12 février 2013

Sois belle et tais-toi !

Je ne suis pas une intellectuelle, enfin pas dans le sens noble du terme, je fréquente plus souvent des friperies que des librairies, et je ne dédaigne pas lire un magazine à potins ou regarder une émission quétaine de temps en temps. Je pourrais donc me contenter de la culture télévisuelle que l'on me propose actuellement mais ce n'est pas le cas. Et encore moins en tant que femme.

Je ne peux passer sous silence la bonne nouvelle de la semaine (à mon avis) avec l'arrivée prochaine sur les ondes de Télé-Québec de cette nouvelle émission, Deux hommes en or, qui sera animée par Patrick Lagacé et Jean-Philippe Wauthier. J'adore l'humour caustique de ce dernier que j'écoute régulièrement dans le cadre de son émission La soirée est encore jeune sur la première chaîne de Radio-Canada. Enfin du sang jeune et neuf dans un paysage télévisuel qui semble évoluer depuis trop longtemps en vase clos. On a qu'à penser au retour de Benoît Dutrisac à la barre des Francs-tireurs avec son ex-nouvel ami, Richard Martineau. Du neuf avec du vieux...

Avez-vous remarqué que j'ai cité jusqu'ici uniquement des noms d'hommes ? C'est normal car si on y pense bien, peu de femmes occupent ces sièges d'animateurs espiègles, extravagants, ou même dérangeants dans le cadre d'émissions socioculturelles. Vous avez des exemples, vous ? À part une Marie-France Bazzo, une Anne-Marie Dussault ou encore une Denise Bombardier qui donne toujours du ton aux entrevues qu'elle accorde - que l'on soit d'accord ou pas avec ses idées ou ses opinions - je n'ai pas vraiment de noms en tête. Et encore, madame Bombardier vient de prendre un virage un peu plus populaire dans son parcours d'intellectuelle souvent dénigrée (surtout au Québec) en publiant tout récemment un ouvrage sur le vieillissement (avec, en toile de fond, la dictature du jeunisme particulièrement auprès des femmes. Quand même...).

Bref, pendant que ces messieurs discutent des vraies affaires, les dames parlent de leurs affaires. Si je me souviens bien, il y a déjà eu un pavé lancé dans la mare sur le sujet de la « télévision pour matantes» il y a quelques années. Je n'irai pas jusque là. Toutefois, j'avoue ressentir une certaine écoeurantite pour cette tendance à me proposer des concepts qui veulent me faire entrer dans un moule ou une case bien hermétique. Par exemple, même s'il s'agit d'une chaîne spécialisée, Mlle devenue Moi & cie, est la représentation ultime d'une certaine « matanisation » de notre paysage médiatique. Animée par un désir de se rapprocher du plus grand nombre de femmes d'ici, la chaîne « souhaite faire davantage écho aux intérêts et aux préoccupations des femmes en abordant tous les sujets qui les intéressent au quotidien dont la santé, le mieux-être, la sexualité et la beauté » (extrait tiré du site internet de Moi et cie). Ah bon? Et l'éducation, le développement durable, l'économie, l'actualité ? Au sujet des trois personnalités qui se sont jointes à la chaîne, Denis Dubois, vice-président, chaînes spécialisées du groupe TVA a souligné: « l'arrivée de Mitsou Gélinas, de Chantal Lacroix et de Patricia Paquin est un bon exemple de la diversité que nous entendons offrir d'autant plus que les femmes seront résolument au coeur de nos préoccupations. » Diversité, quelle diversité ? En aucun cas, je ne vois là de représentation de cette diversité socioculturelle qui caractérise tant le Québec, et particulièrement Montréal. Vous n'avez pas accès à la chaîne, mesdames ? Pas de problème, vous pouvez vous procurer le magazine du même nom. Convergence, quand tu nous tiens...

Aujourd'hui, une autre vedette surexposée du petit écran faisait la manchette. En effet, on apprenait que Canal Vie, une chaîne également spécialisée, diffusera un docufeuilleton (sorte de téléréalité, ne nous voilons pas la face) sur la vie hyper mouvementée de Véronique Cloutier qui, avec son mari Louis Morissette producteur de cette nouvelle émission, forme le couple chouchou de TOUT le Québec. Eh oui, comme celui-ci le précise bien  « Véro est devenue une véritable marque de commerce (...). C'est fou le nombre de questions que Véro reçoit sur ses vêtements, ses bijoux, ses cheveux. Les demandes explosent. ». Pourtant, c'est simple, il suffit d'aller à l'Aubainerie. 

