08 avril 2014

Le Rwanda que j'ai connu en 2007


Certains d'entre vous reconnaîtront peut-être certains passages d'un billet écrit il y a deux ans. Dans le cadre de la commémoration du 20e anniversaire du génocide rwandais, j'ai eu envie de me replonger et de vous plonger dans de beaux souvenirs.

Ainsi, en 2007, je me suis rendue avec des collègues et amis au Rwanda pour construire une école dans la ville de Gisenyi, dans le Nord-Kivu, à la frontière du Congo ; le soir venu, on pouvait voir au loin Goma. On n'est jamais vraiment préparés à un voyage en Afrique, particulièrement dans un de ses pays qui a vécu des horreurs que seul l’humain est capable de faire.

Il est bien difficile de répertorier les grands événements tragiques de ce monde selon une échelle de gravité. Ainsi, je n’ai pas connu les événements de la Seconde Guerre mondiale. En revanche, mes nombreux cours d’histoire et le visionnement à un jeune âge de séries télévisées sur l’Holocauste m’ont profondément traumatisée. Tellement que je suis incapable de regarder des images aujourd’hui. Le génocide du Rwanda en 1994 ou encore les événements en Bosnie-Herzégovine, dont le massacre de Srebrenica en 1995, m’ont eux particulièrement hantée car je m’y suis plus facilement identifiée. Ainsi, dans nos villes et villages, on peut s’entretuer entre amis, connaissances ou voisins. Un jour, on vit ensemble, un autre, on se hait.

Mais je reviens à mon expérience au Rwanda qui a bien failli finir plus vite que prévu. Pour la petite histoire, à l’époque, je n’étais pas encore citoyenne canadienne. Je devais donc obtenir un visa spécial. Nous partions un jeudi soir. Or, j'étais encore à Ottawa le mercredi pour tenter d'obtenir ce fameux papier à l’Ambassade du Rwanda. Hélas, sans succès en raison de délais administratifs. Je décide de partir quand même car il semblait que je pouvais obtenir mon visa à l'aéroport de Kigali.

Après une trentaine d'heures de voyage (transit par Londres et Nairobi), nous arrivons enfin à destination. Mes amis passent les contrôles aux douanes sans problème. Pas moi. Je dois rencontrer le superviseur. Je le vois au loin, un mastodonte. Celui-ci me fait signe d'approcher. Je ne sais pas si c'est la fatigue, l'émoi d'avoir posé le pied sur la terre africaine ou mon intimidation face à lui, mais j'ai fait une chose qu'il ne faut jamais faire : j’ai menti.

Candidement, me voilà en train de lui dire : « oh, mais je ne savais pas qu'il fallait un visa… ». Et lui de me répondre : « Vous êtes certaine de ne pas avoir entrepris de démarches pour en obtenir un ? ». Vous avez certainement déjà ressenti cette impression de tomber dans un trou. Je devais être aussi livide qu’il était noir. Car je venais de comprendre que ma demande de visa avait eu le temps de faire son chemin pendant que j'étais dans les airs…

Bref, ils ne m'ont pas remise d'office dans l’avion, et j'ai docilement payé mon visa d’entrée (60 dollars). Bon, dans l'énervement, je n'en ai donné que 55, mais je vous jure que je ne l’ai pas fait exprès. Ni ce qui suit non plus. Alors que je récupérais enfin mes bagages avec un grand soupir de soulagement, une alarme s'est enclenchée. L'un de mes billets américains était faux...

Cela aurait pu augurer un séjour catastrophique. Ce fut tout le contraire. Pendant plus de quinze jours, nous avons travaillé d’arrache-pied avec les habitants d’un village dans une ambiance de découverte des uns et des autres. Pour eux, nous étions des Blancs, des Muzungus. Des êtres différents et même un peu bizarres. Et ces villageois n’avaient jamais vu un Blanc travailler, encore moins à leurs côtés. Au fil des jours, une collaboration s’est développée entre rires, regards et charabia pour tenter de se comprendre car nos nouveaux « collègues » parlaient principalement le kinyarwanda. Ensemble, nous avons produit à mains nues des centaines de blocs de ciment, nous avons aussi porté des centaines de pierres - petites, grosses ou énormes - et construit cette école.

