29 avril 2013

Un esprit urbain résolument « made in Montréal »

Le syndrome de la page blanche m'est tombé dessus ce mois-ci. Impossible de trouver une inspiration, un sujet ou tout simplement une petite histoire à partager avec vous. Pourtant, j'aurais dû me sentir « énergisée » par cette nouvelle étape de ma vie professionnelle à titre de travailleur autonome, la peur au ventre mais la tête prête à être bien pleine.

Au contraire, aucun sujet ne semblait avoir assez d'intérêt pour m'y attarder. Était-ce en raison de l'actualité d'ici et d'ailleurs qui apporte régulièrement son lot de tristesse ? Était-ce cette démoralisante et hyper-médiatisée Commission Charbonneau ? Ou tout simplement cet hiver qui n'en finissait plus de finir. À moins que ce fut tout ça à la fois.

Un déclic s'est produit il y a quelques jours alors que je lisais quelques pages de la dernière édition du Vogue Paris. Bang, comme ça sans prévenir. Trois articles. Trois portraits de personnalités. Trois expériences ont réussi à me requinquer en me rappelant que tout est possible... à New York. En effet, ces trois histoires de vie se déroulaient dans le centre du monde. Mais ce qui m'a particulièrement interpelée, c'est ce point commun aux trois soit leur attachement inconditionnel pour leur ville. Pour exemple, voici quelques-unes de leurs déclarations d'amour:

Jack McCollough et Lazaro Hernandez, les designers derrière la marque Proenza Schouler : « New York nous inspire pour de multiples raisons, mais surtout parce que cette ville nous maintient dans un état de nervosité. Tout le monde est toujours en train de travailler sur des projets (...). Il y a un esprit créatif tangible et que l'on peut capter facilement ».

L'auteure Zadie Smith (son best-seller Sourires de loup - écrit à 22 ans - est sorti en 2002. Changer d'avis, son dernier livre sort ce mois-ci): « New York est la seule rivale de Londres en termes d'échelle et de variété. J'avais le sentiment que si je venais ici, ma vie ne serait pas étriquée (...) ».

Le créateur Alexander Wang (qui vient de prendre les rênes de Balenciaga): « Vivre à New York, être porté par ce rythme, par cette frénésie, ça ne donne pas envie de prendre son temps. ».

J'avais presque une petite pointe de jalousie qui sourdait au fond de mon coeur en lisant leur parcours. Je leur prêtais une joie de vivre et de la fierté pour avoir réussi à réaliser leurs rêves ou à atteindre leurs objectifs à la face du monde. Ils ne semblaient pas confinés dans un carcan ou un tourbillon fataliste, source de tous les maux. Comme il semble être le cas ici à Montréal* ces dernières années.

Bien sûr, vous me direz que Montréal n'est pas New York. Mais l'ambition est-elle uniquement une question d'échelle de grandeur ? Posez la question à l'écrivain et chanteur Fred Pellerin qui a réussi à mettre sur la carte Saint-Élie-de-Caxton, c'est y répondre...

Se pourrait-il donc que cette mélancolie qui avait paralysé mes neurones venait de cette énergie négative ressentie dans de nombreuses sphères à Montréal. Comme une sorte de grande noirceur. Tout semble compliqué, long, inachevé, impossible. Une inquiétude et une lassitude se sont sournoisement propagées. Certes, il y a de quoi désespérer. Un nouveau pont Champlain ? Pas avant une bonne dizaine d'années... à partir du moment où tout le monde se mettra d'accord. Un transport collectif moderne et digne d'une ville qui se prétend internationale ? Paroles et paroles et paroles comme chantait Dalida. Un nouveau maire ? À part un Denis Coderre à l'horizon... Même les nids de poule sont vandalisés (j'espère que ça n'a pas fait les manchettes à l'étranger. La honte.)

Alors, comme les miracles n'existent pas (sinon, je le saurais), que diriez-vous de faire un grand nettoyage. Ça tombe bien, c'est celui du printemps très bientôt. Comme nos balais qui seront de sortie pour déloger les cochonneries encombrantes, faisons le même exercice dans notre vocabulaire de tous les jours. Pas besoin de balai, il suffit d'utiliser de nouveaux mots. C'est ce qu'on appelle dans le jargon de la psychothérapie, la PNL, je crois bien. Pour paraphraser Marie-France Bazzo, posons-nous la question suivante: de quoi Montréal a-t-il besoin ? Pour ma part, je proposerais une confiance en ses capacités (cessons de comparer notre ville à d'autres cités urbaines), une forte dose d'entrepreneuriat (collectif et individuel), des projets ambitieux et réalisables, un horizon inspirant (ne regardons plus en arrière) et surtout un peu de glamour.