Petit écran comme dans petit peuple... On jase....

Je terminerais sur une note plus cynique ou sceptique. Avez-vous vu la page couverture du numéro de février-mars du magazine Premières en affaires ? On peut y voir Caroline Néron devenue digne femme d'affaires avec son entreprise de confection de bijoux. Je peux éventuellement comprendre le concept graphique en lien avec le titre de son entrevue « une brillante carrière », mais avait-on vraiment besoin de pousser l'utilisation de Photoshop à ce point ? On dirait une poupée de cire. Pour ma part, c'est presque une insulte à mon intelligence que de vouloir m'imposer une telle image bien trop trafiquée pour être honnête. Ainsi, si des magazines «plus sérieux», comme celui-ci censé vanter l'intelligence et l'esprit entrepreneurial de femmes, jouent le jeu du masque de beauté, on peut affirmer sans se tromper que les femmes n'ont pas encore tout à fait relevé le nez pour marcher la tête droite. 

Et que l'on ne vienne pas mettre tout ça sur le dos des hommes. Ces faux pas, on sait les faire toutes seules.

05 février 2013

Triste Semaine de mode à Montréal


D'abord, ma petite anecdote personnelle

J’aurais dû me douter que cette soirée allait être désagréable à l’instant même où, mon amie et moi, nous nous sommes frayé un passage à l’entrée de l’immeuble, encombrée de fumeurs et de boîtes en tous genres.

Après avoir bravé le froid intense à une heure bien tardive après notre journée de travail, nous étions quand même fort heureuses d'entrer dans ce haut lieu de la mode qui héberge pour la seconde année la Semaine de mode de Montréal. Or, si l’Arsenal, le centre d'art contemporain du quartier Griffintown, m’avait séduite l’an passé en tant que passerelle de mode, mon enthousiasme s’est éteint rapidement. Peut-être était-ce en raison de son architecture froide, beaucoup trop en lien avec la température extérieure… À moins que ce ne soit la cohue au vestiaire alors que les organisateurs ont eu la malheureuse idée de garder celui-ci à l’entrée, tout en sachant que les visiteurs arriveraient éventuellement avec leurs peaux de bête, tant il gelait dehors. Entre ceux et celles qui voulaient récupérer leurs biens et les autres qui voulaient les déposer, ça jouait du coude  dans une guerre silencieuse qui n'avait absolument rien de glamour.

Bref, vingt minutes plus tard, nous pouvions enfin flâner en attendant le début du prochain défilé.

« Finalement, ce ne sera peut-être pas si désagréable que ça » me suis-je dit pour me requinquer, tout en jouant la fille hyper à l’aise parmi tous(tes) ces fashionistas. Hélas, le pire allait se produire.

Je dois d'abord mentionner que mon amie, en plus d'être jolie et bien plus jeune que moi, est très populaire dans le milieu. Tellement qu’à pratiquement chaque pas, quelqu’un l’interpelait pour faire un brin de jasette. Ce qui se produisit avec une jeune femme travaillant dans un magazine à grand tirage.

« Hé, bonjour, A. Comment ça va ? », demanda-t-elle à mon amie.
« Oh, très bien, et toi ? Quel plaisir de te rencontrer ! » répondit celle-ci toujours très polie.
Bla, bla, bla…

La jeune femme du magazine, que j’appellerai l’Autre si vous me le permettez, s’est d’un seul coup aperçue que j’étais là et, en me jetant à peine un rapide coup d’œil, a demandé à A., tenez-vous bien: « oh, tu es venue avec ta mère ? ».

C'est qui cette folle ! J’ai bien cru que j’allais la baffer. Aurait-elle pu au moins tenter d’être présentée avant de prétendre une chose pareille ? Certes, j’ai bien quelques années de plus que mon amie, mais j’aurais pu être sa grande sœur, sa cousine, ou sa boss !

« Faux pas, mademoiselle » lui ai-je rétorqué, le trémolo dans la voix. Cependant, il semble bien qu'elle ait compris « Faut pas » comme dans « faut pas dire des choses pareilles »... 

Enfin, ce fut là un manque flagrant de tact et de savoir-vivre, n'est-ce pas ? Comme quoi, la classe et l'intelligence n’ont rien à voir avec les vêtements que l’on porte.

