« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. »
Benjamin Franklin
« C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. » Michel Audiard
17 février 2014
06 février 2014
Appelez-moi Jean-Philippe !
Vous ai-je déjà dit que j’ai toujours rêvé d’être une Marie-France Bazzo en
puissance, surtout quand elle était au micro de la défunte émission Infinitif présent ? C’était il y a
quelques années déjà, mais depuis je n’ai jamais perdu ma passion de la radio et des médias en général. Surveillez
bien vos ondes, un jour prochain, vous entendrez ma voix…
Aujourd’hui, même si j’admire toujours madame Bazzo, je dois avouer que j'ai une autre idole. Je l'admire et je l'envie. Il s’appelle Jean-Philippe. J comme dans « jeune » et P comme dans «
provocateur ». Ce sont des indices que je vous donne là. Allez,
réfléchissez-bien. Jeune provocateur, radio, homme…
Oui, bingo ! Jean-Philippe Wauthier ! C’est lui. Oui, oui, je
suis en amour. Professionnellement parlant. À mon avis, monsieur Wauthier est une figure parmi
d’autres d’un vent nouveau qui souffle sur notre paysage médiatique trop lisse,
trop propre, et oui, trop blanc ; mais ça c’est une autre histoire pour un prochain billet. Je pense par exemple à la folie d'À la semaine prochaine et de sa troupe déjantée. Mais avez-vous déjà écouté l’émission La
soirée est encore jeune, le vendredi soir à 19 h 00 sur les ondes de Ici Radio-Canada
Première ? Pendant une
heure, nous avons droit à une revue de l’actualité de la semaine sur un ton décalé
et caustique (tel qu'écrit sur le site de Radio-Canada). Et c'est vraiment le cas. L’excellente équipe de
l’émission (en plus de l’animateur, notons Olivier Niquet, Jean-Sébastien
Girard, Fred Savard, Jean-Philippe Cipriani) n’hésite pas à user de chroniques et
de sketches à la limite de l’irrévérencieux. Même avec les personnalités VIP invitées en studio. Et mon dieu, que ça fait du bien !
Le fait d’entendre régulièrement les opinions du même groupuscule
d’animateurs-journalistes-chroniqueurs sur les pages de nos journaux, à la radio et sur les réseaux
sociaux devient quelque peu étouffant, et même plus mais je ne trouve pas le mot… Bien que leurs interventions puissent souvent
être fort intéressantes, il n’en reste pas moins qu’elles sont le reflet de
leurs propres interprétations de l’actualité. Et qu’il est difficile de faire
la nôtre sans accès à une information plus large et plus objective. Je ne dirais pas qu’une émission comme La Soirée est encore jeune
comble ce manque, mais elle a au moins le mérite de mettre le doigt sur les
bons coups et les travers de notre société et ce, sans hypocrisie ni censure.
Enfin, jusqu’à maintenant…
Comme dans tous les pays du monde, la télévision et la radio restent des
vecteurs importants d’information ou de divertissement. Normal qu’elles offrent
du bon et du moins bon, quand ce n’est pas carrément de la merde. Appelons les
choses comme elles sont, n’est-ce pas ?
Au Québec, j’ai remarqué avec plaisir que le paysage médiatique (je ne
parle pas de l'imprimé, notamment les magazines encore à la traîne) évolue dans le bon sens.
Particulièrement en ce qui concerne la télévision et les séries web. On sent la
contribution et la détermination de créateurs nouveau-genre. Dans un contexte
aussi fort de convergence et de petit marché, je leur tire mon chapeau.
Je prends pour exemple l’excellente Série
Noire sur Ici Radio-Canada Télé (qui se situe, selon moi, dans la lignée des
excellents Invincibles, Minuit le soir, Apparences, ou encore Les
Bougon). Je citerais aussi Télé-Québec, la petite chaîne qui ose. Avec,
notamment, l’émission d’humour absurde Les
Appendices, ou Les
Gars des vues, véritable vitrine de nos jeunes créatifs dont on parle tant.