Soyons fiers de notre ville et faisons-lui bonne presse surtout quand nous allons à l'étranger. À l'inverse, pour vous remonter le moral ou retomber en amour avec notre ville, parlez dès que vous en avez l'occasion à des touristes. En général, ils sont ravis de leur séjour. Rien de tel pour regonfler notre fierté à titre de Montréalais et de poser un regard neuf sur ses atouts. Ça m'est arrivé cet hiver; une jeune Française, Mathilde, était véritablement admirative de notre ville et de ses habitants hyper gentils même quand il faisait - 40. « C'est pas comme chez nous » répétait-elle souvent. Il est vrai qu'à force de regarder son nombril, on ne voit plus que les petites imperfections qui le caractérisent.

Sur ce, je vous souhaite un très beau printemps. Nous l'avons connu érable l'an passé, vivons le cette année formidable et véritablement made in Montréal. 


* Il paraît que Montréal est masculin. Je suis donc la règle...

21 avril 2013

« De vingt à quarante ans, on voudrait avoir. De quarante à soixante, on voudrait être. De soixante à quatre-vingts, on voudrait ne pas avoir été. »
Gilles Jacob, personnalité française du monde du cinéma et Président du Festival de Cannes

13 mars 2013

Les magazines féminins au coeur de la convergence médiatique

Cette semaine, nous apprenions que TC Média s'associait avec l'animatrice Véronique Cloutier pour lancer un nouveau magazine féminin intitulé tout simplement Véro. Lancée dès l'automne prochain et publiée quatre fois par année, cette publication s'adressera « aux femmes passionnées, actives, qui aspirent à être bien dans leur peau, qui chérissent les moments en famille et qui mordent dans la vie.» peut-on lire dans le communiqué de presse.
 
On nous dit aussi que ce nouveau magazine aura « tout comme sa muse, un style pétillant et énergique, un look sophistiqué et accessible, un ton vivant et pertinent.». Autant dire les qualités et les caractéristiques que s'attribue la majeure partie des magazines féminins. J'imagine que les concepteurs de cette nouvelle publication ont déjà pensé à intégrer des sujets qui dépasseront cet éternel fil conducteur qui est beauté/mode/amour/bien-être, comme le soulignait très justement le journaliste Hugo Dumas dans le journal La Presse cette semaine.

Entendons-nous bien, je n'ai rien contre madame Cloutier que je félicite pour ses succès en tous genres qui reposent sans aucun doute sur de l'ardeur au travail. En revanche, je réagis plutôt négativement à cette tendance de plus en plus fréquente à relayer un seul modèle de réussite au féminin au sein de la société québécoise : avoir une esthétique agréable, un travail valorisant mais surtout valorisé, un chum amoureux et de beaux enfants, un condo, une belle voiture, des vacances en mars au soleil, une piscine creusée, un magnifique chien, etc. Exemple : sur la page couverture du dernier numéro du magazine Clin d'oeil - spécial bonheur - on peut lire un titre « Heureuse comme Gisele, comblée, jolie et mariée à Tom Brady (oh oui, on l'envie!) ». N'oublions pas que les magazines pour les femmes proposent un contenu conçu majoritairement par des femmes. Disons que l'on ne s'aide pas, mesdames...

Je suis aussi horripilée par cette hypocrisie ambiante qui veut nous faire croire à des nouveautés alors que nous sommes les dindons de la farce dans le cadre d'une compétition féroce qui se joue entre des magnats des médias dans un marché aussi petit que celui du Québec. Tout comme Patricia Paquin est une marque qui rapporte pour le groupe Quebecor, Véronique Cloutier devient la vache à lait du groupe TC Média. Elles ne sont pas nos muses, mais bien celles de ces importants joueurs de la convergence médiatique. 