Le coup de grâce est arrivé avec le défilé qui s’est avéré plutôt décevant. Du déjà vu, un casting de mannequins assez bizarre, lesquelles portaient souvent des chaussures bien trop grandes. Difficile dans ce cas d’avoir une démarche à la fois assurée et gracieuse…


Puis, ma grande réflexion personnelle

Et si ces petits ratés étaient représentatifs de notre fiasco collectif à valoriser la mode à Montréal. Parce que malheureusement la mode, dans la tête d'un grand nombre de personnes, c'est superficiel avant d'être une démarche artistique et même une industrie.

Mais ce qui m’a frappé hier soir, c’est ce côté amateur qui caractérisait tant l’organisation que l’installation (les lounges étaient affreux). J’avais l’impression d'être l'invitée d'un événement organisé par des finissants d’une école de mode qui avaient loué l’espace pour l’occasion. Un luxe qui avait grugé tout leur budget...

L’ambiance aussi était terne. Je ne ressentais aucune excitation et encore moins un esprit de célébration de la part d’une foule qui semblait blasée. Parmi la multitude de blogueurs et blogueuses qui, pour la plupart, se la jouaient tant dans l’attitude que dans l’apparence, et autres jeunes gens hyper lookés, on s’épiait, on se jaugeait, on se détaillait du haut en bas. Si au moins, il y avait du vrai glamour, du spectacle, des icônes qui useraient d’extravagance et de fantaisie, comme le font une Daphne Guinness ou une Anna Dello Russo. Mais on a a rien de tout cela. Même en termes de magazines de mode (de qualité et de contenu comme entre autres Vogue, l'Officiel, Stiletto, Numéro ou Jalouse), on fait vraiment pitié. Heureusement, on a bien un Dress to Kill, dont malheureusement les fautes en français le discréditent parfois. Et, entre vous et moi, ce ne sont pas les trop nombreux blogues de mode qui vont faire monter le niveau. Trop souvent faméliques en termes de contenu et surchargés de photos de leurs propres rédacteurs dont certains s'octroient les titres pompeux à la fois de fondateur, de rédacteur en chef et de directeur artistique.

Peut-être faudrait-il faire preuve d'humilité et reconnaître que l’on n’a peut-être pas les moyens de nos ambitions, celles de vouloir jouer dans la même arène que Toronto, New York ou certaines capitales en Europe. Bien entendu, on a des super créateurs, des supers designers, des super artistes, mais aussi un « super » hiver. Et une semaine de mode en plein hiver dans un coin perdu de Montréal, ce n'est pas gagnant. Aux côtés d'un grand showroom destiné uniquement aux acheteurs, peut-être pourrions-nous organiser un important événement de mode en décalage et à notre image, lequel pourrait éventuellement être un melting pot de nos différents talents artistiques en conjuguant la mode avec le design, l'art contemporain, la danse ou la musique. Pourquoi pas ?

Mais encore faudrait-il que l'on arrête de toujours niveler par le bas... Avez-vous visité le site officiel de la Semaine de mode de Montréal ? Non ? Allez y faire un tour et dites-moi ce que vous pensez des capsules live de la SMM.TV. Trouvez-vous vraiment que le contenu et la forme sont représentatifs d’une Semaine de mode qui peut faire rayonner Montréal sur la scène internationale ? Si Lolitta Dandoy connaît son sujet, je me demande bien qui a eu cette « brillante » d’ajouter la présence de Mariepier Morin (ancienne finaliste de l’émission hyper classe, Occupation double...) comme co-animatrice. Oui bien sûr, me direz-vous, c’est une très belle fille qui passe bien à l’écran, mais il aurait fallu qu’elle prenne auparavant des leçons d’élocution car son niveau de français laisse vraiment à désirer. En termes de spontanéité et de pertinence du propos, on repassera et, surtout, le duo avec Lolitta Dandoy n’est pas des plus réussi.

Si, comme moi, vous aimez voir la mode sous un jour plus intello et comme partie intégrante de la culture avec un grand C; si vous aimez retenir une histoire au-delà du vêtement; et si vous voulez mieux connaître la démarche de création de certains designers, visitez le site District mode de Montréal. C’est bien plus intéressant.

30 janvier 2013

Elle s'appelait Erika

Elle était ma grand-mère préférée. Une place facile, me direz-vous, quand on sait que généralement, on a que deux grand-mères. Mais pour une personne comme moi qui n'est pas très portée sur la famille et qui s'est exilée si loin d'elle, le dire et surtout l'écrire est la preuve qu'elle tenait véritablement une place dans mon coeur. Peut-être est-ce dû au fait que je suis restée souvent avec mes grand-parents maternels quand j'étais une très jeune enfant, alors que ma mère accompagnait régulièrement mon père dans ses déplacements professionnels. Celui-ci travaillait sur des chantiers routiers et leur maison était une caravane. Peu banale comme vie, tout comme le début de leur histoire d'amour d'ailleurs...

