24 mai 2014

Nous avons perdu maman. Mais où ça ?

Lundi 5 mai, aux alentours de 14 heures. Je presse le pas dans la rue sur la Plaza Saint-Hubert, en route vers une petite séance d’acupuncture qui va certainement me faire le plus grand bien. Par habitude, je consulte mon cellulaire. Un texto de ma sœur attire mon attention :
Elle : peux-tu m’appeler assez rapidement ?
Moi : est-ce que je peux le faire dans 2 heures environ ?
Elle : c’est assez grave. Ce serait bien si tu pouvais m’appeler maintenant.

Avec une petite boule au ventre, je compose son numéro.

Elle : bonjour p’tite sœur, ça va ?
Moi : ça va, et toi ? Que se passe-t-il ?
Elle : on a perdu maman.
« Mais on l’a perdue où ? » a failli jaillir de ma bouche quand deux neurones se sont touchées pour me faire rapidement comprendre que je ne reverrai plus jamais ma mère. Étrange expérience que d’apprendre le décès d’un parent au beau milieu d’une rue parmi plein d’individus qui vous regardent sans trop vraiment vous voir, vous et votre boule au ventre remontée soudain à la gorge.
Comment annuler mon rendez-vous à la toute dernière minute fut ma première inquiétude qui peut paraître bien terre à terre. Finalement, je suis retournée chez moi en métro parmi d’autres individus que je croisais cette fois les yeux pleins de larmes. Petit à petit, je digérais un peu plus la nouvelle. Après le départ de mon père qui nous avait quittés il y a déjà longtemps, ma sœur, mon frère et moi nous retrouvions ainsi sans parents.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Peut-être parce que ça me permet d’évacuer ce profond sentiment de tristesse, même si ma maman n’a pas toujours été sympa ni cool. À une certaine époque, elle m’a même fait tellement suer que je lui ai raconté que je n’avais plus de téléphone. Et comme elle n’était pas connectée sur Internet, elle n’avait plus la possibilité de communiquer avec moi. J’allais être enfin tranquille. Elle aurait pu venir me voir ? Encore eut-il fallu qu’elle se décide à faire le voyage. Car, voyez-vous, ma maman et moi habitions à 7 000 kilomètres l’une de l’autre. Je vous raconte peut-être tout ça pour également évacuer ma peine de ne pas être allée la voir comme je désirais le faire depuis quelque temps. Mais vous savez ce que c’est, on reporte si facilement. La distance ou le prix des billets étaient-ils de bonnes excuses ? Bien sûr que non. Surtout que je n’avais pas vu ma mère depuis plus de dix ans, tout comme le reste de ma famille d’ailleurs. Il aura fallu ce coup de fil fatidique pour m’obliger à dénicher ce foutu billet d’avion et retrouver les miens…
Ce sentiment d’éloignement que ressentent tous ceux et celles qui vivent loin de leur terre d’origine, qu’elle soit à Paris, à Kaboul ou à Alma, je l’avais enfoui au fil des ans parce que ma vie, elle se faisait ici. J’avais appris à renier mon pays d’origine à force d’entendre qu’on était donc bien au Québec (c’est vrai) alors qu’en France, les gens sont arrogants et râleurs et, en plus, c’est la grosse crise économique. La preuve, ils débarquent en masse (c’est vrai aussi).
Mon retour « forcé » en France m’a fait réaliser que la famille, qu’elle soit idéale ou bancale, reste toujours le point d’ancrage de notre histoire. J’avais cru pouvoir m’en libérer en partant loin, loin, loin, et, surtout, en choisissant de faire comme si elle existait plus ou moins. Deux pays, deux cultures, deux gros chapitres du livre de ma vie que j’ai rendue morcelée. Le déracinement, choisi ou pas, est aussi un exil intérieur. 
Cela fait près de vingt ans que j’ai débarqué au Québec. J’ai toujours pensé qu’il était préférable d’effacer plus ou moins mon identité française pour mieux m’intégrer à ma société d’accueil. Pour être mieux acceptée. C’est une erreur. On n’est jamais vraiment d’ici et on n’est plus tout à fait de là-bas… C’est normal et il faut l’accepter. Malgré mon statut de « vieille » immigrante, on me demande encore et très souvent si j’habite ici ou je suis une touriste. Ce statut d’apatride m’a toujours convenu jusqu’à ce jour. Or, le départ de mon aïeule a ébranlé mes certitudes.  Comme si ce cordon qui vient d’être coupé si rapidement laissait place à une bizarre impression d’avoir perdu le dernier lien avec mon pays d’origine. 
À moins que ce ne soit le signe ultime qu’il est temps d’envisager un nouveau mouvement, qui sait. Il est vrai que tout ça arrive à une période de ma vie où je me pose beaucoup de questions. Est-ce là que je veux et que je dois être ? Cette vie est-elle faite pour moi ? Où vais-je ? On appelle cela la crise du milieu de vie paraît-il… Mon identité flottante entre deux eaux n’est certes pas de tout repos d’autant plus que mon avenir à Montréal semble morose depuis quelque temps tant le marché du travail dans mon domaine est saturé ; aussi, l’amour avec un grand A ne semble pas vouloir non plus frapper à ma porte. Vous allez me dire que, quelque soit l’endroit où l’on vit, une traversée du désert est difficile. Envisager de partir ne serait-il donc pas une fuite en avant ? Peut-être. Mais Bouddha disait aussi « il n’est rien de constant si ce n’est le changement ». Alors, se pourrait-il que je largue de nouveau les amarres de mon port d’attache actuel ? Qui le sait vraiment. Une chose est certaine, je ne laisserai plus filer autant le temps avant de revoir les gens que j’aime. Même s’ils sont loin.