Il y a quand même eu quelques ombres à ce tableau idyllique. Même si le Rwanda fascine autant par son peuple chaleureux, accueillant et résilient que par ses paysages aux mille et une beautés, sa terre est le repos éternel de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Là, là et peut-être là aussi… Pour ma part, un objet me donnait particulièrement froid dans le dos : la machette, cet outil de travail pour bon nombre de villageois. Dès que j'en voyais une, je ne pouvais m’empêcher de me poser des questions. Où était cette machette en 1994 ? A-t-elle servi comme arme de guerre ? A-t-elle fait couler beaucoup de sang ?

Aussi, nous avons regardé le film “Shooting Dogs” (Larmes d’avril au Québec) relatant l’abandon du Rwanda par la communauté internationale. Jusque là, jamais je n’avais vu de films sur cette tragédie. Pas besoin d’images pour saisir l’horreur. Dans la salle de visionnement, des camarades rwandais ont regardé le film avec nous. Certains sont Tutsis, d’autres Hutus. Jamais, nous ne pouvions vraiment savoir qui était quoi. Même si la paix était revenue, le sujet était encore tabou. Peut-être était-ce parce que j’étais la seule Européenne du groupe mais le film a été un choc total pour moi. Comme si je portais sur mes épaules tout le poids de la honte de mon pays d’origine. J'avais aussi presque l’impression de reconnaître certains endroits devenus familiers depuis quelques jours…

Deux ans plus tard, nous avons reproduit l’expérience en République démocratique du Congo cette fois. Là où un autre carnage se déroule depuis des années dans l’indifférence générale.

2014 marque le vingtième anniversaire du génocide du Rwanda. Nous pouvons être admiratifs de sa renaissance. Mais nous avons aussi un devoir de mémoire et de réflexion sur le silence de la communauté internationale qui a prévalu. Plus jamais ça.

Si cela vous intéresse, vous pouvez voir des images de ces deux séjours en Afrique sur www.afrik.ca.







23 mars 2014

La laïcité, oui. La charte, non.

La laïcité est essentielle et non négociable. Qu’elle soit formatée sous le sceau d’une charte ou d’une loi. Et tout accommodement sur la seule base de la religion (quelle qu’elle soit) doit être rejeté. C’est là mon avis.

Toutefois, enrober un projet de charte de saveurs nationaliste et discriminatoire est irresponsable de la part de politiciens qui se targuent de vouloir construire un pays bâti sur des valeurs rassembleuses.

Fût-ce un projet du Parti libéral, d’Option nationale ou de Québec solidaire, mon opinion serait la même. Or, c’est le Parti québécois qui en est à l’origine. C’est donc à ses maîtres d’œuvre que je m’adresse :

Pourquoi avoir intentionnellement attisé l’atteinte à l’intégrité d’un groupe en particulier de la population immigrante ? Il aurait été avisé de proposer (et d’en prendre) un cours 101 sur les préceptes du Christianisme, du Judaïsme, de l’Islam, du Bouddhisme ou encore de l’Hindouisme. Plutôt que de faire des raccourcis, l’ensemble de la population (et j’en suis) aurait été plus en mesure de se faire une idée sur les différentes confessions au sein des communautés qui forment dorénavant la société québécoise. On aurait peut-être évité les éternels amalgames. Être musulman n’est pas forcément être Arabe. Et un musulman n’est pas forcément un intégriste en devenir…

Pourquoi ne pas avoir insisté sur la distinction entre la religion et le fanatisme religieux ? Certes, une charte pourrait être un outil pour un mieux-vivre ensemble, et je suis certaine que la majeure partie des immigrants serait d’accord avec sa mise en pratique. En revanche, le fanatisme est selon moi un détournement radical « religio-géo-politico » qu’aucune charte ne peut réellement contrôler. Que ce soit un Anders Behring Breivik en Norvège, les auteurs d’origine tchétchène des attentats de Boston ou ceux du World Trade Center à New York en septembre 2001, il me semble bien qu’aucun d’entre eux ne portait de signes ostentatoires présumant de risques terroristes. Et puis, quand on y pense bien, les populations qui paient souvent le prix du fondamentalisme musulman ne sont pas de ce côté-ci de l’Atlantique. Si certaines de ces populations ont eu le courage de se soulever pour retrouver un espace démocratique lors du printemps arabe que nous avons été nombreux à admirer, pourquoi se fait il que, par ici, on fasse planer une menace intégriste imminente ?