Il y a aussi le rendez-vous hebdomadaire avec Deux hommes en or (avec Patrick Lagacé et Jean-Philippe Wauthier; je vous jure que je ne l'ai pas fait exprès...). En passant, je vous invite à assister à l’enregistrement de cette
émission un de ces jours, c’est très sympa. Je terminerais cette liste d'exemples non exhaustive avec la chaîne câblée MAtv qui mérite bien son titre de télévision citoyenne tant sa programmation est instructive,
exclusive et de proximité. L'émission Premières vues animée par Frédéric Corbet est excellente, tout comme Mise à jour avec Karima Brikh ou encore Montréalité avec Katherine-Lune Rollet.
Cette évolution est incontournable. Je crois vraiment que nous sommes
arrivés là. Aux côtés de programmes plus traditionnels, on a besoin de plateformes média qui « dérangent, qui bousculent et qui nous surprennent », pour reprendre
les termes de Thérèse Parisien, chroniqueuse culturelle sur les ondes du 98,5
FM. Cela comprend aussi des débats ou des talk-shows qui brassent sur des enjeux de société. Ça va venir. Mais attention, pas besoin de s'engueuler ou de se mettre en pétard à chaque fois, il suffit juste d'aborder les choses avec un peu d'humour sarcastique. Il y en a un qui fait ça très bien sur nos ondes mais je ne vous dis pas qui...
14 janvier 2014
Ça l'a vraiment pas d'bon sens !*
Régulièrement,
le sujet revient au devant de la scène puis on passe toujours à autre chose. Je
parle ici du danger qui pèse sur la primauté ou la pérennité (ou les deux) de
la langue française. Il est vrai qu’elle perd de sa verve dans toutes les sphères
de notre société. Notamment dans le monde du travail où, ne nous voilons pas la
face, on trouve rarement un bon emploi si on ne maîtrise pas l’anglais
presqu’autant que le français.
Bien sûr, en
tant que terre d’accueil de nombreux nouveaux arrivants, il y a certainement
une portion de cette population immigrante qui est ignorante de notre langue.
Mais y a-t-il suffisamment de services de francisation à leurs services ? Pas
si sûre. En contrepartie, il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une autre
portion importante d’immigrants, éduqués, compétents, et sélectionnés
par les services d’immigration québécois, qui parle très bien le français.
Entre autres, des ressortissants du Maghreb qui comptent, selon les chiffres,
pour 21 % des immigrants. Mais dans notre débat actuel qui ressemble à une
chasse au foulard musulman, l’apport de ces hommes et de ces femmes dans la
sauvegarde collective du français passe soudain au second plan… Il y a aussi tous ces « maudits » anglos dont
un grand nombre d'entre eux ne ferait aucun effort pour pratiquer notre langue. Sont-ils vraiment si nombreux à être unilingues ?
Mais le
danger qui pèse sur notre langue ne vient pas seulement des autres ou des
circonstances. Le bien parler et le bien écrit ne sont pas toujours considérés
comme ben ben sexy, bien au
contraire. Aussi, on vit dans une société qui carbure de plus en plus à
l’image et de moins en mois au nombre de mots, surtout pas savants. Et puis, n’oublions
pas qu’il y a toujours 49 % d’analphabètes fonctionnels au Québec; preuve qu’on
a échoué, en tant que société, à offrir les mêmes chances à tout le monde, même
la transmission du b.a.-ba. Comment, alors, batailler en force et en nombre contre l’ennemi…
Certes, il est vrai que l’apprentissage du français peut
être ardu tant ses règles élémentaires de grammaire sont complexes, quand ce
sont pas leurs énoncés. Vous souvenez-vous, vous, des règles que vous avez apprises
sur vos bancs d’école ? Pour ma part, j’avoue ne plus trop me souvenir de la
façon dont elles étaient enseignées « à mon époque ». Mais étaient-elles aussi compliquées à
comprendre qu’aujourd’hui ? Là est mon doute.