Sur la photo de leur mariage, ma mère apparaît frêle dans sa robe courte. Mon père, beau gosse, se tient fièrement à ses côtés. Elle a dix-huit ans et lui dix-neuf. On ne voit pas encore le petit ventre arrondi de la mariée, la preuve de leur amour mais aussi le signe d'une vie d’adulte qui va arriver plus vite que prévu.

Nous sommes en 1967, l’époque du yé-yé endiablé qui faisait danser la jeunesse de l'époque. C’est lors d’un des bals populaires de la place que ma mère, timide et rêveuse, tombera sous le charme de mon père, rebelle et chef de bande qui savait montrer les poings à l'occasion. Bref, je suis née de l'union d'un papillon avec un bourdon. Je sais, c'est une drôle de comparaison mais c'est la seule qui me vient à l'esprit.

Mais je m'égare, revenons à ma grand-mère. Toute jeune, j'adorais entendre qu'elle venait de ce pays lointain, la Pologne, et qu'elle avait rencontré en France mon grand-père Émile. Elle était sage-femme et lui jardinier, et ils vont vivre toute leur vie dans une de ces petites maisons alignées du Nord de la France. Et c'est de cette maison que je garde en mémoire des souvenirs si précieux :

- ma grand-mère et son pot de crème Nivea dont elle se badigeonnait à chaque fois qu'elle prenait le soleil sur son perron
- le coffre de leur voiture rempli à ras bord de victuailles quand ils partaient rendre visite à de la parenté en Pologne
- les heures que je pouvais passer, petite je précise, à peigner les cheveux de mon grand-père alors qu'il avait pratiquement une seule mèche blonde sur le dessus de la tête
- les grands repas de famille du dimanche avec le son de la télévision allumée car il ne fallait surtout pas rater les résultats du tiercé dominical. Quand le début de la course de chevaux apparaissait à l'écran, c'était automatiquement le silence total autour de la table... 
- les armoires de la salle de bain et particulièrement les trésors de ma grand-mère. Poudres, rouges à lèvres, parfums, etc. J'y passais des heures, j'avais le droit de toucher à tout, j'essayais, je reniflais
- Mes vacances en camping avec eux, avec le souvenir de mon grand-père qui encourageait sa voiture qu'il appelait affectueusement Titine à monter ces foutues routes abruptes de montagne, et celui de mes promenades du soir avant le dodo avec ma grand-mère, habillées toutes deux d'un châle de laine
- Sa façon à la fois douce et raide de remettre en place mon grand-père quand il se mettait à ronfler tellement fort qu'on pouvait l'entendre dans n'importe quelle pièce de la maison
- Son calme, sa voix douce, et sa coquetterie des pieds à la tête.

Elle s'appelait Erika, elle avait 87 ans et elle a décidé de tirer sa révérence. Je n'ai pas pu me déplacer pour ses funérailles, mais je l'aimerai toujours et, avec ce petit texte, je voulais lui faire un petit signe d'adieu à ma manière.

20 janvier 2013

Nous avons créé la machine Lance Armstrong

Je ne reviendrai pas sur la prestation de Lance Armstrong qui a pédalé face à la confidente du bon peuple américain, Oprah Winfrey, et qui aura été finalement ce douteux cirque médiatique auquel nous n'aurions pas dû prêter autant d'attention. Tout comme le corrompu Lino Zambito était venu redorer son image sur le plateau de notre émission populaire Tout le monde en parle, Armstrong est venu confesser ses fautes, comme le ferait un petit garçon à sa maman douce et ferme à la fois. «Tiens, sèche tes larmes et que je ne t'y reprends plus, ok ?»...

Oh, bien sûr, tout cela n'a pas manqué d'alimenter les conversations de coins de machines à café ou sur les tribunes sportives. Mais finalement, la conclusion semble unanime:  dans cette mise en scène marketing, Armstrong n'a rien révélé de nouveau que ce que l'on savait déjà. Parions que dans peu de temps, on passera à autre chose.

Pourtant, s'il y a bien une question à se poser collectivement, plutôt que d'échanger sur le langage verbal ou non du sportif déchu, c'est celle-ci : comment en sommes-nous arrivés là dans le monde du cyclisme (et dans d'autres sports) ?