Pourquoi ne pas avoir rappelé le fait qu’il y a 243 430 de personnes (dont environ 100 000 femmes) qui se déclarent musulmanes au Québec, soit 3 % seulement de la population (recensement 2011 de Statistique Canada). Khadija Darid, fondatrice de Espace féminin arabe, estime qu’environ une musulmane québécoise sur cinq porte le foulard. Ce qui veut dire environ 20 000 femmes voilées (on voit le visage) au total. De ce nombre, moins de 5 % travaillent pour l’État, ce qui veut dire 1 000 femmes potentiellement voilées dans la fonction publique.

Pourquoi ne pas avoir rappelé également à la population que l’immigration au Québec et au Canada est une immigration de type économique, ce qui signifie que les candidats sont sélectionnés (de plus en plus rigoureusement) selon leur niveau d’éducation, de diplomation et de parcours professionnel.

o   30 à 40 % des musulmans québécois ont des diplômes universitaires
o   60 % d'entre eux ne sont jamais allés dans une mosquée
o   25 % disent s'y présenter de façon plus ou moins récurrente
(source : Frédéric Castel, spécialiste de l’Islam)

Or, les montées et les ravages de l’intégrisme religieux trouvent souvent leur niche auprès de populations fortement défavorisées et non éduquées. Je ne crois donc pas que les menaces intégristes soient réellement à nos portes ou sur le point de déstabiliser les ordres politique et social du Québec, tel que le prédisent certaines personnalités publiques.  Aussi, à ce que je sache, on ne fait pas face à une arrivée massive de milliers de migrants désespérés de Syrie, d’Éthiopie ou du Soudan qui fuient la misère et la violence pour se réfugier en Europe. Pour une aussi petite population que la nôtre et avec les moyens dont on dispose, il est certainement aisé de garder l’œil sur des pratiques que l’on jugerait douteuses, non ? D’autant plus que s’il devait se fomenter des actes dangereux, cela m’étonnerait que leurs auteurs choisissent le territoire du Nunavut. Ça réduit encore plus l’espace de surveillance.

Enfin, pourquoi avoir utilisé le projet de charte à des fins électoralistes ? Cette récente sortie du ministre Drainville entouré de femmes laïques originaires du Maghreb était à vomir tant elle faisait acte de propagande. Où étaient donc toutes ces femmes que l’on accepte soudainement dans les rangs du parti majoritairement « blanc » ?  Ces femmes dont je respecte totalement les convictions ne voient-elles pas qu’elles sont des figurantes derrière un ministre qui, derrière son micro, attise la naissance d’un nouveau clivage (grave) dans la population québécoise ? Quant à l’excuse de l’égalité hommes-femmes pour appuyer l’urgence de la charte, rappelons qu’elle n’existe même pas dans la fonction publique et parapublique au Québec. Dans un billet intitulé « Une gifle pour les femmes » publié récemment sur le Huffington Post Québec, Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) y va ainsi d’un triste constat. On peut lire, je cite, « parmi les membres que je représente, six emplois occasionnels sur dix sont occupés par des femmes. Par contraste, les hommes occupent 57% des emplois professionnels les mieux rémunérés. Si j'avais un esprit machiavélique, je serais porté à croire que l'État reproduit la discrimination systémique envers les femmes en offrant moins que le privé ». Et puis, comment savoir si ces restrictions dans la fonction publique ne vont pas imprégner le secteur privé où certains dirigeants se donneront toute la légitimité pour écarter encore plus facilement des candidats et candidates issus de l’immigration ? Déjà qu’il y a une discrimination à l’emploi…

Des réponses seraient vraiment très appréciées.

09 mars 2014

Le féminisme a-t-il encore sa place ?

Ce n’est pas moi qui pose la question mais Marie-France Bazzo qui s’adressait alors à Monique Simard, présidente de la SODEC et tout un symbole de la lutte féministe au Québec.  Même si elle peut paraître déplacée, cette question n’en demeure pas moins pertinente, comme elle pourrait l’être aussi pour le syndicalisme.  Bien entendu, il ne s’agit pas d’oublier le combat de pionnières qui se sont battues pour l’obtention du droit de vote pour les femmes, pour l’égalité salariale ou encore pour la création des congés de maternité. Toutefois, le devoir de mémoire n’empêche en aucun cas le questionnement, n’est-ce pas ? Alors, le féminisme a-t-il encore sa place au Québec ?