Voici quelques exemples de ce qu'on peut lire dans des
manuels de français du secondaire aujourd'hui :
- Sur le plan textuel, un adverbe peut jouer le rôle de coordonnant, de marqueur de modalité ou d’organisateur textuel.
- Que la subordonnée complément de phrase se distingue de la subordonnée relative, de la subordonnée complétive et de la subordonnée relative déterminative. Et qu’une structure abrégée peut remplacer une subordonnée corrélative, ce qui permet de la réduire et de varier les structures syntaxiques. (sic)
- Outre la phrase de base, il existe aussi des phrases à construction particulière comme les phrases impersonnelles, à présentatif, non verbale, ou infinitive. D’ailleurs, il existe quatre types de phrases et huit formes de phrases…
L’autre jour, ma fille m’a demandé de l’aider pour un de ses
exercices. Elle avait des difficultés à comprendre ce qu’elle lisait.
« Si le subordonnant le permet, une structure abrégée peut remplacer la
subordonnée complément de phrase, ce qui permet de la réduire et de varier les
structures syntaxiques. »
Elle : ça veut dire quoi, maman ?
Moi : un instant, laisse-moi voir ça… Voyons, voyons, je ne me souviens plus très
bien, c’est quoi déjà, un subordonnant ?
Elle : j’sais pas.
Moi : hum, on va faire une petite recherche sur
Internet ?
Sur le site de l’Office de la langue française, on peut
lire ceci: on définit un
subordonnant comme un mot qui sert à subordonner une phrase à une autre en l’y
intégrant pour en faire une subordonnée.
Les subordonnants expriment souvent (…) une idée de but, de conséquence,
d’antériorité, etc. C’est pourquoi on les appelle aussi des marqueurs de
relation.
Est-ce que j’ai vraiment besoin de vous dire que ça ne nous a pas aidées ?
Est-ce que j’ai vraiment besoin de vous dire que ça ne nous a pas aidées ?
Sur papier, on dit qu’un enfant qui apprend avec plaisir a
plus de chances de réussir que celui qui ressent les apprentissages comme une
corvée. Sur le terrain, si on demande aux élèves de retenir des règles
grammaticales aussi alambiquées, pensez-vous vraiment qu’ils se marrent ? Vous
me direz que sans sa grammaire, aucune langue ne pourrait survivre. C’est un
fait et la langue française ne fait pas exception, bien au contraire. Toutefois, je me pose la question
suivante : « à force de changements dans les programmes pédagogiques,
est-ce que nous compliquons l’apprentissage des jeunes ? Avec tout cette
matière (imposée par le ministère) à ingurgiter en peu de temps, y a-t-il vraiment
de la place pour des dictées, des lectures à haute voix, des ateliers
d’écriture, des exposés, des résumés de livres ? Pour plonger dans un livre ou pour
écrire des histoires ? Qui sait, peut-être y a-t-il plusieurs grands écrivains
qui sommeillent chez nos jeunes !
Je me souviens très bien du cri d'alarme que Lucien Francoeur avait lancé sur Canoe.ca en 2011. Lui-même enseignant en littérature, il parlait alors d'un véritable désastre ou même d'une bombe qui allait exploser. En voici un extrait :
Je me souviens très bien du cri d'alarme que Lucien Francoeur avait lancé sur Canoe.ca en 2011. Lui-même enseignant en littérature, il parlait alors d'un véritable désastre ou même d'une bombe qui allait exploser. En voici un extrait :
« Un ministère de l'Éducation complètement déconnecté de la réalité ; des
étudiants gavés de gadgets qui sont incapables de comprendre des consignes de
base ; des illettrés qui n'ont pas de culture ; des exigences qui ont baissé à
tous les niveaux... ». Et plus loin : «Un élève qui entre au collégial de nos
jours, il faut lui enseigner ce qu'est un livre ou même ce que signifie recto
verso (…). Malheureusement, j’ai tendance à croire qu’il voyait juste. Pour
lire l'article au complet, cliquez ici.
* Dans cette phrase affirmative emphatique, il semble bien y avoir une erreur dans la matérialisation de la négation, je crois...