Ma mère aurait eu 65 ans ce 25 mai, jour de la Fête des mères en France. Il y a des hasards dont on se passerait bien. Bonne fête, maman.  

14 avril 2014

Les partis politiques ont-ils encore leur place ?

« Un parti, c'est un « blindage », une armure où il n'y a plus de débats. » pouvait-on lire dans un article publié dans le Nouvel Observateur intitulé Stéphane Hessel : son dernier débat avec Daniel Cohn-Bendit.

Aussi, « un parti, c'est un système refermé sur lui-même, hermétique à ce qui se passe dans la société. ».

Je suis totalement d’accord avec ces énoncés.

« La politique, ça ne m'intéresse pas », « j'y comprends rien », « tous des corrompus » sont là des affirmations que l’on entend bien (trop) souvent. Comme une sorte de capitulation devant un système qui semble inébranlable tel un vieil arbre. Une analogie que j'oserais faire pour décrire nos vieux partis que sont le Parti Québécois et le Parti libéral du Québec qui s’échangent le pouvoir au rythme des élections depuis (trop) longtemps. Essoufflés et dépassés par l’évolution de la société québécoise, ils se contentent de vagues de popularité et s'empêtrent dans leurs propres contradictions ou répétitions.

Alors, on continue de patauger dans un marasme ambiant.  Plutôt que l’actualité ou la culture, le divertissement est devenu l'opium du bon peuple. Ce bon peuple qui a de plus en plus la vie dure dans sa course folle à gagner son pain quotidien... Alors, il faut bien le divertir. Lui donner du rêve. Le cerveau au ramolli, on se laisse gaver d'images. On devient incapables de discerner le vrai du faux, l'essentiel de l'inutile. On carbure à l'information spectacle qui nous donne l'impression d'être suffisamment au courant ou à jour. Surtout ne pas (r)éveiller notre pensée ou notre sens critique. Et le pire dans tout ça, c'est que l'on guide nos enfants vers cette même tendance à la paresse intellectuelle. Avec de tels modèles, nul doute qu'ils carbureront eux aussi à la passivité et adopteront sans se poser de questions ce statut de spectateurs dociles plutôt que d'acteurs engagés.

Alors, je vous propose ceci : si on se retrouvait autour d’un bon repas avec une bonne bouteille de vin et on refaisait le monde. Ça vous tenterait ? Bien entendu, il va être un peu difficile de réconcilier les perdants et les gagnants de la dernière élection. Mais, vous serez d’accord avec moi, il  est temps de passer à autre chose, non ? Il est temps de cesser de démoniser les autres, les traîtres, ceux qui ne sont pas dans notre camp. Car il n’y a pas de bons et de mauvais « voteurs ». Pour ma part, je ne pense pas que les Québécois ont voté pour le Parti libéral. C'est une insulte à l'intelligence de nos concitoyens que de penser qu'ils sont si idiots à ce point pour réélire un parti qui avait laissé un goût si amer. Les Québécois ont surtout voté contre l'autre grand parti en lice dont les deux chevaux de bataille (charte et référendum) ne s'inscrivaient pas comme des projets de société inspirants. Ou pour toute autre option sans trop de conviction. Quelque soit le camp dans lequel on est, vainqueur ou battu, c'est une claque pour la démocratie.