À mon avis, la réponse est oui tant les commentaires et les comportements sexistes sont toujours aussi actifs et même plus encore grâce aux réseaux sociaux où tous les excès de langage sont permis. Et pas seulement envers les femmes… En revanche, je me poserais plutôt la question suivante : « Au Québec, le féminisme tel qu’il se définit aujourd’hui a-t-il encore sa place ? ». En effet, sauf erreur de ma part, il me semble toujours entendre une once de ressentiment envers la gent masculine dans les propos de certaines féministes, comme Geneviève Saint-Germain, Nathalie Collard ou Marie Plourde par exemple. Ainsi, même si je respecte leurs convictions, leur notion du féminisme m’apparaît parfois trop radicale et sectaire.  

Certes, même si tout n’est pas gagné, la situation des femmes au Québec s’est grandement améliorée. Notre première ministre est une femme. De plus en plus de femmes ont des postes de direction comme par exemple Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement des caisses Desjardins, Suzanne Fortier, principal et vice-chancelier de l’Université McGill, Sophie Brochu, présidente et chef de la direction de Gaz Métro ou encore France Charbonneau à la tête de la commission qui porte son nom. Et je ne pense pas que la tendance va s’inverser. Dans un article publié récemment sur le site Les affaires, on apprenait aussi que le Québec détenait la plus haute proportion de femmes membres de conseils d’administration au Canada. Je conçois bien entendu qu’il y a encore des batailles à mener notamment en termes de conciliation famille-travail, quasi-inexistante malgré les beaux discours. Soyons un peu patients, les grandes transformations de société se font souvent sur deux ou trois générations. Or, les postes de direction sont encore majoritairement occupés par des baby-boomers…

Une autre bataille est l’équité salariale. À ce titre, n’en déplaise au gouvernement Marois qui vante tant cette égalité hommes-femmes pour justifier sa charte de la laïcité, elle n’existe pas encore dans la fonction publique et parapublique au Québec (là où travaillent un grand nombre de femmes et où les salaires sont plus bas que dans le privé). Dans son billet Une gifle pour les femmes !, Richard Perron, président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) y va ainsi d’un triste constat. On peut lire, je cite, « parmi les membres que je représente, six emplois occasionnels sur dix sont occupés par des femmes. Par contraste, les hommes occupent 57% des emplois professionnels les mieux rémunérés. Si j'avais un esprit machiavélique, je serais porté à croire que l'État reproduit la discrimination systémique envers les femmes en offrant moins que le privé ».

Plus qu’une idéologie communautariste qui évince l’autre moitié de l’humanité, le mouvement féministe devrait s’inscrire dans une lutte globale contre toutes les formes de discrimination, qu’elle soit selon le sexe, la couleur de peau, la religion ou l’orientation sexuelle. Cette lutte globale s’appelle l’humanisme et elle devrait se matérialiser au quotidien sans porte-étendard. Autant de luttes contre la pauvreté (hommes, femmes, enfants), le piètre état de l’éducation publique et la violence conjugale. Présenter le féminisme uniquement sur une base manichéenne du bien contre le mal me semble dorénavant inapproprié tant cette distinction me semble de plus en plus floue. Dans notre société qui carbure à la réussite matérielle, certains hommes ont des comportements déplorables, tout comme certaines femmes sont sans scrupules.  Dans le milieu de travail, certaines femmes peuvent ainsi se transformer en rapaces pour leurs semblables, hommes et femmes confondus. Aussi, bon nombre de femmes cupides n’hésitent pas à flatter dans le sens du poil celui qui ne leur plaît pas vraiment mais qui sait si bien les gâter… Quant à l’hypersexualisation des filles, reconnaissons qu’il y a une certaine déresponsabilisation de la société dans son ensemble. Qui sont ces designers qui ont eu l’idée de créer des strings pour fillettes ? Où sont les mères pour apprendre à leur fille qu’offrir sa bedaine aux yeux du monde ne la rendra pas plus attirante ? Qui sont ces parents (dont des mères) qui offrent des augmentations mammaires à leurs filles ou les inscrivent (surtout des mères) à des concours de mini-miss ? Et puis, qui oblige des jeunes femmes à « se prostituer » sur le petit écran d’Occupation double qui bat d’ailleurs des records d’audience ? Ne venez quand même pas me dire que tout ça est la seule faute des hommes. Il y a bien quelques femmes qui manquent de couilles pour dire « stop » à tout ça, non ?