* Dans cette phrase affirmative emphatique, il semble bien y avoir une erreur dans la matérialisation de la négation, je crois...
05 janvier 2014
Non, je ne suis pas sa mère !
C’est encore arrivé cet
après-midi au marché Jean-Talon. Je faisais des emplettes avec mon amie A.,
certes beaucoup plus jeune que moi. Quelqu’un nous a encore prises pour une mère et sa fille. Ça ne fait que la
quatrième fois, me direz-vous, je devrais m’habituer. Eh bien non, je ne
m’habituerai jamais !!!! Oui, je sais, j’aurais pu enfanter à 16 ans et avoir
une grande belle fille de xx ans aujourd’hui (je ne vous dirai pas son âge, je
vous vois déjà faire le calcul), mais ça me donne une claque à chaque fois. Que
quiconque vienne me dire droit dans les yeux que le fait de vieillir ne l’affecte
pas du tout. Bullshit !
Les gens de mon entourage
vont penser que je fais encore une montée de lait pour rien. C’est vrai, mais je
les rassure, c’est une toute petite montée, il y a déjà eu pire. En revanche,
cela m’a donné l’envie de partager quelques-unes de mes réflexions sur le
mieux-vivre ensemble pour cette nouvelle année. Ça changera des rétrospectives, non ?
I. Petits conseils d’amis
Pour faire un lien avec ma
petite anecdote, ne supposez jamais :
a) qu’une femme plus mature
est forcément la mère de celle qui l’accompagne (l’amitié n’a pas d’âge),
b) qu’une de vos proches est
enceinte si vous croyez avoir vu un petit ventre (les fluctuations hormonales
ou quelques excès gourmands peuvent avoir des effets passagers),
c) que ce jeune homme est
certainement le fils de cette dame honorable ou inversement (ça peut être son amoureux car
l’amour n’a pas d’âge non plus),
d) qu’une connaissance qui vous
entretient sur sa vie de couple ne parle pas automatiquement de son chum mais peut-être bien de sa chum,
e) qu’un homme qui se
promène avec une belle jeune fille n’est pas forcément un vieux cochon (c’est peut-être
sa fille dont il est bien fier).
Bref, maitrisez votre
curiosité ou votre spontanéité, et attendez que l’on vous donne l’information.
II. Maux de mots :
Créativité :
servi à toutes les sauces, ce mot est devenu un fourre-tout linguistique fort
utile quand on a rien d’autre à dire pour se démarquer.
Facteur humidex : j’ai l’impression qu’on en fait toujours un peu
trop, pas vous ?
Conseil, comité, consultation, commission: Trop de « con » (je parle ici de la prononciation
bien sûr) pour si peu d’action (par exemple, la commission Ménard est un gros gaspillage de temps et surtout d’argent).
Les ignares des réseaux sociaux : quiconque ne sait pas aligner deux phrases sans
propos injurieux devrait être écarté par les modérateurs de plateformes de
discussion.
Capitalisme :
les succès que rencontrent le Boxing Day,
le Black Friday, Walmart, ou les
nouveautés/ventes d’Apple n’indiquent aucun signe d’essoufflement de ce soi-disant maudit système
économique. Au contraire, nous l’encourageons toujours plus, et certains
continuent de s’en mettre plein les poches.
Protection de l’environnement : sur le papier, c’est bien beau. En réalité, aucune
volonté.
Le copinage Coderre/Labeaume : ce n’est même plus drôle tellement c’est cliché.
Peut-on passer à autre chose ?
La France: arrêtons de nous référer continuellement à ce qui se passe là-bas relativement à
notre projet de charte. Ceux et celles qui ont vécu dans les cités dortoirs
des grandes villes peuvent éventuellement savoir de quoi ils parlent. Et si on
a vraiment une leçon à en tirer, sachons que plutôt que de signes religieux, les problèmes d'aujourd'hui sont nés d'une accumulation d'incidents de discrimination, de pauvreté galopante et de ghettoïsation auxquels
les différents gouvernements n’ont prêté aucune véritable attention. Ainsi,
c’est le succès de l’intégration des immigrants qui doit être notre motivation
première car nous avons encore le temps de le faire de la bonne façon. Pour le reste, on n'a pas les mêmes politiques
d’immigration que la France et encore moins sa situation géopolitique.