Et puis, on l’a assez répété, le résultat est la conséquence d'une campagne immonde et bâclée. Depuis au moins cinq ans, le Québec est en dépression nerveuse et se cherche une identité ou tout au moins une place. Je crois sincèrement que le PQ est le seul responsable de sa propre chute tant à cause du choix des hurluberlus qui entouraient madame Marois (Lisée, PKP et surtout Drainville qui s'est couvert de ridicule lors du « discours du trône ») que par sa campagne de peur (du Canada, des étrangers, de la langue anglaise). Même si je ne suis absolument pas nationaliste, je pense qu'un pays se crée avant tout sur des fondements de fierté, d'accomplissement et de vision d'un avenir collectif plutôt que sur des regrets, des ressentiments et du repli sur soi.

Prenons par exemple la pérennité de la langue française.  Elle n'est nullement une question d'allégeance politique comme semblent le prétendre le PQ. Qu'importe le gouvernement au pouvoir, elle est en déclin et en perdition depuis de très nombreuses années. À Montréal, le bilinguisme est requis pour presque tous les postes quand ce n'est pas la maîtrise des deux langues tant à l'oral qu'à l'écrit. S'inquiéter maintenant est déjà trop tard. C'est dès le primaire que le niveau adéquat de maîtrise du français doit être atteint par une rehausse des exigences et un retour à la création littéraire (lecture et écriture). Car des lacunes dès cet âge seront irréversibles jusqu'à l'arrivée à l'université ou sur le marché de l'emploi.

Bref, je suis de plus en plus convaincue que les partis politiques tels qu'on les connaît avec leur chef(f)e et leurs lignes de parti sont obsolètes et déconnectés de la réalité. La place n’est plus aux luttes de pouvoir entre des chefs, aux squelettes sortis du placard, aux jacasseries en tous genres. Ça tourne au ridicule et ça enlève les lettres de noblesse à l’art politique, le vrai. Je prône une politique plus locale avec un renforcement de l’autonomie des villes. Ce sont elles qui offrent une proximité avec les citoyens et qui permettent une mobilisation et une participation collective. Dans notre contexte actuel, les paliers décisionnels entre les systèmes provincial et municipal sont trop nombreux, trop compliqués, trop onéreux. « Less is more » comme dirait l’autre.

Ah, que j'aurais aimé avoir vingt ans dans les années 70. L’époque était aux projets, à l’espoir ; tout était possible. Aujourd’hui, on voit s’écrouler ce qui a été construit. Aux plus jeunes générations, on ne parle pas de construction mais de reconstruction. On ne fait pas miroiter des projets mais plutôt des problèmes de société ou des peurs du lendemain. Enfin, si l’on en croit les propos de désillusionnés ou de fous de pouvoir (vous voyez de qui je parle…).

Pour ma part, je ne les écoute plus. Je préfère me tourner vers ceux et celles qui rêvent et qui créent sur le terrain. C'est là que l'on bâtit vraiment.

08 avril 2014

Le Rwanda que j'ai connu en 2007


Certains d'entre vous reconnaîtront peut-être certains passages d'un billet écrit il y a deux ans. Dans le cadre de la commémoration du 20e anniversaire du génocide rwandais, j'ai eu envie de me replonger et de vous plonger dans de beaux souvenirs.

Ainsi, en 2007, je me suis rendue avec des collègues et amis au Rwanda pour construire une école dans la ville de Gisenyi, dans le Nord-Kivu, à la frontière du Congo ; le soir venu, on pouvait voir au loin Goma. On n'est jamais vraiment préparés à un voyage en Afrique, particulièrement dans un de ses pays qui a vécu des horreurs que seul l’humain est capable de faire.

Il est bien difficile de répertorier les grands événements tragiques de ce monde selon une échelle de gravité. Ainsi, je n’ai pas connu les événements de la Seconde Guerre mondiale. En revanche, mes nombreux cours d’histoire et le visionnement à un jeune âge de séries télévisées sur l’Holocauste m’ont profondément traumatisée. Tellement que je suis incapable de regarder des images aujourd’hui. Le génocide du Rwanda en 1994 ou encore les événements en Bosnie-Herzégovine, dont le massacre de Srebrenica en 1995, m’ont eux particulièrement hantée car je m’y suis plus facilement identifiée. Ainsi, dans nos villes et villages, on peut s’entretuer entre amis, connaissances ou voisins. Un jour, on vit ensemble, un autre, on se hait.