Bref, des hommes vraiment cons, il y en a et il y en aura toujours, tout comme il y a des femmes complètement débiles. Alors, ne tombons pas dans les généralités simplistes (voyez la piètre image des hommes dans les publicités). Aussi, par respect pour les femmes qui luttent dans le monde pour leur intégrité ou, plus grave, pour leur vie, évitons les écarts de langage pour dénoncer certains comportements masculins comme l’avait fait maladroitement la chroniqueuse Judith Lussier dans son article La robe que je ne porte plus pour une raison x. Être sexy et féministe n’est pas forcément incompatible. Être un homme et être sexiste n’est pas automatiquement un fait. Ne pas être féministe et être engagée, c’est aussi un choix.

17 février 2014

Citation...

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. »
Benjamin Franklin

06 février 2014

Appelez-moi Jean-Philippe !

Vous ai-je déjà dit que j’ai toujours rêvé d’être une Marie-France Bazzo en puissance, surtout quand elle était au micro de la défunte émission Infinitif présent ? C’était il y a quelques années déjà, mais depuis je n’ai jamais perdu ma passion de la radio et des médias en général. Surveillez bien vos ondes, un jour prochain, vous entendrez ma voix…

Aujourd’hui, même si j’admire toujours madame Bazzo, je dois avouer que j'ai une autre idole. Je l'admire et je l'envie. Il s’appelle Jean-Philippe. J comme dans « jeune » et P comme dans « provocateur ». Ce sont des indices que je vous donne là. Allez, réfléchissez-bien. Jeune provocateur, radio, homme…

Oui, bingo ! Jean-Philippe Wauthier ! C’est lui. Oui, oui, je suis en amour. Professionnellement parlant. À mon avis, monsieur Wauthier est une figure parmi d’autres d’un vent nouveau qui souffle sur notre paysage médiatique trop lisse, trop propre, et oui, trop blanc ; mais ça c’est une autre histoire pour un prochain billet. Je pense par exemple à la folie d'À la semaine prochaine et de sa troupe déjantée. Mais avez-vous déjà écouté l’émission La soirée est encore jeune, le vendredi soir à 19 h 00 sur les ondes de Ici Radio-Canada Première ? Pendant une heure, nous avons droit à une revue de l’actualité de la semaine sur un ton décalé et caustique (tel qu'écrit sur le site de Radio-Canada). Et c'est vraiment le cas. L’excellente équipe de l’émission (en plus de l’animateur, notons Olivier Niquet, Jean-Sébastien Girard, Fred Savard, Jean-Philippe Cipriani) n’hésite pas à user de chroniques et de sketches à la limite de l’irrévérencieux. Même avec les personnalités VIP invitées en studio. Et mon dieu, que ça fait du bien ! 

Le fait d’entendre régulièrement les opinions du même groupuscule d’animateurs-journalistes-chroniqueurs sur les pages de nos journaux, à la radio et sur les réseaux sociaux devient quelque peu étouffant, et même plus mais je ne trouve pas le mot… Bien que leurs interventions puissent souvent être fort intéressantes, il n’en reste pas moins qu’elles sont le reflet de leurs propres interprétations de l’actualité. Et qu’il est difficile de faire la nôtre sans accès à une information plus large et plus objective. Je ne dirais pas qu’une émission comme La Soirée est encore jeune comble ce manque, mais elle a au moins le mérite de mettre le doigt sur les bons coups et les travers de notre société et ce, sans hypocrisie ni censure. Enfin, jusqu’à maintenant…

Comme dans tous les pays du monde, la télévision et la radio restent des vecteurs importants d’information ou de divertissement. Normal qu’elles offrent du bon et du moins bon, quand ce n’est pas carrément de la merde. Appelons les choses comme elles sont, n’est-ce pas ?

Au Québec, j’ai remarqué avec plaisir que le paysage médiatique (je ne parle pas de l'imprimé, notamment les magazines encore à la traîne) évolue dans le bon sens. Particulièrement en ce qui concerne la télévision et les séries web. On sent la contribution et la détermination de créateurs nouveau-genre. Dans un contexte aussi fort de convergence et de petit marché, je leur tire mon chapeau.

Je prends pour exemple l’excellente Série Noire sur Ici Radio-Canada Télé (qui se situe, selon moi, dans la lignée des excellents Invincibles, Minuit le soir, Apparences, ou encore Les Bougon). Je citerais aussi Télé-Québec, la petite chaîne qui ose. Avec, notamment, l’émission d’humour absurde Les Appendices, ou Les Gars des vues, véritable vitrine de nos jeunes créatifs dont on parle tant. Il y a aussi le rendez-vous hebdomadaire avec Deux hommes en or (avec Patrick Lagacé et Jean-Philippe Wauthier; je vous jure que je ne l'ai pas fait exprès...). En passant, je vous invite à assister à l’enregistrement de cette émission un de ces jours, c’est très sympa. Je terminerais cette liste d'exemples non exhaustive avec la chaîne câblée MAtv qui mérite bien son titre de télévision citoyenne tant sa programmation est instructive, exclusive et de proximité. L'émission Premières vues animée par Frédéric Corbet est excellente, tout comme Mise à jour avec Karima Brikh ou encore Montréalité avec Katherine-Lune Rollet.