Doit-on s'inquiéter de cette homogénéisation des contenus médiatiques ? Est-ce que la concentration de contenus rédactionnels multiplateformes - qui repose avant tout sur une quête de profits - peut finir par nuire à la qualité et entraîner une standardisation de l'information ? Je me pose de plus en plus ces questions tant je déplore une certaine dégradation de la diversité des nouvelles et surtout d'opinions qui est, selon moi, indispensable pour se forger un esprit critique et jouer pleinement son rôle de citoyen. 

Et vous, qu'en pensez-vous ?

04 mars 2013

Un petit coup de déprime ? Sortez avec des gays !


Dans ma famille, je n’ai pas été entourée de beaucoup de livres. J’ai passé la majorité de mon enfance dans un petit bled où il n’y avait aucune personne de couleur. Pour ma grand-mère, il était inconcevable de fréquenter un Allemand ou un Arabe. Encore moins un gay (les mots «pédé » et «homo» faisaient partie du vocabulaire). Pas étonnant qu’une de mes cousines ait toujours caché son homosexualité. Bref, on ne peut donc pas dire que je viens d’un monde ouvert sur les autres.

Pourtant, c’est cette étroitesse d’esprit qui a peut-être forgé ma propre vision du monde et, surtout, mon aversion pour toute forme de jugement gratuit sur les autres. « Vivre et laisser vivre », tel est devenu mon modus operandi. Mon «éducation sociale», je l’ai faite moi-même au fil de rencontres, de situations de vie, de lectures ou de films. Oh bien sûr, je pourrais citer automatiquement le très caricatural film La cage aux folles… Mais il y a eu aussi le film Philadelphia qui m’a fait pleurer comme une madeleine dès son générique de début. Ou encore le très réaliste La vie en rose qui raconte la vie d’une famille tranquille et heureuse jusqu’au moment où le petit dernier, soudain, rêve d'être une petite fille. Face à la pression sociale, au regard des autres, à leurs questions, la petite famille déménage et essaie de repartir sur de nouvelles bases. Plus proche de nous, j’ai dû regarder au moins six fois le film québécois C.R.A.Z.Y. Cette émouvante histoire de cinq frères dans le Québec des années 70, et plus particulièrement celle d'un des frères qui, de peur de perdre l'amour de son père, va renier toute sa vie son homosexualité.

En revanche, je me pose la question à savoir si des campagnes contre l'homophobie à saveur moraliste comme celle lancée sur Internet par le Ministère de la justice québécois, réussissent vraiment à désintoxiquer des esprits arriérés. Même si les portraits de personnages mis en situation dans de courtes vidéos sont bien montés, je ne pense pas que le fait de répondre à des questions très larges par de simples « Pas du tout », « Un peu » ou « Beaucoup » contribue réellement à faire changer les mentalités.

Car la révolution gay est bien en marche, n’en déplaise à ceux qui l’ignorent ou qui ne l'acceptent pas. Et c'est dans la vie au quotidien qu'elle continuera son avancée.

Quand ma fille est entrée au primaire, elle a côtoyé le petit Samuel qui avait deux papas, et Qishan, une enfant de Chine qui avait deux mamans. Il n’y avait pas de problème, pas de malaise, même pas de questions. Aujourd’hui, alors qu’elle est adolescente, nous parlons sans détour de tout, de rien, de l’avenir y compris de sa future vie sentimentale que ce soit avec un amoureux ou une amoureuse. De mon côté, je rencontre au quotidien, particulièrement dans mon milieu professionnel, des personnes ou des couples homosexuels, hommes et femmes. Certains sont des amis proches. J’ose croire et espérer que ce sont des rencontres et des situations de vie au quotidien comme celles-ci qui, de plus en plus nombreuses, forceront les barrières. Tellement nombreuses qu’on finira par ne plus les remarquer. Là, une première ministre homosexuelle, ici une chanteuse adulée qui va avoir un enfant avec sa conjointe, est-ce que ça me dérange ? Non.