Mais je reviens à mon expérience au Rwanda qui a bien failli finir plus vite que prévu. Pour la petite histoire, à l’époque, je n’étais pas encore citoyenne canadienne. Je devais donc obtenir un visa spécial. Nous partions un jeudi soir. Or, j'étais encore à Ottawa le mercredi pour tenter d'obtenir ce fameux papier à l’Ambassade du Rwanda. Hélas, sans succès en raison de délais administratifs. Je décide de partir quand même car il semblait que je pouvais obtenir mon visa à l'aéroport de Kigali.

Après une trentaine d'heures de voyage (transit par Londres et Nairobi), nous arrivons enfin à destination. Mes amis passent les contrôles aux douanes sans problème. Pas moi. Je dois rencontrer le superviseur. Je le vois au loin, un mastodonte. Celui-ci me fait signe d'approcher. Je ne sais pas si c'est la fatigue, l'émoi d'avoir posé le pied sur la terre africaine ou mon intimidation face à lui, mais j'ai fait une chose qu'il ne faut jamais faire : j’ai menti.

Candidement, me voilà en train de lui dire : « oh, mais je ne savais pas qu'il fallait un visa… ». Et lui de me répondre : « Vous êtes certaine de ne pas avoir entrepris de démarches pour en obtenir un ? ». Vous avez certainement déjà ressenti cette impression de tomber dans un trou. Je devais être aussi livide qu’il était noir. Car je venais de comprendre que ma demande de visa avait eu le temps de faire son chemin pendant que j'étais dans les airs…

Bref, ils ne m'ont pas remise d'office dans l’avion, et j'ai docilement payé mon visa d’entrée (60 dollars). Bon, dans l'énervement, je n'en ai donné que 55, mais je vous jure que je ne l’ai pas fait exprès. Ni ce qui suit non plus. Alors que je récupérais enfin mes bagages avec un grand soupir de soulagement, une alarme s'est enclenchée. L'un de mes billets américains était faux...

Cela aurait pu augurer un séjour catastrophique. Ce fut tout le contraire. Pendant plus de quinze jours, nous avons travaillé d’arrache-pied avec les habitants d’un village dans une ambiance de découverte des uns et des autres. Pour eux, nous étions des Blancs, des Muzungus. Des êtres différents et même un peu bizarres. Et ces villageois n’avaient jamais vu un Blanc travailler, encore moins à leurs côtés. Au fil des jours, une collaboration s’est développée entre rires, regards et charabia pour tenter de se comprendre car nos nouveaux « collègues » parlaient principalement le kinyarwanda. Ensemble, nous avons produit à mains nues des centaines de blocs de ciment, nous avons aussi porté des centaines de pierres - petites, grosses ou énormes - et construit cette école.

Il y a quand même eu quelques ombres à ce tableau idyllique. Même si le Rwanda fascine autant par son peuple chaleureux, accueillant et résilient que par ses paysages aux mille et une beautés, sa terre est le repos éternel de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Là, là et peut-être là aussi… Pour ma part, un objet me donnait particulièrement froid dans le dos : la machette, cet outil de travail pour bon nombre de villageois. Dès que j'en voyais une, je ne pouvais m’empêcher de me poser des questions. Où était cette machette en 1994 ? A-t-elle servi comme arme de guerre ? A-t-elle fait couler beaucoup de sang ?

Aussi, nous avons regardé le film “Shooting Dogs” (Larmes d’avril au Québec) relatant l’abandon du Rwanda par la communauté internationale. Jusque là, jamais je n’avais vu de films sur cette tragédie. Pas besoin d’images pour saisir l’horreur. Dans la salle de visionnement, des camarades rwandais ont regardé le film avec nous. Certains sont Tutsis, d’autres Hutus. Jamais, nous ne pouvions vraiment savoir qui était quoi. Même si la paix était revenue, le sujet était encore tabou. Peut-être était-ce parce que j’étais la seule Européenne du groupe mais le film a été un choc total pour moi. Comme si je portais sur mes épaules tout le poids de la honte de mon pays d’origine. J'avais aussi presque l’impression de reconnaître certains endroits devenus familiers depuis quelques jours…

Deux ans plus tard, nous avons reproduit l’expérience en République démocratique du Congo cette fois. Là où un autre carnage se déroule depuis des années dans l’indifférence générale.