Car ne nous voilons pas la face. Si monsieur Armstrong roulait aux produits dopants, il n'était pas le seul et ne sera certainement pas le dernier à le faire. De son plein gré, il a participé à cette mascarade de la performance qui mobilise des équipes sportives, des entraîneurs, et des médecins devenus sorciers ou magiciens. Pour mieux répondre à des publics toujours plus friands d'exploits surhumains.

Petite anecdote personnelle : quand j'étais enfant, je suivais assidûment le Tour de France car mon père était un passionné de ce sport. Chaque année, la famille était donc rivée au poste de télévision aussi bien pour le bulletin quotidien sur la course que le jour de l'arrivée. Cycliste amateur (il a quand même pédalé fort pour atteindre le sommet du mont Ventoux dans le Vaucluse!), mon père avait pour idole Bernard Hinault.  On disait même que mon père lui ressemblait un peu physiquement, ce qui le flattait à chaque fois. Le grand cycliste, que l'on surnommait «Nanard» ou «le blaireau» a gagné à la sueur de son front et de ses fesses cinq Tours de France. Je me souviens encore de sa chute dans un ravin en pleine course et en direct à la télévision. On le voit alors remonter tant bien que mal sur la route, le maillot jaune arraché et mal en point (tant lui que son vélo), et repartir à l'attaque. Une séquence qui aura marqué les mémoires des petits et grands. Bien sûr, on était de véritables sadiques qui, confortablement assis dans nos salons, semblaient avides de visages crispés de douleur des cyclistes dans les sommets des Alpes ou sur les interminables plats du Nord. Mais on savait reconnaître l'exploit, en termes de courage et d'intelligence stratégique), et on admirait véritablement le gagnant qui pouvait enfin s'asseoir sur son trône.

Je ne veux surtout pas faire de généralités car il existe de grands sportifs, amateurs ou professionnels, qui honorent leur pratique sportive en se dépassant constamment. Inspirants, ils ont toute mon admiration.

Mais, pour revenir à ma question, pourquoi en sommes-nous arrivés là particulièrement dans le cyclisme ? Permettez-moi d'avancer ma théorie; je crois qu'en tant que public (et donc en tant que société), nous sommes tous un peu responsables. De nos jours, seuls les gagnants sont valorisés, pas ceux qui y mettent l'effort et qui suent trop fort, et encore moins ceux qui arrivent derniers. Course à l'image, course au succès, course à l'argent. On veut du spectacle, et du grand. Le sport-plaisir est devenu ringard. Le sport-showbiz a la cote. Beaucoup rêvent d'ailleurs de devenir ces athlètes musclés, machines à sous et célèbres. Alors, dans leurs quotidiens qui semblent sans fards, certains usent d'hormones et de suppléments protéinés et d'autres se donnent corps et âme sur des tapis roulants. Les salles de gym poussent comme des champignons et les ventes de produits miracles enrichissent une industrie qui pèse déjà plusieurs milliards de dollars. Tout le monde est content.

Jouer les vierges effarouchées devant les simagrées d'un sportif déchu n'est que pure hypocrisie. Car nous savons que ce ne sont pas les aveux pleurnichards du cycliste qui vont, à eux seuls, réparer le tord fait au monde du cyclisme. Il est plutôt temps de demander également des comptes aux instigateurs et complices de ce large système de dopage. Car autant les admirateurs de ces sportifs sur deux roues se sont voilé la face, autant certains organismes ont bien dû fermer les yeux sur des pratiques douteuses qui n'étaient certes pas dans le secret des dieux.

13 janvier 2013

Il n'y a pas que la Clique du Plateau à Montréal

Quiconque travaille ou a travaillé dans une moyenne ou grande entreprise connaît ce jargon de la haute gestion qui tourne autour de termes tels que comité de direction, comité exécutif ou conseil d'administration. Autant de démonstrations d'une « réunionite aiguë », qui caractérise le quotidien des employés et de leur directions. 

Certes nécessaires pour l'atteinte d'objectifs d'affaires, ces regroupements d'une certaine matière grise derrière des portes fermées de salles sans âme peuvent aussi être des passages obligés redondants et reproduits sur ce même schéma de l'ordre du jour et de l'inévitable compte-rendu. Celui-ci sera lu intégralement la plupart du temps, ou ignoré selon l'humeur. Ici, chaque jour à 11 h 30, les gestionnaires sont en réunion dans le bureau du directeur pour la revue de la journée. Là, le comité de direction se réunit tous les mardis midis dans la salle de conférence au 3e étage. Le lunch sera servi.