Message spécial pour vous mesdames : vous êtes mal dans votre peau ? Vous vous sentez moche (dans votre tête bien sûr) en cette fin d’hiver qui n’en finit plus de finir ?  Un petit conseil : sortez dans un bar ou une soirée gay. Succès garanti. Je le sais car je l’ai expérimenté samedi soir. Dans cette salle gonflée à bloc de testostérones, nous devions être cinq hétéros maximum, y compris mon amie et moi-même, présentes sur invitation de deux amis gays. Je vous le dis ; il y avait bien longtemps que je n’avais reçu autant d’attentions. On vous enlace, on vous parle doucement à l’oreille, on vous dit que vous êtes belle, que vous dansez bien, que vous sentez bon. Et eux aussi, parce qu’ils prennent soin de leur corps et de leur apparence – parfois à l’extrême  ils sentent bons et bougent bien tout en s’amusant. Sans complexe et sans jugement, ils vous accueillent, prennent soin de vous et s'assurent que vous passez une belle soirée. Touchants et charmants, ils vous donnent de l’amour. Tout simplement. Rien que pour cela, ils nous donnent une sacrée leçon de vie en société.

12 février 2013

Sois belle et tais-toi !

Je ne suis pas une intellectuelle, enfin pas dans le sens noble du terme, je fréquente plus souvent des friperies que des librairies, et je ne dédaigne pas lire un magazine à potins ou regarder une émission quétaine de temps en temps. Je pourrais donc me contenter de la culture télévisuelle que l'on me propose actuellement mais ce n'est pas le cas. Et encore moins en tant que femme.

Je ne peux passer sous silence la bonne nouvelle de la semaine (à mon avis) avec l'arrivée prochaine sur les ondes de Télé-Québec de cette nouvelle émission, Deux hommes en or, qui sera animée par Patrick Lagacé et Jean-Philippe Wauthier. J'adore l'humour caustique de ce dernier que j'écoute régulièrement dans le cadre de son émission La soirée est encore jeune sur la première chaîne de Radio-Canada. Enfin du sang jeune et neuf dans un paysage télévisuel qui semble évoluer depuis trop longtemps en vase clos. On a qu'à penser au retour de Benoît Dutrisac à la barre des Francs-tireurs avec son ex-nouvel ami, Richard Martineau. Du neuf avec du vieux...

Avez-vous remarqué que j'ai cité jusqu'ici uniquement des noms d'hommes ? C'est normal car si on y pense bien, peu de femmes occupent ces sièges d'animateurs espiègles, extravagants, ou même dérangeants dans le cadre d'émissions socioculturelles. Vous avez des exemples, vous ? À part une Marie-France Bazzo, une Anne-Marie Dussault ou encore une Denise Bombardier qui donne toujours du ton aux entrevues qu'elle accorde - que l'on soit d'accord ou pas avec ses idées ou ses opinions - je n'ai pas vraiment de noms en tête. Et encore, madame Bombardier vient de prendre un virage un peu plus populaire dans son parcours d'intellectuelle souvent dénigrée (surtout au Québec) en publiant tout récemment un ouvrage sur le vieillissement (avec, en toile de fond, la dictature du jeunisme particulièrement auprès des femmes. Quand même...).

Bref, pendant que ces messieurs discutent des vraies affaires, les dames parlent de leurs affaires. Si je me souviens bien, il y a déjà eu un pavé lancé dans la mare sur le sujet de la « télévision pour matantes» il y a quelques années. Je n'irai pas jusque là. Toutefois, j'avoue ressentir une certaine écoeurantite pour cette tendance à me proposer des concepts qui veulent me faire entrer dans un moule ou une case bien hermétique. Par exemple, même s'il s'agit d'une chaîne spécialisée, Mlle devenue Moi & cie, est la représentation ultime d'une certaine « matanisation » de notre paysage médiatique. Animée par un désir de se rapprocher du plus grand nombre de femmes d'ici, la chaîne « souhaite faire davantage écho aux intérêts et aux préoccupations des femmes en abordant tous les sujets qui les intéressent au quotidien dont la santé, le mieux-être, la sexualité et la beauté » (extrait tiré du site internet de Moi et cie). Ah bon? Et l'éducation, le développement durable, l'économie, l'actualité ? Au sujet des trois personnalités qui se sont jointes à la chaîne, Denis Dubois, vice-président, chaînes spécialisées du groupe TVA a souligné: « l'arrivée de Mitsou Gélinas, de Chantal Lacroix et de Patricia Paquin est un bon exemple de la diversité que nous entendons offrir d'autant plus que les femmes seront résolument au coeur de nos préoccupations. » Diversité, quelle diversité ? En aucun cas, je ne vois là de représentation de cette diversité socioculturelle qui caractérise tant le Québec, et particulièrement Montréal. Vous n'avez pas accès à la chaîne, mesdames ? Pas de problème, vous pouvez vous procurer le magazine du même nom. Convergence, quand tu nous tiens...

