping du Sud de la France. Quand je me suis réveillée, j'ai immédiatement compris que quelque chose clochait. Alors que le camping était chaque jour fort animé dès le bon matin, il régnait un drôle de silence. En fait, pas tout à fait car on entendait les postes de radio et de télé partout dans le camping. Un véritable choc national. Plus récemment, j'ai séjourné au Rwanda, ce magnifique pays aux mille collines. Une pente abrupte menait à la petite ville de Gisenyi au bord du lac Kivu à la frontière de la République démocratique du Congo. Plusieurs camions - plus ou moins en bon état - empruntaient chaque jour cette route. Certains d'entre eux étaient des camions-citernes, et je doute que ce fût de l'eau. Je n'osais imaginer si les freins de l'un d'entre eux devaient lâcher et entraîner le véhicule vers cette petite ville où les gens s'agglutinent dehors...

Comme vous pouvez le lire, le lien entre toutes ces tragédies est un produit dangereux, inflammable, que ce soit du gaz ou de l'essence. La vue de camions-citernes ou de trains-citernes m'inquiète toujours et jamais je ne pourrais imaginer vivre non loin d'une voie ferrée empruntée par des trains de marchandises. Cette réticence est peut-être dû aussi au fait que les trains m'ont toujours fascinée. Quand la nuit tombée, je vois au loin ces phares blancs des trains de banlieue qui prennent la forme de mastodontes qui entrent en gare, je suis toujours subjuguée. Sans parler des frissons que j'ai à chaque fois que je suis dans une voiture qui traverse une voie ferrée. Imaginez ma stupéfaction quand j'ai vu pour la première fois un train de marchandises circuler tout doucement dans le Vieux-Montréal malgré la foule aux alentours. J'étais certaine que les voies ferrées avaient été condamnées... Mais j'y pense, y a-t-il des produits extrêmement dangereux qui transitent à cet endroit là ?

Tout ça pour dire que je suis vraiment touchée par la catastrophe de Lac-Mégantic et par les drames humains qui s'y jouent. J'ose espérer que le temps pourra panser les blessures. En attendant, le choc et l'incrédulité laissent la place à la colère, fort compréhensible, chez les personnes qui ont vécu de près l'enfer.

En revanche, j'ai certaines réserves quant à la couverture qu'en ont fait nos médias jusqu'à maintenant. Je comprends bien la nécessité d'informer sur le champ. Mais quand il n'y a pas forcément de faits nouveaux, comme par exemple dans les premières heures après le drame, faut-il absolument fouiner ?  Les gens sur place n'avaient pas eu le temps de se recueillir et de réaliser ce qui venait de se passer que des hordes de journalistes débarquaient dans cette petite ville autrefois paisible. Le voyeurisme pouvait commencer sur toutes les chaînes de télé, à la radio et sur les sites internet. Je ne mets pas forcément la faute sur le dos des journalistes dépêchés sur place, et qui répondent certainement à des directives et des objectifs de pêche à LA nouvelle. Dans un monde de compétition féroce entre nos joueurs médiatiques - nombreux pour un petit marché - j'imagine que le punch est devenu maître. Malheureusement, cela donnait lieu parfois à une invasion dans l'intimité et la détresse humaine par le biais d'absurdités comme ces questions posées à des personnes encore sous le choc: « comment vivez-vous cette tragédie ? Ëtes-vous en colère ? » ou, pire, « avez-vous perdu des proches ? ». 

Est-ce moi ou il y a là un véritable manque de retenue et de tact ? Depuis quatre jours, j'ai l'impression que nous avons eu droit régulièrement à une information de type « faits divers » qui a pour unique but de nous confier à une kyrielle d'émotions fortes. Certes, cette dimension journalistique répond certainement à l'irrésistible attraction qu'a sur nous le fait divers. Mais peut-on se contenter uniquement d'une information simpliste ? Par exemple, est-ce que le fait que l'animateur Paul Houde réussisse à interviewer le chauffeur du taxi qui a transporté le conducteur du train vers son hôtel nous permettra de nous faire une opinion réfléchie et décente ? J'en doute tant le pauvre homme tentait de comprendre comme tout le monde ce qui avait bien pu se passer, et avançait des informations basées sur des... ouïe-dire. 

Après quelques semaines, on se dira encore une fois qu'il est fort regrettable qu'il faille un événement tragique pour remuer les consciences et pousser aux actes. Le transport ferroviaire est désormais dans la mire et c'est tant mieux. J'espère que nous n'attendrons pas que l'échangeur Turcot s'effondre pour comprendre qu'il y avait aussi péril en la demeure. Il est toujours irritant et inconcevable de réaliser que tout le monde savait mais que personne ne bougeait...