Ceux et celles qui ont déjà dû organiser d'importants conseils d'administration connaissent la complexité que revêt la confirmation de présence - en même temps - de différents grands pontes des milieux d'affaires, forcément hyper occupés par leurs propres fonctions de président(e) ou directeur(trice) générale. D'autant plus que la plupart siègent à de nombreux conseils à la fois. Mais comment font-ils donc pour accorder leur attention et leurs expertises à tous ces dossiers ? Je me le demande parfois.

Tout cela pour dire que je me pose une sérieuse question ces jours-ci : y a-t-il trop de comités, de commissions, de conseils, fédérations, d'ordres, etc. au Québec ? Ces cliques ont-elles toutes leur raison d'être ? D'autant plus qu'elles fonctionnent souvent en réseaux fermés. Ma réflexion est née d'une entrevue donnée par monsieur Charles Lapointe à l'émission de René Homier-Roy la semaine dernière. Déjà président et directeur général de Tourisme Montréal et membre de nombreux conseils d'administration dont celui du Musée des beaux-arts de Montréal et de l'organisme Mission Design, monsieur Lapointe vient d'être nommé président du Conseil des arts de Montréal. Une nomination qui a été approuvée par le Comité exécutif de la Ville et entérinée par le Conseil municipal et le Conseil d'agglomération (sic!). Ravi, celui-ci confirmait qu'il allait continuer le bon travail de sa prédécesseure, madame Louise Roy, et s'assurer que le Conseil soit toujours à l'écoute de sa communauté. Ah bon ? Mais qu'est-ce que cela veut dire vraiment ? N'y a-t-il donc rien à changer ? Vous trouvez vraiment, monsieur Lapointe, que Montréal est vraiment et suffisamment un terreau de créativité ? Je ne parle pas ici du Cirque du soleil, du Festival de jazz ou de la la troupe Les 7 doigts de la main. Je parle de création au quotidien pour tous, pour le petit gars de Hochelaga ou celui de Pointe Saint-Charles. Comme le soulignait monsieur Homier-Roy, maintenant que le béton est bétonné, va-t-on investir dans l'humain ? Va-t-on rendre la culture moins hautaine ? Ainsi, monsieur Lapointe, si au contraire, il fallait dépoussiérer les tiroirs, alléger les procédures d'administration, changer les vieilles rengaines et créer des plateformes spontanées de création. Ne trouvez-vous pas que c'est cela qui sortirait Montréal de sa torpeur ? Car vous le savez comme moi, ça prend toujours des tonnes de papier pour qu'un jeune artiste émergent puisse obtenir la moindre petite bourse ou une reconnaissance par votre fameux Jury des pairs...

Pour ma part, je commence à étouffer à l'écoute de tous ces regroupements d'élites ou d'une certaine intelligentsia qui semblent vouloir imposer leur influence. Je me lasse de ces termes d'inclusion qui ne font que créer des silos dans notre société qui est déjà tellement divisée. Tout me semble lourd, long, compliqué, immobilisé. 

La dernière nouveauté : ces forces indépendantistes qui s'unissent au sein d'un projet de mobilisation citoyenne appelé Convergence nationale. Des convaincus qui essaient de convaincre des non-convaincus avec la même recette de départ : établir une stratégie et créer une plateforme commune. En tant que fille du domaine des communications, je peux vous dire que ça va être long et cher, car je reconnais bien là un charabia marketing qui est tout sauf spontané, emballant et créateur. Dépitée, vraiment je le suis.

08 janvier 2013

Avons-nous perdu nos bonnes manières ?


En cette ère des communications 2.0 et de l'instantanéité de l'information, je me demande souvent où sont passées nos bonnes manières dans nos relations sociales mais aussi professionnelles.  Une question que je m’étais déjà posée il y a plusieurs mois dans le cadre du billet De la politesse, s'il vous plaît !  À croire que je deviens obsédée.  À moins que ce ne soit par déformation professionnelle.

Pour appuyer mon propos, je vais vous relater deux anecdotes. Vous me direz que ce n’est pas beaucoup pour faire un bilan, mais je ne serais pas surprise de lire que vous avez vos propres petites histoires.