Aujourd'hui, une autre vedette surexposée du petit écran faisait la manchette. En effet, on apprenait que Canal Vie, une chaîne également spécialisée, diffusera un docufeuilleton (sorte de téléréalité, ne nous voilons pas la face) sur la vie hyper mouvementée de Véronique Cloutier qui, avec son mari Louis Morissette producteur de cette nouvelle émission, forme le couple chouchou de TOUT le Québec. Eh oui, comme celui-ci le précise bien  « Véro est devenue une véritable marque de commerce (...). C'est fou le nombre de questions que Véro reçoit sur ses vêtements, ses bijoux, ses cheveux. Les demandes explosent. ». Pourtant, c'est simple, il suffit d'aller à l'Aubainerie. 

Petit écran comme dans petit peuple... On jase....

Je terminerais sur une note plus cynique ou sceptique. Avez-vous vu la page couverture du numéro de février-mars du magazine Premières en affaires ? On peut y voir Caroline Néron devenue digne femme d'affaires avec son entreprise de confection de bijoux. Je peux éventuellement comprendre le concept graphique en lien avec le titre de son entrevue « une brillante carrière », mais avait-on vraiment besoin de pousser l'utilisation de Photoshop à ce point ? On dirait une poupée de cire. Pour ma part, c'est presque une insulte à mon intelligence que de vouloir m'imposer une telle image bien trop trafiquée pour être honnête. Ainsi, si des magazines «plus sérieux», comme celui-ci censé vanter l'intelligence et l'esprit entrepreneurial de femmes, jouent le jeu du masque de beauté, on peut affirmer sans se tromper que les femmes n'ont pas encore tout à fait relevé le nez pour marcher la tête droite. 

Et que l'on ne vienne pas mettre tout ça sur le dos des hommes. Ces faux pas, on sait les faire toutes seules.

05 février 2013

Triste Semaine de mode à Montréal


D'abord, ma petite anecdote personnelle

J’aurais dû me douter que cette soirée allait être désagréable à l’instant même où, mon amie et moi, nous nous sommes frayé un passage à l’entrée de l’immeuble, encombrée de fumeurs et de boîtes en tous genres.

Après avoir bravé le froid intense à une heure bien tardive après notre journée de travail, nous étions quand même fort heureuses d'entrer dans ce haut lieu de la mode qui héberge pour la seconde année la Semaine de mode de Montréal. Or, si l’Arsenal, le centre d'art contemporain du quartier Griffintown, m’avait séduite l’an passé en tant que passerelle de mode, mon enthousiasme s’est éteint rapidement. Peut-être était-ce en raison de son architecture froide, beaucoup trop en lien avec la température extérieure… À moins que ce ne soit la cohue au vestiaire alors que les organisateurs ont eu la malheureuse idée de garder celui-ci à l’entrée, tout en sachant que les visiteurs arriveraient éventuellement avec leurs peaux de bête, tant il gelait dehors. Entre ceux et celles qui voulaient récupérer leurs biens et les autres qui voulaient les déposer, ça jouait du coude  dans une guerre silencieuse qui n'avait absolument rien de glamour.

Bref, vingt minutes plus tard, nous pouvions enfin flâner en attendant le début du prochain défilé.

« Finalement, ce ne sera peut-être pas si désagréable que ça » me suis-je dit pour me requinquer, tout en jouant la fille hyper à l’aise parmi tous(tes) ces fashionistas. Hélas, le pire allait se produire.

Je dois d'abord mentionner que mon amie, en plus d'être jolie et bien plus jeune que moi, est très populaire dans le milieu. Tellement qu’à pratiquement chaque pas, quelqu’un l’interpelait pour faire un brin de jasette. Ce qui se produisit avec une jeune femme travaillant dans un magazine à grand tirage.

« Hé, bonjour, A. Comment ça va ? », demanda-t-elle à mon amie.
« Oh, très bien, et toi ? Quel plaisir de te rencontrer ! » répondit celle-ci toujours très polie.
Bla, bla, bla…

La jeune femme du magazine, que j’appellerai l’Autre si vous me le permettez, s’est d’un seul coup aperçue que j’étais là et, en me jetant à peine un rapide coup d’œil, a demandé à A., tenez-vous bien: « oh, tu es venue avec ta mère ? ».