Pour clore ce billet, je souhaite dire aux habitants de Lac-Mégantic, si certains me lisent, que toutes mes pensées sont avec eux.

28 juin 2013

Il m'a souri, je me suis approchée...

Aujourd'hui, il a plu toute la journée comme vache qui pisse ou à boire debout (comme on dit au Québec), le ciel était plombé, certains disent à la blague que c'est le mois d'octobre le plus moche que l'on ait eu depuis longtemps. Pourtant, nous sommes bien le 29 juin. Alors, pour tenter de vous remonter le moral si besoin était, je vais vous raconter une petite histoire.

Cette histoire, c'est celle d'une femme, hum disons « mature », un peu beaucoup en mal d'amour, et un peu beaucoup submergée ces derniers temps par des émotions de toutes sortes, des plus belles aux moins chouettes. Ceux et celles qui connaissent d'assez près la protagoniste de l'histoire - ah oui, j'ai oublié de mentionner que c'est moi - doivent commencer à se prendre la tête entre les mains en appréhendant légèrement ce que je vais raconter. Car, ils le savent bien, j'ai tendance à m'attirer bien involontairement des ennuis quand il s'agit de trouver des remèdes miracles qui feront du bien au moral... Vous vous souviendrez peut-être de ma mésaventure capillaire qui a eu pour origine cette idée de poser des rallonges sur ma tête garnie de cheveux extrêmement fins et assez peu nombreux, merci. D'ailleurs, si j'y pense bien, le temps était également certainement moche à l'époque puisqu'on était au mois de janvier. J'avoue, avant de commencer, que je fais partie de celles (et de ceux) qui peuvent faire des folies suivies d'un sursaut d'intelligence qui leur fait regretter leurs « dérives ». Dans mon cas, je me sens alors comme une poule pas de tête. Vous l'avouer ne m'excuse pas certes, mais ne dit on pas qu'une faute avouée est à moitié pardonnée ?

Bon, là, je sens que vous vous impatientez; vous voulez savoir ce qui m'est arrivé, hein ? En premier lieu, cette semaine j'ai de nouveau acheté des rallonges. NON!!!!!!! (ceux et celles qui avaient déjà la tête entre les mains se sont écroulés de dépit. Pour les autres, je continue). Ah, mais attention, rien à voir cette fois-ci avec ma mésaventure capillaire (voir plus haut), je ne suis pas restée en salon huit heures pour coller des bandes de cheveux pour les décoller le lendemain à chaud pendant sept autres heures. Pas folle, la madame. Cette fois-ci, il s'agit de bandes de cheveux que je peux clipper aux endroits que je veux (uniquement sur la tête...). Pas cher, facile et assez cool. Ah oui, j'ai oublié de vous préciser que j'avais décidé quelques jours auparavant de couper moi-même les pointes abîmées de mes cheveux déjà pas très longs. Vous savez ce que c'est, on coupe par-ci, on coupe par-là pour finalement se retrouver avec une coiffure sans queue ni tête. Vous comprendrez donc qu'il fallait bien que je trouve une solution. Rassurés, maintenant ? (Petite note à Christian du salon Icône, mon cher coiffeur: surtout ne vous découragez pas si vous lisez ces lignes, ce n'est quand même pas si pire. Disons seulement que je vais attendre quelques mois avant de venir vous voir...).

Je continue ma petite histoire car ce n'est hélas pas fini. Aujourd'hui vendredi, j'avais rendez-vous dans le centre-ville. Allez savoir pourquoi, j'ai fait un petit détour par les boutiques en souterrain. Au détour d'un des nombreux kiosques de produits, je vois au loin un jeune homme pas trop mal de sa personne. Nos yeux se croisent (un eye contact comme on dit en français). D'habitude, je passe mon chemin comme si je n'avais rien vu. Mais là, on dirait qu'il y avait une sorte d'amant, oups d'aimant.  Il m'a souri, je me suis approchée, et il m'a présenté ses produits pour la peau aux innnnncroyables effets miracles grâce à leurs éléments extraits directement de la mer Morte. Pas n'importe quoi quand même. J'étais piégée. Dans un mélange de français et d'anglais, il m'embobinait : «You have so beautiful eyes», « I liked your smile as soon as I saw you ». Le coup de grâce : « I see the beginning of a relationship between us » alors que ma carte Visa commençait à avoir le tournis (il parlait ici de relation de confiance entre un expert et une cliente régulière, faut-il préciser). Hypnotisée mais bien consciente de la situation, j'ai embarqué de plein gré dans ce petit jeu de « séduction commerciale »; les petits mots doux de ce jeune homme et sa façon si douce d'étaler la crème sur ma main étaient mes petits cadeaux de la journée. « Non mais, quelle conne je suis ! », voilà pourtant ce que je n'arrêtais pas de me dire alors que je m'éloignais avec un sac bien fourni certes (il m'a quand même fait de beaux cadeaux) et la bonne conscience complètement chamboulée. Le pire, c'est que lorsque je suis rentrée chez moi, je me suis aperçue que le dessous de mes yeux étaient jaune; je revenais d'un examen ophtalmologique. «You have so beautiful eyes », mon oeil, oui...