III. J’adore les médias, mais...
. Avons-nous
encore besoin d’un Bye Bye ou d’une autre
production humoristique à gros budget pour nous aider à entrer dans une
nouvelle année ? On jase là…
· Et si on traitait
moins d’actualité de genre « faits divers »?
Exemples :
l’échange entre l’itinérant et le policier ou encore l’affaire Gab Roy. À part
un exercice de lynchage collectif sur fond de réactions émotionnelles dans les
deux cas, la réflexion n’a pas été poussée plus que ça pour analyser les causes
et les conséquences de l’itinérance, les ravages de la pauvreté et de la
précarité d’une portion de plus en plus grande de la population. On n’a pas
expliqué non plus le phénomène de la montée de propos extrémistes d’une branche de la
population. Dans ce cas précisément, on a préféré mettre sur l’échafaud un
responsable (Gab Roy) en lui offrant de la publicité gratuite sur un plateau
d’argent. Et après ce spectacle divertissant, que fait-on ? Au prochain
dérapage, allons-nous encore jouer les vierges effarouchées ? Car, avouons-le,
ce n’est qu’un début…
· Si on lit La Presse, on est des fédéralistes et de
droite forcément, si on lit Le Devoir,
on est des souverainistes, si on lit Le
Journal de Montréal, on ne s’intéresse pas aux vraies affaires. Bref, dites-moi
ce que vous lisez et je vous dirai qui vous êtes… À quand un Rue89 ou un Médiapart, 100% québécois et indépendant, sur papier ou sur Internet ?
· Dernier petit
commentaire : notre paysage médiatique - particulièrement les média mainstream - me semble trop « blanc »,
et ne reflète en aucun cas la réalité socio-démographique du Québec. Il est
grand temps d’intégrer des représentants de différentes cultures qui composent notre
société.
Et vous, qu’aimeriez-vous
voir comme nouveautés ou améliorations pour cette année ?
14 décembre 2013
Tomber amoureux ? On n'a pas trop le temps là !
Avant tout, je précise que je suis de
la génération X, mais mes valeurs se rapprochent davantage de celles de la
génération Y. Je ne suis pas vraiment féministe (en tout cas pas dans son sens radical), surtout pas sexiste, mais certainement un peu humaniste. Tout ça
pour dire de ne pas tenter d'analyser mes dires pour me classer d'office dans une de ces petites cases socio-démo-psychologiques.
Vous ne trouvez
pas que l’on a tendance à trop analyser nos relations humaines ? Qu'on use trop de psychologie 101 pour
tenter de comprendre le rôle et la place de la femme, de l'homme, de la mère au foyer, du père, du/de la
carriériste, du couple, etc. ? Et si on laissait un peu plus de place à la spontanéité. Pour que tout ne soit pas blanc ou noir, pour
qu’il y ait encore des zones d’ombre. Et quand j’écris « ombre », je
pense à « inconnu », « découverte », « inattendu »…
Prenons par exemple le thème de l’Amouuuur.
Entre vous et moi, il y a longtemps qu’on ne se conte plus fleurette.
Bien trop compliqué, bien trop long. Les séparations et les divorces sont
devenus communs tandis que l’amour tenace devient l’exception. Il y a presque
autant d’hommes seuls qu’il y a de femmes esseulées, blottis dans le confort de leur canapé trop grand pour eux. Particulièrement les samedis soirs de grand froid...
Certes, on peut avoir été tellement trompé ou écorché qu’on préfère rester à quai. Plutôt que de ramer fort, ça peut paraître plus rassurant.
Mais au fond de chaque cœur, il demeure une envie d’amour, avec la nostalgie
de ces petits papillons lorsqu’on rencontre une nouvelle
flamme. Mais oui, mais oui, c’est un sentiment délicieux qui va s’émousser à
plus ou moins long terme, pas la peine de nous le rappeler, on le sait bien. Pouvez-vous
nous laisser rêver un peu quand même ! Vous voyez, comme on analyse tout...