2014 marque le vingtième anniversaire du génocide du Rwanda. Nous pouvons être admiratifs de sa renaissance. Mais nous avons aussi un devoir de mémoire et de réflexion sur le silence de la communauté internationale qui a prévalu. Plus jamais ça.

Si cela vous intéresse, vous pouvez voir des images de ces deux séjours en Afrique sur www.afrik.ca.







23 mars 2014

La laïcité, oui. La charte, non.

La laïcité est essentielle et non négociable. Qu’elle soit formatée sous le sceau d’une charte ou d’une loi. Et tout accommodement sur la seule base de la religion (quelle qu’elle soit) doit être rejeté. C’est là mon avis.

Toutefois, enrober un projet de charte de saveurs nationaliste et discriminatoire est irresponsable de la part de politiciens qui se targuent de vouloir construire un pays bâti sur des valeurs rassembleuses.

Fût-ce un projet du Parti libéral, d’Option nationale ou de Québec solidaire, mon opinion serait la même. Or, c’est le Parti québécois qui en est à l’origine. C’est donc à ses maîtres d’œuvre que je m’adresse :

Pourquoi avoir intentionnellement attisé l’atteinte à l’intégrité d’un groupe en particulier de la population immigrante ? Il aurait été avisé de proposer (et d’en prendre) un cours 101 sur les préceptes du Christianisme, du Judaïsme, de l’Islam, du Bouddhisme ou encore de l’Hindouisme. Plutôt que de faire des raccourcis, l’ensemble de la population (et j’en suis) aurait été plus en mesure de se faire une idée sur les différentes confessions au sein des communautés qui forment dorénavant la société québécoise. On aurait peut-être évité les éternels amalgames. Être musulman n’est pas forcément être Arabe. Et un musulman n’est pas forcément un intégriste en devenir…

Pourquoi ne pas avoir insisté sur la distinction entre la religion et le fanatisme religieux ? Certes, une charte pourrait être un outil pour un mieux-vivre ensemble, et je suis certaine que la majeure partie des immigrants serait d’accord avec sa mise en pratique. En revanche, le fanatisme est selon moi un détournement radical « religio-géo-politico » qu’aucune charte ne peut réellement contrôler. Que ce soit un Anders Behring Breivik en Norvège, les auteurs d’origine tchétchène des attentats de Boston ou ceux du World Trade Center à New York en septembre 2001, il me semble bien qu’aucun d’entre eux ne portait de signes ostentatoires présumant de risques terroristes. Et puis, quand on y pense bien, les populations qui paient souvent le prix du fondamentalisme musulman ne sont pas de ce côté-ci de l’Atlantique. Si certaines de ces populations ont eu le courage de se soulever pour retrouver un espace démocratique lors du printemps arabe que nous avons été nombreux à admirer, pourquoi se fait il que, par ici, on fasse planer une menace intégriste imminente ?

Pourquoi ne pas avoir rappelé le fait qu’il y a 243 430 de personnes (dont environ 100 000 femmes) qui se déclarent musulmanes au Québec, soit 3 % seulement de la population (recensement 2011 de Statistique Canada). Khadija Darid, fondatrice de Espace féminin arabe, estime qu’environ une musulmane québécoise sur cinq porte le foulard. Ce qui veut dire environ 20 000 femmes voilées (on voit le visage) au total. De ce nombre, moins de 5 % travaillent pour l’État, ce qui veut dire 1 000 femmes potentiellement voilées dans la fonction publique.

Pourquoi ne pas avoir rappelé également à la population que l’immigration au Québec et au Canada est une immigration de type économique, ce qui signifie que les candidats sont sélectionnés (de plus en plus rigoureusement) selon leur niveau d’éducation, de diplomation et de parcours professionnel.

o   30 à 40 % des musulmans québécois ont des diplômes universitaires
o   60 % d'entre eux ne sont jamais allés dans une mosquée
o   25 % disent s'y présenter de façon plus ou moins récurrente
(source : Frédéric Castel, spécialiste de l’Islam)

Or, les montées et les ravages de l’intégrisme religieux trouvent souvent leur niche auprès de populations fortement défavorisées et non éduquées. Je ne crois donc pas que les menaces intégristes soient réellement à nos portes ou sur le point de déstabiliser les ordres politique et social du Québec, tel que le prédisent certaines personnalités publiques.  Aussi, à ce que je sache, on ne fait pas face à une arrivée massive de milliers de migrants désespérés de Syrie, d’Éthiopie ou du Soudan qui fuient la misère et la violence pour se réfugier en Europe. Pour une aussi petite population que la nôtre et avec les moyens dont on dispose, il est certainement aisé de garder l’œil sur des pratiques que l’on jugerait douteuses, non ? D’autant plus que s’il devait se fomenter des actes dangereux, cela m’étonnerait que leurs auteurs choisissent le territoire du Nunavut. Ça réduit encore plus l’espace de surveillance.