Avant de commencer, je vous avoue que je vais être un peu lâche puisque je ne vais pas livrer de noms, d’une part parce que je ne suis pas une adepte de la délation mais également parce que je ne tiens pas à me faire d’ennemis alors que je suis à la recherche de l'emploi de mes rêves ! Je préciserais simplement qu’elles concernent des démarches de recruteurs à la recherche de professionnels des communications.  Communications comme habileté à entretenir des relations cordiales et de qualité…

Commençons par l’expérience que j’ai récemment eue avec un important cabinet de recrutement de Montréal.

Tout a commencé par un message téléphonique à la maison. « Bonjour, je vous appelle car nous avons un poste qui correspond à votre profil. Vous serait-il possible de me rappeler au numéro xxxx ? ». Mais très certainement !

Sans trop tarder, je saisis mon combiné pour rappeler mon interlocutrice. Malheureusement, je tombe sur sa boîte vocale. Je lui laisse un message. Un jour passe puis deux. Je me décide à rappeler. Boîte vocale de nouveau. En espérant ne pas être trop insistante, je lui envoie un courriel dans lequel je précise bien que je suis toujours disponible pour une discussion téléphonique si cela était toujours à l’ordre du jour. Je n’ai jamais eu de nouvelle.

Ma deuxième expérience, je l’ai vécue avec un membre du service des ressources humaines d’une importante agence, laquelle recherchait un responsable de ses communications internes et externes.

Jeudi fin d’après-midi, je consulte mon compte hotmail quand je constate dans mes courriels indésirables une adresse peu invitante intitulée noreply@invalidmail ». Intriguée, j'ouvre le courriel et découvre un message des RH de l’agence qui me demandent si je suis disponible pour une entrevue téléphonique car, encore une fois, mon profil (vive Linkedin !) les intéresse. Super sauf que c'est ce jeudi et que la journée est presque terminée…

Je réussis toutefois à prendre contact avec une personne qui me promet de m’appeler le lundi suivant dans la journée. Lundi fin d'après-midi, je reçois plutôt un courriel dans lequel on me propose un rendez-vous téléphonique le mercredi à 10 heures. Toutefois, le mardi matin à 7 h 30, j'avais déjà un autre message dans lequel on me demande si je suis plutôt disponible dans la journée. Pas de problème, vous pensez bien, et le rendez-vous est fixé pour 11 h 45 le jour même. Je prends soin de préciser que je serai sur mon lieu de travail et qu’il serait donc préférable que l'on m’appelle sur mon cellulaire. L’information semble bien claire pour réussir ce premier contact.

Mardi, 11 h 45 - 12 h - 12 h 15 - 12 h 30. Et si on m’avait appelée à la maison ?, me suis-je demandé. Je décide de vérifier. En plein dans le mille, j’avais bien un message complètement confus de la part d'une personne qui me donnait l’impression de lire en direct mon profil pour la première fois et qui m'annonçait qu'il ne correspondait pas vraiment aux exigences du poste. Avec cette phrase sublime en conclusion : « si je change d’avis, je vous fais signe. ». J'ai quand même pris soin de la rappeler pour connaître les raisons qui avaient écarté ma candidature et qui me permettraient d'ajuster le tir si nécessaire pour les prochaines opportunités. Embarrassée, elle m'a demandé si je souhaitais quand même passer l'entrevue (sic !). Je l'ai plutôt invitée à retirer mon dossier de candidature du processus. Pas fort pour une agence de communications.

Je pourrais continuer avec les fautes dans les prénoms ou noms de famille qui se glissent souvent dans les courriels, même si, en ce qui me concerne, ma signature précise bien Lydie et non Lydia, et, non, il n'est pas nécessaire d'accorder mon nom de famille parce que je suis une fille. Il y a aussi les incohérences ou étourderies qui font que vous pouvez recevoir des messages qui ne vous sont pas destinés ou, pire, qui contiennent le nom du concurrent de votre entreprise. Sans oublier l’obligation de devoir répéter deux fois la même chose parce que votre premier message n'a pas été lu jusqu’à la fin ou seulement en diagonale. Je terminerais en rappelant qu’un « merci », même tout seul, est la moindre des politesses.

Merci d'avoir pris le temps de me lire.