Bon, mais alors, si les célibataires rêvent tous – la plupart - à la même
chose, comment se fait-il que l’on soit aussi gauches pour accoster (lien avec
l’image du quai plus haut au cas où vous ne l’auriez pas compris …) ? Vous
n’avez pas la réponse ? Dommage, car moi non plus.
« Ma pauvre, t’as pas de chance », « Il n’est vraiment pas cool avec moi,
mais je le garde, il est trop beau ! », « C'est sûr, tu dois faire peur
aux mecs. Tu sais, les filles indépendantes financièrement les fait fuir. Rien
qu'à la façon dont tu es habillée, je suis sûre qu'ils se disent que tu réussis
bien dans la vie. », « C’est parce que t’es Française… », etc. Voilà
quelques-unes des bribes de conversation lors de soupers entre
amies. Du côté des gars, je ne m’avancerais pas deviner leurs discussions pour ne pas les faire passer
pour des goujats, des sans-cœur ou encore des niais, ces étiquettes qui leur collent généralement à la peau, particulièrement
au Québec.
Et si on adoptait d'autres «stratégies» ou «angles d'attaque» dans nos plans amoureux (ceux avec une durée de vie raisonnable) ? Pas les amourettes d'une nuit où les règles sont en général bien claires pour les «amouretteux».
Pour ma part, j'ai pensé à ceci. Vous pouvez crier au loup, à
l’injure ou tout simplement adapter cette liste comme bon vous semble. Y en a
pas de problème. Et il y a toujours de l'espoir!
1) Accepter une fois pour toutes le fait que les hommes courent après les femmes, ce soit vieux comme le
monde. Draguer, flirter, complimenter, éventuellement siffler, ce sont des
codes, des attitudes. S’il y a trop d’hommes «enthousiastes» autour de vous, maudites chanceuses, mais qui vous manquent de respect, ne jouez pas les vierges effarouchées, prenez un port altier et invitez-les à être moins grotesques, ou bien donnez-leur un coup de pied où
vous savez ou encore appelez du renfort.
2) Un homme, cultivé, galant, courtois, et éloquent peut avoir autant de qualités et de charme que le
bad boy aux gros biceps pleins de
tatouages. Avis aux concepteurs d’Occupation double : pourquoi pas une
version genre intello normal ?
3) Le fait d’aimer le sexe ou d’être en manque ne doit pas être un prétexte
pour sauter tout ce qui bouge.
4) Ne pas prendre l’autre pour un psy au premier rendez-vous et lui
raconter les moindres détails de sa vie. Ne pas aborder tout de suite la question
du mariage et des enfants.
5) Courtisez, comme dans « faire la cour » ou comme dans « prendre son temps ». C’est sûr, si vous prévoyez «conclure» avant samedi, vous marier avant la fin
de l’année et avoir un enfant avant l’été prochain, c’est un peu juste. Mais
pourquoi tant de hâte ?
6) Et la tendresse, bordel ? C'est vrai,
regardons autour de nous, comme la délicatesse, elle est devenue
ringarde. Les hommes et les femmes n'ont plus le temps de se regarder dans les yeux que l'un est déjà dans
la soupe de l’autre.
7) Les filles, un homme a beau être super mignon à vos yeux, s’il n’a aucun
respect pour vous, ça reste un crétin. Ouste, dehors !
8) Les gars, la valeur d’une fille ne se mesure pas à la taille de ce que vous
savez. Ne jouez pas le jeu de vos copains si cela ne vous tente pas, et laissez
aux ringards les filles qui, de leur côté, se limitent uniquement à la circonférence
d’un biceps. Comme ça, tout le monde est content.