Enfin, pourquoi avoir utilisé le projet de charte à des fins électoralistes ? Cette récente sortie du ministre Drainville entouré de femmes laïques originaires du Maghreb était à vomir tant elle faisait acte de propagande. Où étaient donc toutes ces femmes que l’on accepte soudainement dans les rangs du parti majoritairement « blanc » ?  Ces femmes dont je respecte totalement les convictions ne voient-elles pas qu’elles sont des figurantes derrière un ministre qui, derrière son micro, attise la naissance d’un nouveau clivage (grave) dans la population québécoise ? Quant à l’excuse de l’égalité hommes-femmes pour appuyer l’urgence de la charte, rappelons qu’elle n’existe même pas dans la fonction publique et parapublique au Québec. Dans un billet intitulé « Une gifle pour les femmes » publié récemment sur le Huffington Post Québec, Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) y va ainsi d’un triste constat. On peut lire, je cite, « parmi les membres que je représente, six emplois occasionnels sur dix sont occupés par des femmes. Par contraste, les hommes occupent 57% des emplois professionnels les mieux rémunérés. Si j'avais un esprit machiavélique, je serais porté à croire que l'État reproduit la discrimination systémique envers les femmes en offrant moins que le privé ». Et puis, comment savoir si ces restrictions dans la fonction publique ne vont pas imprégner le secteur privé où certains dirigeants se donneront toute la légitimité pour écarter encore plus facilement des candidats et candidates issus de l’immigration ? Déjà qu’il y a une discrimination à l’emploi…

Des réponses seraient vraiment très appréciées.

09 mars 2014

Le féminisme a-t-il encore sa place ?

Ce n’est pas moi qui pose la question mais Marie-France Bazzo qui s’adressait alors à Monique Simard, présidente de la SODEC et tout un symbole de la lutte féministe au Québec.  Même si elle peut paraître déplacée, cette question n’en demeure pas moins pertinente, comme elle pourrait l’être aussi pour le syndicalisme.  Bien entendu, il ne s’agit pas d’oublier le combat de pionnières qui se sont battues pour l’obtention du droit de vote pour les femmes, pour l’égalité salariale ou encore pour la création des congés de maternité. Toutefois, le devoir de mémoire n’empêche en aucun cas le questionnement, n’est-ce pas ? Alors, le féminisme a-t-il encore sa place au Québec ?

À mon avis, la réponse est oui tant les commentaires et les comportements sexistes sont toujours aussi actifs et même plus encore grâce aux réseaux sociaux où tous les excès de langage sont permis. Et pas seulement envers les femmes… En revanche, je me poserais plutôt la question suivante : « Au Québec, le féminisme tel qu’il se définit aujourd’hui a-t-il encore sa place ? ». En effet, sauf erreur de ma part, il me semble toujours entendre une once de ressentiment envers la gent masculine dans les propos de certaines féministes, comme Geneviève Saint-Germain, Nathalie Collard ou Marie Plourde par exemple. Ainsi, même si je respecte leurs convictions, leur notion du féminisme m’apparaît parfois trop radicale et sectaire.  

Certes, même si tout n’est pas gagné, la situation des femmes au Québec s’est grandement améliorée. Notre première ministre est une femme. De plus en plus de femmes ont des postes de direction comme par exemple Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement des caisses Desjardins, Suzanne Fortier, principal et vice-chancelier de l’Université McGill, Sophie Brochu, présidente et chef de la direction de Gaz Métro ou encore France Charbonneau à la tête de la commission qui porte son nom. Et je ne pense pas que la tendance va s’inverser. Dans un article publié récemment sur le site Les affaires, on apprenait aussi que le Québec détenait la plus haute proportion de femmes membres de conseils d’administration au Canada. Je conçois bien entendu qu’il y a encore des batailles à mener notamment en termes de conciliation famille-travail, quasi-inexistante malgré les beaux discours. Soyons un peu patients, les grandes transformations de société se font souvent sur deux ou trois générations. Or, les postes de direction sont encore majoritairement occupés par des baby-boomers…