Cette évolution est incontournable. Je crois vraiment que nous sommes arrivés là. Aux côtés de programmes plus traditionnels, on a besoin de plateformes média qui « dérangent, qui bousculent et qui nous surprennent », pour reprendre les termes de Thérèse Parisien, chroniqueuse culturelle sur les ondes du 98,5 FM. Cela comprend aussi des débats ou des talk-shows qui brassent sur des enjeux de société. Ça va venir. Mais attention, pas besoin de s'engueuler ou de se mettre en pétard à chaque fois, il suffit juste d'aborder les choses avec un peu d'humour sarcastique. Il y en a un qui fait ça très bien sur nos ondes mais je ne vous dis pas qui...

14 janvier 2014

Ça l'a vraiment pas d'bon sens !*

Régulièrement, le sujet revient au devant de la scène puis on passe toujours à autre chose. Je parle ici du danger qui pèse sur la primauté ou la pérennité (ou les deux) de la langue française. Il est vrai qu’elle perd de sa verve dans toutes les sphères de notre société. Notamment dans le monde du travail où, ne nous voilons pas la face, on trouve rarement un bon emploi si on ne maîtrise pas l’anglais presqu’autant que le français.

Bien sûr, en tant que terre d’accueil de nombreux nouveaux arrivants, il y a certainement une portion de cette population immigrante qui est ignorante de notre langue. Mais y a-t-il suffisamment de services de francisation à leurs services ? Pas si sûre. En contrepartie, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une autre portion importante d’immigrants, éduqués, compétents, et sélectionnés par les services d’immigration québécois, qui parle très bien le français. Entre autres, des ressortissants du Maghreb qui comptent, selon les chiffres, pour 21 % des immigrants. Mais dans notre débat actuel qui ressemble à une chasse au foulard musulman, l’apport de ces hommes et de ces femmes dans la sauvegarde collective du français passe soudain au second plan…  Il y a aussi tous ces « maudits » anglos dont un grand nombre d'entre eux ne ferait aucun effort pour pratiquer notre langue. Sont-ils vraiment si nombreux à être unilingues ?

Mais le danger qui pèse sur notre langue ne vient pas seulement des autres ou des circonstances. Le bien parler et le bien écrit ne sont pas toujours considérés comme ben ben sexy, bien au contraire. Aussi, on vit dans une société qui carbure de plus en plus à l’image et de moins en mois au nombre de mots, surtout pas savants. Et puis, n’oublions pas qu’il y a toujours 49 % d’analphabètes fonctionnels au Québec; preuve qu’on a échoué, en tant que société, à offrir les mêmes chances à tout le monde, même la transmission du b.a.-ba. Comment, alors, batailler en force et en nombre contre l’ennemi…

Certes, il est vrai que l’apprentissage du français peut être ardu tant ses règles élémentaires de grammaire sont complexes, quand ce sont pas leurs énoncés. Vous souvenez-vous, vous, des règles que vous avez apprises sur vos bancs d’école ? Pour ma part, j’avoue ne plus trop me souvenir de la façon dont elles étaient enseignées « à mon époque ».  Mais étaient-elles aussi compliquées à comprendre qu’aujourd’hui ? Là est mon doute.

Voici quelques exemples de ce qu'on peut lire dans des manuels de français du secondaire aujourd'hui :

  • Sur le plan textuel, un adverbe peut jouer le rôle de coordonnant, de marqueur de modalité ou d’organisateur textuel.
  • Que la subordonnée complément de phrase se distingue de la subordonnée relative, de la subordonnée complétive et de la subordonnée relative déterminative. Et qu’une structure abrégée peut remplacer une subordonnée corrélative, ce qui permet de la réduire et de varier les structures syntaxiques. (sic)
  • Outre la phrase de base, il existe aussi des phrases à construction particulière comme les phrases impersonnelles, à présentatif, non verbale, ou infinitive. D’ailleurs, il existe quatre types de phrases et huit formes de phrases…
L’autre jour, ma fille m’a demandé de l’aider pour un de ses exercices. Elle avait des difficultés à comprendre ce qu’elle lisait.