Promis, je vous tiens au courant sur les bienfaits de ce masque anti-âge, remodelant, rajeunissant, régénérateur, antioxydant, etc. En attendant, on garde cette histoire entre nous, ok ?

20 juin 2013

C'est officiel: la cuisine surpasse la culture dans les médias.

Ça s'est passé lors de l'émission 125, Marie-Anne de Christiane Charette diffusée sur Télé-Québec le 26 avril dernier laquelle, à un certain moment, a regroupé autour de la table Gilbert Rozon, Geneviève St-Germain et Frédéric Martel, chercheur, écrivain et journaliste français. Cette réunion improbable avait pour sujet de discussion une expérience commune à tous les trois : l'opportunité qu'ils avaient eu d'assister la veille à une « conférence » (entre 9 et 15 minutes) de l'ex-président français Nicolas Sarkozy au Palais des congrès de Montréal. Quelles étaient donc leurs impressions ? Les réactions spontanées et les commentaires dithyrambiques de Gilbert Rozon et de Geneviève St-Germain m'ont véritablement frappée; nul doute, ils étaient véritablement impressionnés et emballés par le talent d'orateur du monsieur et par sa capacité à donner un avis tranché sur n'importe quel sujet, notamment économique ou géopolitique (c'est son métier quand même). Des qualités qui en faisaient un homme «extrêmement intelligent» selon les dires d'un monsieur Rozon complètement séduit. Jamais, lors de ce tour de table, il n'a été question des thèmes que monsieur Sarkozy avait abordés. Cela aurait pourtant été intéressant alors qu'il s'agissait d'une conférence ultra privée et que les représentants de la presse n'avaient pas été conviés à la demande du principal intéressé. Non, c'est uniquement la verve de l'homme qui a primé. J'aurais espéré plus de la part de madame St-Germain qui n'a pourtant pas la langue dans sa poche et qui sait exposer des opinions tranchées.

En même temps, la nature de la discussion ne m'a pas complètement étonnée car elle est représentative de  ce phénomène encore ancré au Québec, ce fameux complexe d'infériorité quant à nos formes et nos forces d'expression. Or, posons-nous la question suivante : que faut-il pour bien s'exprimer ou pour s'engager dans une conversation au sens large du terme ? À mon humble avis, il est nécessaire d'avoir une bonne culture générale, un sens aigu de la curiosité, et une ouverture d'esprit sur le monde qui nous entoure.  Avec ce bagage, il me semble qu'on l'on peut se frotter aux opinions des autres. Attention, je ne parle pas ici de niveau de langue ou d'intellect (mot à proscrire au risque de se faire catégoriser  en tant que prétentieux). Mais comment peut-on acquérir ce bagage de connaissances ? Par les livres, par les voyages, par des conférences, par des rencontres, par les médias, etc. La palette de choix est grande.

En ce qui me concerne, ma source préférée, ce sont les médias en tous genres. J'en suis une passionnée. Est-on bien servis au Québec ? Ça dépend. Pour ce qui est de l'information locale et du showbizs, très certainement, pour l'actualité internationale, moins. Pour ma part, je dois dire que je me sens un peu affamée. Je ne rentre pas ici dans les fameux débats sur la différence des médias traditionnels et des nouveaux médias ou sur le rôle des journalistes et des chroniqueurs. Je suis affamée car j'ai cette désagréable impression que l'on me sert un grand flux de nouvelles certes, mais pas toujours les bonnes ou pas toujours suffisamment étoffées pour me faire une opinion. À moins que ce soit le temps qui me manque pour le faire. L'information est à peine livrée que l'on passe déjà à autre chose. Cette façon de faire n'est pas l'apanage du Québec je le sais bien, alors que ce phénomène de multiplication des nouvelles touche tous les pays du monde. Mais au Québec, société distincte de vocation, en est une également en termes d'information journalistique. Nos centres d'intérêt tendent principalement vers les faits divers, les sports (plutôt le sport car il s'agit principalement du hockey) et la météo. Il y a de quoi ressentir parfois un sentiment de vide... intellectuel, non  ? Attention, je ne fais pas ce constat sur la seule base de ma propre perception, il y a des chiffres et des études qui démontrent la pauvreté de l'information médiatique au Québec. Si vous avez un petit moment devant vous, je vous invite à écouter la conférence ci-dessous présentée par Éric Montpetit (professeur titulaire et directeur du Département de sciences politiques à l'Université de Montréal) et Jean-François Dumas (Influence Communication).  Pas très reluisant.