Une autre bataille est l’équité salariale. À ce titre, n’en déplaise au gouvernement Marois qui vante tant cette égalité hommes-femmes pour justifier sa charte de la laïcité, elle n’existe pas encore dans la fonction publique et parapublique au Québec (là où travaillent un grand nombre de femmes et où les salaires sont plus bas que dans le privé). Dans son billet Une gifle pour les femmes !, Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) y va ainsi d’un triste constat. On peut lire, je cite, « parmi les membres que je représente, six emplois occasionnels sur dix sont occupés par des femmes. Par contraste, les hommes occupent 57% des emplois professionnels les mieux rémunérés. Si j'avais un esprit machiavélique, je serais porté à croire que l'État reproduit la discrimination systémique envers les femmes en offrant moins que le privé ».

Plus qu’une idéologie communautariste qui évince l’autre moitié de l’humanité, le mouvement féministe devrait s’inscrire dans une lutte globale contre toutes les formes de discrimination, qu’elle soit selon le sexe, la couleur de peau, la religion ou l’orientation sexuelle. Cette lutte globale s’appelle l’humanisme et elle devrait se matérialiser au quotidien sans porte-étendard. Autant de luttes contre la pauvreté (hommes, femmes, enfants), le piètre état de l’éducation publique et la violence conjugale. Présenter le féminisme uniquement sur une base manichéenne du bien contre le mal me semble dorénavant inapproprié tant cette distinction me semble de plus en plus floue. Dans notre société qui carbure à la réussite matérielle, certains hommes ont des comportements déplorables, tout comme certaines femmes sont sans scrupules.  Dans le milieu de travail, certaines femmes peuvent ainsi se transformer en rapaces pour leurs semblables, hommes et femmes confondus. Aussi, bon nombre de femmes cupides n’hésitent pas à flatter dans le sens du poil celui qui ne leur plaît pas vraiment mais qui sait si bien les gâter… Quant à l’hypersexualisation des filles, reconnaissons qu’il y a une certaine déresponsabilisation de la société dans son ensemble. Qui sont ces designers qui ont eu l’idée de créer des strings pour fillettes ? Où sont les mères pour apprendre à leur fille qu’offrir sa bedaine aux yeux du monde ne la rendra pas plus attirante ? Qui sont ces parents (dont des mères) qui offrent des augmentations mammaires à leurs filles ou les inscrivent (surtout des mères) à des concours de mini-miss ? Et puis, qui oblige des jeunes femmes à « se prostituer » sur le petit écran d’Occupation double qui bat d’ailleurs des records d’audience ? Ne venez quand même pas me dire que tout ça est la seule faute des hommes. Il y a bien quelques femmes qui manquent de couilles pour dire « stop » à tout ça, non ?

Bref, des hommes vraiment cons, il y en a et il y en aura toujours, tout comme il y a des femmes complètement débiles. Alors, ne tombons pas dans les généralités simplistes (voyez la piètre image des hommes dans les publicités). Aussi, par respect pour les femmes qui luttent dans le monde pour leur intégrité ou, plus grave, pour leur vie, évitons les écarts de langage pour dénoncer certains comportements masculins comme l’avait fait maladroitement la chroniqueuse Judith Lussier dans son article La robe que je ne porte plus pour une raison x. Être sexy et féministe n’est pas forcément incompatible. Être un homme et être sexiste n’est pas automatiquement un fait. Ne pas être féministe et être engagée, c’est aussi un choix.

17 février 2014

Citation...

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. »
Benjamin Franklin

06 février 2014

Appelez-moi Jean-Philippe !

Vous ai-je déjà dit que j’ai toujours rêvé d’être une Marie-France Bazzo en puissance, surtout quand elle était au micro de la défunte émission Infinitif présent ? C’était il y a quelques années déjà, mais depuis je n’ai jamais perdu ma passion de la radio et des médias en général. Surveillez bien vos ondes, un jour prochain, vous entendrez ma voix…

Aujourd’hui, même si j’admire toujours madame Bazzo, je dois avouer que j'ai une autre idole. Je l'admire et je l'envie. Il s’appelle Jean-Philippe. J comme dans « jeune » et P comme dans « provocateur ». Ce sont des indices que je vous donne là. Allez, réfléchissez-bien. Jeune provocateur, radio, homme…