C'est qui cette folle ! J’ai bien cru que j’allais la baffer. Aurait-elle pu au moins tenter d’être présentée avant de prétendre une chose pareille ? Certes, j’ai bien quelques années de plus que mon amie, mais j’aurais pu être sa grande sœur, sa cousine, ou sa boss !

« Faux pas, mademoiselle » lui ai-je rétorqué, le trémolo dans la voix. Cependant, il semble bien qu'elle ait compris « Faut pas » comme dans « faut pas dire des choses pareilles »... 

Enfin, ce fut là un manque flagrant de tact et de savoir-vivre, n'est-ce pas ? Comme quoi, la classe et l'intelligence n’ont rien à voir avec les vêtements que l’on porte.

Le coup de grâce est arrivé avec le défilé qui s’est avéré plutôt décevant. Du déjà vu, un casting de mannequins assez bizarre, lesquelles portaient souvent des chaussures bien trop grandes. Difficile dans ce cas d’avoir une démarche à la fois assurée et gracieuse…


Puis, ma grande réflexion personnelle

Et si ces petits ratés étaient représentatifs de notre fiasco collectif à valoriser la mode à Montréal. Parce que malheureusement la mode, dans la tête d'un grand nombre de personnes, c'est superficiel avant d'être une démarche artistique et même une industrie.

Mais ce qui m’a frappé hier soir, c’est ce côté amateur qui caractérisait tant l’organisation que l’installation (les lounges étaient affreux). J’avais l’impression d'être l'invitée d'un événement organisé par des finissants d’une école de mode qui avaient loué l’espace pour l’occasion. Un luxe qui avait grugé tout leur budget...

L’ambiance aussi était terne. Je ne ressentais aucune excitation et encore moins un esprit de célébration de la part d’une foule qui semblait blasée. Parmi la multitude de blogueurs et blogueuses qui, pour la plupart, se la jouaient tant dans l’attitude que dans l’apparence, et autres jeunes gens hyper lookés, on s’épiait, on se jaugeait, on se détaillait du haut en bas. Si au moins, il y avait du vrai glamour, du spectacle, des icônes qui useraient d’extravagance et de fantaisie, comme le font une Daphne Guinness ou une Anna Dello Russo. Mais on a a rien de tout cela. Même en termes de magazines de mode (de qualité et de contenu comme entre autres Vogue, l'Officiel, Stiletto, Numéro ou Jalouse), on fait vraiment pitié. Heureusement, on a bien un Dress to Kill, dont malheureusement les fautes en français le discréditent parfois. Et, entre vous et moi, ce ne sont pas les trop nombreux blogues de mode qui vont faire monter le niveau. Trop souvent faméliques en termes de contenu et surchargés de photos de leurs propres rédacteurs dont certains s'octroient les titres pompeux à la fois de fondateur, de rédacteur en chef et de directeur artistique.

Peut-être faudrait-il faire preuve d'humilité et reconnaître que l’on n’a peut-être pas les moyens de nos ambitions, celles de vouloir jouer dans la même arène que Toronto, New York ou certaines capitales en Europe. Bien entendu, on a des super créateurs, des supers designers, des super artistes, mais aussi un « super » hiver. Et une semaine de mode en plein hiver dans un coin perdu de Montréal, ce n'est pas gagnant. Aux côtés d'un grand showroom destiné uniquement aux acheteurs, peut-être pourrions-nous organiser un important événement de mode en décalage et à notre image, lequel pourrait éventuellement être un melting pot de nos différents talents artistiques en conjuguant la mode avec le design, l'art contemporain, la danse ou la musique. Pourquoi pas ?

Mais encore faudrait-il que l'on arrête de toujours niveler par le bas... Avez-vous visité le site officiel de la Semaine de mode de Montréal ? Non ? Allez y faire un tour et dites-moi ce que vous pensez des capsules live de la SMM.TV. Trouvez-vous vraiment que le contenu et la forme sont représentatifs d’une Semaine de mode qui peut faire rayonner Montréal sur la scène internationale ? Si Lolitta Dandoy connaît son sujet, je me demande bien qui a eu cette « brillante » d’ajouter la présence de Mariepier Morin (ancienne finaliste de l’émission hyper classe, Occupation double...) comme co-animatrice. Oui bien sûr, me direz-vous, c’est une très belle fille qui passe bien à l’écran, mais il aurait fallu qu’elle prenne auparavant des leçons d’élocution car son niveau de français laisse vraiment à désirer. En termes de spontanéité et de pertinence du propos, on repassera et, surtout, le duo avec Lolitta Dandoy n’est pas des plus réussi.