07 janvier 2013

Le Ritz-Carlton, les bonbons et le coffre-fort


Avant de vous relater ma petite anecdote du 31 décembre, je dois vous avouer que je raffole des bonbons – oui, oui, ces bonbons chimiques aux couleurs fluo et aux saveurs parfois surprenantes. Peut-être même plus que ma fille Zoé qui, pourtant, est une consommatrice un peu trop assidue. Il m’arrive même d’en acheter et d’en manger derrière son dos. Je sais, c’est mal…

Bref, je poursuis. Pour une troisième fois, j’avais décidé de passer la nuit du réveillon du nouvel an à l’hôtel avec ma fille; une façon de nous dépayser en jouant les touristes dans notre propre ville. Nous avions ainsi déjà séjourné à l’hôtel Germain, rue Mansfield, ainsi qu’au Petit hôtel, rue Saint-Paul dans le Vieux-Montréal. Cette expérience est à chaque fois « bonifiée » avec une dégustation de petites douceurs et de bonbons. La mère et la fille ont, chacune, leur propre petit sac contenant ses trésors soigneusement sélectionnés…

Nous avons dit bye-bye à 2012 à l’hôtel Ritz-Carlton. Entendez-vous les bretelles de mon soutien-gorge ? Oui, je me les pète ! Quelle expérience extraordinaire ! Tout est pensé pour le confort et la paresse. Qu’il s’agisse du poste de télévision au dessus de la baignoire ou de l’autre poste situé dans la pièce adjacente des lavabos. Des systèmes à distance pour descendre ou relever les stores ou pour agencer le niveau d’éclairage à notre goût. Ah oui, j’allais oublier les planchers chauffants de la salle de bain ou les toilettes dont le siège est chauffé en permanence (quel bonheur le matin au réveil) et dont le couvercle peut être commandé à distance en appuyant sur un simple bouton. Il ne faut pas se fatiguer quand même… Je terminerais avec la piscine de l’hôtel avec vue sur certains immeubles du centre-ville. Tout un décor la nuit tombée, alors que les flocons tombent doucement.

Un grand luxe auquel des novices comme nous peuvent s’habituer bien rapidement. Cela aurait pu être vraiment la grande classe si un petit incident n’était venu perturber notre parcours sans faute : le coffre-fort.

Voilà bien un accessoire indispensable pour quiconque souhaite mettre en sécurité de l’argent ou des objets de grande valeur, n'est-ce pas ?  Mais oui, c'était notre cas. Si, si. Vous ne voyez pas ? Et les bonbons, alors ! Zoé avait pris soin de les disposer à l'intérieur du coffre-fort le temps de notre repas du réveillon que nous avons partagé avec mon amie Karole. Ni vus, ni connus, les bonbons allaient pouvoir être tout à nous après son départ…

Avant de prendre sa douche, Zoé a décidé de se sucrer le bec et à réussi à ouvrir le fameux coffre-fort sans aucun problème. J’ai voulu l’imiter mais, allez savoir pourquoi, le code secret n’a pas fonctionné, Après plusieurs reprises, il fut bien sûr désactivé. À moins de le percer à la tronçonneuse, il n’y avait aucun autre moyen d'ouvrir le coffre que celui… d’appeler la sécurité de l’hôtel. Il est alors plus d’une heure du matin.

« Bonsoir, ici la chambre 912, serait-il possible d’envoyer un agent de sécurité car nous avons un petit problème avec le coffre-fort ? Je vous prie toutefois de l'avertir qu'il ne contient pas tout à fait ce à quoi il est destiné habituellement. »

« Aucun problème, madame, il sera là dans quelques minutes. »

Zoé s’était entretemps cachée dans la salle de bains, morte de honte. On frappe à la porte. Quelle surprise de voir non pas un agent mais deux. On ne sait jamais, considérant l'avertissement que je leur avais servi. Nous nous dirigeons tous les trois vers le coffre-fort.

« Comment allez-vous ? Est-ce occupé ce soir ? » est le genre de questions que j’ai posées pour faire diversion avant que l’un des agents, qui était en train de démonter le coffre avec un tournevis, ne découvre ce pourquoi nous les avions appelés…

Bien sûr, j’aurais pu mettre la faute sur le dos de ma fille qui se serait trompée de code pour mieux cacher son trésor, bla bla bla. Malheureusement, quand le coffre fut enfin ouvert, ce n’est pas un, mais bien deux beaux sacs de bonbons qui apparurent, deux comme autant de personnes qui occupaient la chambre. Une pré-ado et une adulte…

Je crois que je devais être tout aussi contente que Zoé derrière la porte fermée de la salle de bains. Tellement contente que les deux agents de sécurité eurent ce large sourire de ceux qui ont vraiment le sentiment du devoir accompli.

Cette visite fait-elle dorénavant partie de leurs anecdotes surréalistes ? Peut-être. Mais une chose est sûre : l’entrée dans la nouvelle année a été parfaite pour ma fille et moi car elle a commencé avec un bon fou rire.