Oui, bingo ! Jean-Philippe Wauthier ! C’est lui. Oui, oui, je suis en amour. Professionnellement parlant. À mon avis, monsieur Wauthier est une figure parmi d’autres d’un vent nouveau qui souffle sur notre paysage médiatique trop lisse, trop propre, et oui, trop blanc ; mais ça c’est une autre histoire pour un prochain billet. Je pense par exemple à la folie d'À la semaine prochaine et de sa troupe déjantée. Mais avez-vous déjà écouté l’émission La soirée est encore jeune, le vendredi soir à 19 h 00 sur les ondes de Ici Radio-Canada Première ? Pendant une heure, nous avons droit à une revue de l’actualité de la semaine sur un ton décalé et caustique (tel qu'écrit sur le site de Radio-Canada). Et c'est vraiment le cas. L’excellente équipe de l’émission (en plus de l’animateur, notons Olivier Niquet, Jean-Sébastien Girard, Fred Savard, Jean-Philippe Cipriani) n’hésite pas à user de chroniques et de sketches à la limite de l’irrévérencieux. Même avec les personnalités VIP invitées en studio. Et mon dieu, que ça fait du bien ! 

Le fait d’entendre régulièrement les opinions du même groupuscule d’animateurs-journalistes-chroniqueurs sur les pages de nos journaux, à la radio et sur les réseaux sociaux devient quelque peu étouffant, et même plus mais je ne trouve pas le mot… Bien que leurs interventions puissent souvent être fort intéressantes, il n’en reste pas moins qu’elles sont le reflet de leurs propres interprétations de l’actualité. Et qu’il est difficile de faire la nôtre sans accès à une information plus large et plus objective. Je ne dirais pas qu’une émission comme La Soirée est encore jeune comble ce manque, mais elle a au moins le mérite de mettre le doigt sur les bons coups et les travers de notre société et ce, sans hypocrisie ni censure. Enfin, jusqu’à maintenant…

Comme dans tous les pays du monde, la télévision et la radio restent des vecteurs importants d’information ou de divertissement. Normal qu’elles offrent du bon et du moins bon, quand ce n’est pas carrément de la merde. Appelons les choses comme elles sont, n’est-ce pas ?

Au Québec, j’ai remarqué avec plaisir que le paysage médiatique (je ne parle pas de l'imprimé, notamment les magazines encore à la traîne) évolue dans le bon sens. Particulièrement en ce qui concerne la télévision et les séries web. On sent la contribution et la détermination de créateurs nouveau-genre. Dans un contexte aussi fort de convergence et de petit marché, je leur tire mon chapeau.

Je prends pour exemple l’excellente Série Noire sur Ici Radio-Canada Télé (qui se situe, selon moi, dans la lignée des excellents Invincibles, Minuit le soir, Apparences, ou encore Les Bougon). Je citerais aussi Télé-Québec, la petite chaîne qui ose. Avec, notamment, l’émission d’humour absurde Les Appendices, ou Les Gars des vues, véritable vitrine de nos jeunes créatifs dont on parle tant. Il y a aussi le rendez-vous hebdomadaire avec Deux hommes en or (avec Patrick Lagacé et Jean-Philippe Wauthier; je vous jure que je ne l'ai pas fait exprès...). En passant, je vous invite à assister à l’enregistrement de cette émission un de ces jours, c’est très sympa. Je terminerais cette liste d'exemples non exhaustive avec la chaîne câblée MAtv qui mérite bien son titre de télévision citoyenne tant sa programmation est instructive, exclusive et de proximité. L'émission Premières vues animée par Frédéric Corbet est excellente, tout comme Mise à jour avec Karima Brikh ou encore Montréalité avec Katherine-Lune Rollet.

Cette évolution est incontournable. Je crois vraiment que nous sommes arrivés là. Aux côtés de programmes plus traditionnels, on a besoin de plateformes média qui « dérangent, qui bousculent et qui nous surprennent », pour reprendre les termes de Thérèse Parisien, chroniqueuse culturelle sur les ondes du 98,5 FM. Cela comprend aussi des débats ou des talk-shows qui brassent sur des enjeux de société. Ça va venir. Mais attention, pas besoin de s'engueuler ou de se mettre en pétard à chaque fois, il suffit juste d'aborder les choses avec un peu d'humour sarcastique. Il y en a un qui fait ça très bien sur nos ondes mais je ne vous dis pas qui...