« Si le subordonnant le permet, une structure abrégée peut remplacer la subordonnée complément de phrase, ce qui permet de la réduire et de varier les structures syntaxiques. »

Elle : ça veut dire quoi, maman ?

Moi : un instant, laisse-moi voir ça…  Voyons, voyons, je ne me souviens plus très bien, c’est quoi déjà, un subordonnant ?

Elle : j’sais pas.

Moi : hum, on va faire une petite recherche sur Internet ?

Sur le site de l’Office de la langue française, on peut lire ceci: on définit un subordonnant comme un mot qui sert à subordonner une phrase à une autre en l’y intégrant pour en faire une subordonnée.  Les subordonnants expriment souvent (…) une idée de but, de conséquence, d’antériorité, etc. C’est pourquoi on les appelle aussi des marqueurs de relation.

Est-ce que j’ai vraiment besoin de vous dire que ça ne nous a pas aidées ?

Sur papier, on dit qu’un enfant qui apprend avec plaisir a plus de chances de réussir que celui qui ressent les apprentissages comme une corvée. Sur le terrain, si on demande aux élèves de retenir des règles grammaticales aussi alambiquées, pensez-vous vraiment qu’ils se marrent ? Vous me direz que sans sa grammaire, aucune langue ne pourrait survivre. C’est un fait et la langue française ne fait pas exception, bien au contraire. Toutefois, je me pose la question suivante : « à force de changements dans les programmes pédagogiques, est-ce que nous compliquons l’apprentissage des jeunes ? Avec tout cette matière (imposée par le ministère) à ingurgiter en peu de temps, y a-t-il vraiment de la place pour des dictées, des lectures à haute voix, des ateliers d’écriture, des exposés, des résumés de livres ? Pour plonger dans un livre ou pour écrire des histoires ? Qui sait, peut-être y a-t-il plusieurs grands écrivains qui sommeillent chez nos jeunes !

Je me souviens très bien du cri d'alarme que Lucien Francoeur avait lancé sur Canoe.ca en 2011. Lui-même enseignant en littérature, il parlait alors d'un véritable désastre ou même d'une bombe qui allait exploser. En voici un extrait :

« Un ministère de l'Éducation complètement déconnecté de la réalité ; des étudiants gavés de gadgets qui sont incapables de comprendre des consignes de base ; des illettrés qui n'ont pas de culture ; des exigences qui ont baissé à tous les niveaux... ». Et plus loin : «Un élève qui entre au collégial de nos jours, il faut lui enseigner ce qu'est un livre ou même ce que signifie recto verso (…). Malheureusement, j’ai tendance à croire qu’il voyait juste. Pour lire l'article au complet, cliquez ici.

* Dans cette phrase affirmative emphatique, il semble bien y avoir une erreur dans la matérialisation de la négation, je crois...

05 janvier 2014

Non, je ne suis pas sa mère !

C’est encore arrivé cet après-midi au marché Jean-Talon. Je faisais des emplettes avec mon amie A., certes beaucoup plus jeune que moi. Quelqu’un nous a encore prises  pour une mère et sa fille. Ça ne fait que la quatrième fois, me direz-vous, je devrais m’habituer. Eh bien non, je ne m’habituerai jamais !!!! Oui, je sais, j’aurais pu enfanter à 16 ans et avoir une grande belle fille de xx ans aujourd’hui (je ne vous dirai pas son âge, je vous vois déjà faire le calcul), mais ça me donne une claque à chaque fois. Que quiconque vienne me dire droit dans les yeux que le fait de vieillir ne l’affecte pas du tout. Bullshit !

Les gens de mon entourage vont penser que je fais encore une montée de lait pour rien. C’est vrai, mais je les rassure, c’est une toute petite montée, il y a déjà eu pire. En revanche, cela m’a donné l’envie de partager quelques-unes de mes réflexions sur le mieux-vivre ensemble pour cette nouvelle année. Ça changera des rétrospectives, non ?