En termes de couverture de presse et de niveau d'intérêt, sachez que la cuisine a officiellement surpassé la culture, c'est tout dire et c'est une tendance qui ne semble pas faiblir. Quant aux nouvelles concernant le reste du Canada ou l'actualité mondiale, elles ne sont que survolées. Pas intéressant puisque ça ne se passe pas chez nous... Lors de la conférence ci-dessous, on appelle cela une information de proximité. Bien de chez nous. « Une proximité émotive et géographique » précise monsieur Dumas. C'est aussi simple que cela. 

Mais alors, comment fait-on si on recherche des articles de fond ? Comment peut-on refaire le monde autour d'une bonne bouteille de vin si on a aucune connaissance de ce qui se trame ici et ailleurs ? Quelle est la responsabilité de nos entreprises de presse (engagées dans des stratégies de convergence) qui, par quête de profits, utilisent des contenus multiplateformes, sous-estiment le travail des journalistes et n'hésitent pas à mettre le couperet sur des émissions soi-disant trop chères à produire (j'ai en tête l'arrêt brutal de l'extraordinaire émission Une heure sur terre) ? Quel est notre rôle, en tant que consommateur de médias, dans la valorisation d'une information de qualité ? Nous donne-t-on  finalement l'information que l'on veut recevoir  et que l'on mérite ?

Si je veux rester informée, je suis consciente que j'ai des devoirs à faire, mais je suis d'avis aussi je suis en droit d'avoir - notamment de la part de notre diffuseur public - des émissions d'affaires publiques de qualité qui ouvrent des pistes de réflexion. Des tribunes qui ne donnent pas toujours la parole aux mêmes intervenants ou vedettes du petit écran ou du micro, mais aussi à des quidams qui méritent d'être entendus ou à des sommités dans leur domaine (je pense par exemple à monsieur Sami Aoun spécialiste et excellent vulgarisateur du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord). En plus de jeux et de divertissements, j'ai besoin de débats et d'échanges d'opinions, quitte à ce que l'on monte le ton ou que l'on détone. Ça peut être tout aussi divertissant. Pour vous en convaincre, ré-écoutez l'entrevue Catherine Perrin et Claude Gingras (Médium Large) qui a eu lieu cette semaine. Quel personnage quand même, ce monsieur Gingras.

Je vais vous faire un aveu. Savez-vous quelle est la chaîne de télévision qui m'interpelle avec certaines de ses émissions ? MAtv. Oui, oui, la chaîne câblée informative et citoyenne de Vidétron dont on aurait tout intérêt à reproduire certains de ses formats et thèmes d'émissions, cette fois autour de l'actualité nationale et internationale.

Ah oui, j'allais oublier. Quand je parle de débats de société, je ne pense pas particulièrement aux combats de coqs comme celui qui a pris naissance il y a quelques jours entre Marc Cassivi, chroniqueur culturel du journal La Presse et Simon Jodoin, rédacteur en chef du Voir. Ou encore plus récemment le petit tollé autour de l'article sensationnaliste de Judith Lussier publié dans le journal Métro dans lequel celle-ci s'en prenait aux professionnels des relations publiques pour justifier le peu de crédibilité de la candidate à la mairie de Montréal, Mélanie Joly. Mal avisée, la journaliste n'a pas manqué de recevoir une volée de commentaires de ceux et celles qu'elle avait si facilement fustigés.

Pendant ce temps, a-t-on véritablement parlé du néant qui caractérisait le discours et le programme de ladite candidate ? Ben non, on avait autre chose à faire avec cette petite chicane qui a mis le feu aux poudres et qui s'est éteinte comme un feu de paille...

15 juin 2013

Ce père que je n'ai pas assez bien aimé...