Si, comme moi, vous aimez voir la mode sous un jour plus intello et comme partie intégrante de la culture avec un grand C; si vous aimez retenir une histoire au-delà du vêtement; et si vous voulez mieux connaître la démarche de création de certains designers, visitez le site District mode de Montréal. C’est bien plus intéressant.

30 janvier 2013

Elle s'appelait Erika

Elle était ma grand-mère préférée. Une place facile, me direz-vous, quand on sait que généralement, on a que deux grand-mères. Mais pour une personne comme moi qui n'est pas très portée sur la famille et qui s'est exilée si loin d'elle, le dire et surtout l'écrire est la preuve qu'elle tenait véritablement une place dans mon coeur. Peut-être est-ce dû au fait que je suis restée souvent avec mes grand-parents maternels quand j'étais une très jeune enfant, alors que ma mère accompagnait régulièrement mon père dans ses déplacements professionnels. Celui-ci travaillait sur des chantiers routiers et leur maison était une caravane. Peu banale comme vie, tout comme le début de leur histoire d'amour d'ailleurs...

Sur la photo de leur mariage, ma mère apparaît frêle dans sa robe courte. Mon père, beau gosse, se tient fièrement à ses côtés. Elle a dix-huit ans et lui dix-neuf. On ne voit pas encore le petit ventre arrondi de la mariée, la preuve de leur amour mais aussi le signe d'une vie d’adulte qui va arriver plus vite que prévu.

Nous sommes en 1967, l’époque du yé-yé endiablé qui faisait danser la jeunesse de l'époque. C’est lors d’un des bals populaires de la place que ma mère, timide et rêveuse, tombera sous le charme de mon père, rebelle et chef de bande qui savait montrer les poings à l'occasion. Bref, je suis née de l'union d'un papillon avec un bourdon. Je sais, c'est une drôle de comparaison mais c'est la seule qui me vient à l'esprit.

Mais je m'égare, revenons à ma grand-mère. Toute jeune, j'adorais entendre qu'elle venait de ce pays lointain, la Pologne, et qu'elle avait rencontré en France mon grand-père Émile. Elle était sage-femme et lui jardinier, et ils vont vivre toute leur vie dans une de ces petites maisons alignées du Nord de la France. Et c'est de cette maison que je garde en mémoire des souvenirs si précieux :

- ma grand-mère et son pot de crème Nivea dont elle se badigeonnait à chaque fois qu'elle prenait le soleil sur son perron
- le coffre de leur voiture rempli à ras bord de victuailles quand ils partaient rendre visite à de la parenté en Pologne
- les heures que je pouvais passer, petite je précise, à peigner les cheveux de mon grand-père alors qu'il avait pratiquement une seule mèche blonde sur le dessus de la tête
- les grands repas de famille du dimanche avec le son de la télévision allumée car il ne fallait surtout pas rater les résultats du tiercé dominical. Quand le début de la course de chevaux apparaissait à l'écran, c'était automatiquement le silence total autour de la table... 
- les armoires de la salle de bain et particulièrement les trésors de ma grand-mère. Poudres, rouges à lèvres, parfums, etc. J'y passais des heures, j'avais le droit de toucher à tout, j'essayais, je reniflais
- Mes vacances en camping avec eux, avec le souvenir de mon grand-père qui encourageait sa voiture qu'il appelait affectueusement Titine à monter ces foutues routes abruptes de montagne, et celui de mes promenades du soir avant le dodo avec ma grand-mère, habillées toutes deux d'un châle de laine
- Sa façon à la fois douce et raide de remettre en place mon grand-père quand il se mettait à ronfler tellement fort qu'on pouvait l'entendre dans n'importe quelle pièce de la maison
- Son calme, sa voix douce, et sa coquetterie des pieds à la tête.

Elle s'appelait Erika, elle avait 87 ans et elle a décidé de tirer sa révérence. Je n'ai pas pu me déplacer pour ses funérailles, mais je l'aimerai toujours et, avec ce petit texte, je voulais lui faire un petit signe d'adieu à ma manière.