I. Petits conseils d’amis
Pour faire un lien avec ma petite anecdote, ne supposez jamais :
a) qu’une femme plus mature est forcément la mère de celle qui l’accompagne (l’amitié n’a pas d’âge),
b) qu’une de vos proches est enceinte si vous croyez avoir vu un petit ventre (les fluctuations hormonales ou quelques excès gourmands peuvent avoir des effets passagers),
c) que ce jeune homme est certainement le fils de cette dame honorable ou inversement (ça peut être son amoureux car l’amour n’a pas d’âge non plus),
d) qu’une connaissance qui vous entretient sur sa vie de couple ne parle pas automatiquement de son chum mais peut-être bien de sa chum,
e) qu’un homme qui se promène avec une belle jeune fille n’est pas forcément un vieux cochon (c’est peut-être sa fille dont il est bien fier). 
Bref, maitrisez votre curiosité ou votre spontanéité, et attendez que l’on vous donne l’information.

II. Maux de mots :
Créativité : servi à toutes les sauces, ce mot est devenu un fourre-tout linguistique fort utile quand on a rien d’autre à dire pour se démarquer.

Facteur humidex : j’ai l’impression qu’on en fait toujours un peu trop, pas vous ?

Conseil, comité, consultation, commission: Trop de « con » (je parle ici de la prononciation bien sûr) pour si peu d’action (par exemple, la commission Ménard est un gros gaspillage de temps et surtout d’argent).

Les ignares des réseaux sociaux : quiconque ne sait pas aligner deux phrases sans propos injurieux devrait être écarté par les modérateurs de plateformes de discussion.

Capitalisme : les succès que rencontrent le Boxing Day, le Black Friday, Walmart, ou les nouveautés/ventes d’Apple n’indiquent aucun signe d’essoufflement de ce soi-disant maudit système économique. Au contraire, nous l’encourageons toujours plus, et certains continuent de s’en mettre plein les poches.

Protection de l’environnement : sur le papier, c’est bien beau. En réalité, aucune volonté.

Le copinage Coderre/Labeaume : ce n’est même plus drôle tellement c’est cliché. Peut-on passer à autre chose ?

La France: arrêtons de nous référer continuellement à ce qui se passe là-bas relativement à notre projet de charte. Ceux et celles qui ont vécu dans les cités dortoirs des grandes villes peuvent éventuellement savoir de quoi ils parlent. Et si on a vraiment une leçon à en tirer, sachons que plutôt que de signes religieux, les problèmes d'aujourd'hui sont nés d'une accumulation d'incidents de discrimination, de pauvreté galopante et de ghettoïsation auxquels les différents gouvernements n’ont prêté aucune véritable attention. Ainsi, c’est le succès de l’intégration des immigrants qui doit être notre motivation première car nous avons encore le temps de le faire de la bonne façon. Pour le reste, on n'a pas les mêmes politiques d’immigration que la France et encore moins sa situation géopolitique. 

III. J’adore les médias, mais...
.    Avons-nous encore besoin d’un Bye Bye ou d’une autre production humoristique à gros budget pour nous aider à entrer dans une nouvelle année ? On jase là…

·        Et si on traitait moins d’actualité de genre « faits divers »?
     Exemples : l’échange entre l’itinérant et le policier ou encore l’affaire Gab Roy. À part un exercice de lynchage collectif sur fond de réactions émotionnelles dans les deux cas, la réflexion n’a pas été poussée plus que ça pour analyser les causes et les conséquences de l’itinérance, les ravages de la pauvreté et de la précarité d’une portion de plus en plus grande de la population. On n’a pas expliqué non plus le phénomène de la montée de propos extrémistes d’une branche de la population. Dans ce cas précisément, on a préféré mettre sur l’échafaud un responsable (Gab Roy) en lui offrant de la publicité gratuite sur un plateau d’argent. Et après ce spectacle divertissant, que fait-on ? Au prochain dérapage, allons-nous encore jouer les vierges effarouchées ? Car, avouons-le, ce n’est qu’un début…

·       Si on lit La Presse, on est des fédéralistes et de droite forcément, si on lit Le Devoir, on est des souverainistes, si on lit Le Journal de Montréal, on ne s’intéresse pas aux vraies affaires. Bref, dites-moi ce que vous lisez et je vous dirai qui vous êtes… À quand un Rue89 ou un Médiapart, 100% québécois et indépendant, sur papier ou sur Internet ?

·   Dernier petit commentaire : notre paysage médiatique - particulièrement les média mainstream - me semble trop « blanc », et ne reflète en aucun cas la réalité socio-démographique du Québec. Il est grand temps d’intégrer des représentants de différentes cultures qui composent notre société.


Et vous, qu’aimeriez-vous voir comme nouveautés ou améliorations pour cette année ?