« La tendresse du père est presque toujours en conflit avec les intérêts du chef. » 
Marguerite Yourcenar

Sur la photo, elle apparaît frêle dans sa robe courte. Lui se tient à ses côtés, fier et beau. Dans cette petite ville du Nord de la France, ils se marient. Elle a dix-huit ans et lui dix-neuf. On ne voit pas encore le petit ventre arrondi de la mariée, la preuve de leur amour naissant mais aussi le point de bascule vers une vie d’adulte arrivée plus vite que prévu.

Nous sommes en 1967, l’époque du yé-yé affole les hanches d’une jeunesse avide d’amusement. C’est lors d’un de ces bals populaires que ma mère, timide et rêveuse, a succombé au charme d’un chef de bande rebelle qui n’hésitait pas à sortir les poings au besoin. Je suis née de cette union peu ordinaire entre un papillon qui peine à voler et un bourdon qui impose sa loi.

Cette loi, il l’imposera autant sur son lieu de travail (chantiers de travaux routiers) qu’à la maison. Même si je me souviens de moments de franche rigolade avec notre père, mon frère, ma sœur et moi connaissions les limites à ne pas déplacer. Issu d’une génération matée à coups de règle sur les doigts à l’école ou les punitions du bout des oreilles , celui-ci n'hésitait pas à user du martinet (qui servait aussi pour le chien), ou même de la ceinture quand la faute était grave. Ah oui, je me souviens aussi du rituel des bulletins scolaires. Dans le cas de mauvaises notes ou de commentaires plus ou moins favorables d’un professeur, est-il nécessaire de vous dire que nous tremblions déjà de peur alors que nous entendions au loin la voiture de notre père se rapprocher de la maison dans laquelle il n'avait même pas encore mis les pieds…?

Vous me direz que ce sont là des méthodes d’éducation un peu excessives certes, mais qu'une bonne discipline, ça forge des adultes accomplis et confiants. Peut-être. Toutefois, avant de devenir ces grandes personnes, il faut traverser une période plus ou moins mouvementée: l’adolescence. Pour ma part, le véritable clash avec mon père s’est produit à cette période de ma vie. Il faut dire que j’étais une ado hyper sensible avec la larme facile. Pas évident alors d'affronter un fort en gueule. Plus tard, beaucoup plus tard, je comprendrai que si mon père avait été psychologiquement exigeant, et parfois même méchant, avec moi, c'était la seule façon qu'il avait trouvée pour me forger le caractère et arrêter de pleurer à tout bout de champ. Disons que je n'ai pas de souvenirs d'une adolescence saine et sereine.

Jeune adulte, vous pensez bien que j’ai saisi la première occasion pour m’éloigner et m’arracher de cette emprise qui, plutôt que de me rendre en pleine possession de mes moyens, m’avait donné le sentiment de ne jamais être à la hauteur et, donc, de ne pas être la digne fille de son père.

J’ai grandi, j’ai changé et je me suis éloignée de mes parents un peu, beaucoup, puis complètement lorsque j’ai quitté la France avec mon conjoint pour le Canada. Seul le téléphone nous permettait de partager nos nouvelles, ma mère parlant toujours au nom de mon père qui n’était jamais bien loin. Et c'est seulement à 7 000 km que mes relations avec lui se sont détendues. Je redécouvrais mon père  tel qu'il avait pourtant toujours été, un homme dur avec un cœur tendre. Un homme qui avait un profond respect pour la personne que j’étais devenue et pour ce que j’avais entrepris.

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Ben oui, c’est la Fête des pères demain. Comme depuis de nombreuses années, je ne vais pas la souhaiter à mon père. Il est décédé à l’âge de 51 ans alors que j’attendais ma fille qu’il n’aura pas connue. Je parle très peu de lui, et je lui rends encore moins hommage. Ce soir, j'ai eu envie de le faire. Parce que même intraitable, strict ou insupportable, un père qui n'est plus là vient à nous manquer. Et il est trop tard pour rattraper le temps perdu dans des conneries. 

Aux funérailles de mon père, ses collègues de travail étaient venus lui rendre un dernier hommage. Chacun d’entre eux avait une anecdote de lui dans le cadre de son travail. Et savez-vous quoi ? Je ne connaissais aucun eux mais eux me connaissaient, oh que oui ! Chacun d’entre eux m’a dit à quel point mon père était fier de moi, sa fille aînée dont il leur parlait si souvent. Il ne me l'avait pourtant jamais dit...

14 juin 2013

Citation...

« On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va. »
Christophe Colomb

12 juin 2013

Citation...

« C'est pour satisfaire les sens qu'on fait l'amour; et c'est pour l'essence qu'on fait la guerre. »
Raymond Devos, humoriste français, célèbre pour ses jeux de mots