9) Les filles, restez élégantes et énigmatiques. Dans un bar ou lors d’une
soirée, ne cherchez pas à attirer l’attention comme une poissonnière sur un
marché (attention, je respecte les poissonnières, mais pas dans un bar). Quand
vous braillez comme une poule pas de tête et que vous vous la jouez chummy-chummy avec les boys sans aucune classe,
c’est une insulte à la femme avec un grand F.
10) Ne plions pas sous une pression quelconque en adoptant des comportements
uniquement pour être mieux acceptés, ou rentrer dans le moule. Les filles, relevez la
tête et, surtout, soyez
fières de ce que vous accomplissez ou avez accompli. Et si un homme vous regarde
de travers en raison de votre réussite professionnelle, de votre portefeuille
ou même de vos échecs, eh bien passez votre chemin car cela signifie qu'il
n'est pas à la hauteur pour vous mériter. Les gars, ne pensez pas que toutes
les filles sont des séductrices en puissance, soyez conscients qu'il existe des cas de timidité ou de manque de confiance. Alors foncez un peu, parbleu ! Certaines n'attendent que ça que vous fassiez le premier
pas. Vous n’êtes cependant pas obligés de revêtir le costume de chasseur affamé.
C’est une question de dosage…
Voici donc ma réflexion caricaturale. Et une petite citation pour finir:
«L'amoureux qui espère ressent plus de bonheur que l'amoureux qui a obtenu.» (Albert Jacquard)
11 décembre 2013
À quoi sert de bien cuisiner si on ne sait pas lire ?
Je ne vous apprendrai certainement rien en vous disant
que le Prix du grand public Salon du livre de Montréal/La Presse dans la
catégorie Vie pratique/essai (!) a été décerné au livre La mijoteuse : de la
lasagne à la crème brûlée de Ricardo Larrivée. Un prix certainement bien
mérité pour cet as de la cuisine qui semble réussir tout ce qu’il touche. Avec
la multiplication des émissions, magazines, blogues, chroniques et livres en
tous genres sur l’art culinaire, j’étais pourtant certaine que nous allions faire
un jour ou l’autre une indigestion collective. Il semble bien que non.
Mais posons-nous quand même la question : doit-on y
voir un désintérêt généralisé pour la littérature avec un grand C ? À moins
que, en cette ère de l’instantané, les livres de cuisine sont la « bonne
recette » pour ne pas trop se casser la tête. Je ne veux surtout pas jouer
l’intello de service ici. J’ai grandi sans un seul livre à la maison. La seule
chose qui m’a donné le goût d’écrire, c’est la dictée. Mon père adorait m’en
donner, et moi, j’adorais l’impressionner. Aussi simple que ça.
La tâche est plus ardue avec ma fille. On a eu beau lui avoir
collé un livre entre les mains quand elle était bébé, cela ne lui a aucunement donné
le goût de lire. Et toujours pas aujourd’hui alors qu’elle est en secondaire 3.
Mais, la nouveauté cette année, c’est son professeur de français un peu fou
mais passionné et super exigeant. Et vous savez quoi ? Ça fonctionne. Le
désir de ma fille de réussir ses tests est peut-être de l’orgueil mal placé,
mais il faut la voir s’accrocher pour ne pas décevoir son prof un peu fou…
L’autre événement autour du livre fut le récent débat sur son prix unique.
Ainsi, le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, va élaborer
un projet de loi pour limiter à 10 % le rabais sur les nouveautés autant
imprimées que numériques pendant neuf mois. « Le livre n'est pas une
marchandise comme les autres. En encadrant le prix des livres neufs imprimés et
numériques, cela permettra de consolider notre réseau de librairies qui
garantit un accès diversifié aux livres et d'assurer des lieux de diffusion à
nos auteurs québécois dans toutes les régions », a affirmé le ministre
Kotto, qui y voit aussi une manière de « protéger l'identité et la
culture québécoise ».
Tant qu’à moi, dans ce débat, le livre n’a été que valeur marchande. Aucune
référence au problème de base qui met tout autant en péril la pérennité de nos
librairies : le manque de maîtrise de la langue par une large proportion
de la population québécoise. On parle ici de 49 % d’analphabètes fonctionnels.
C’est-à-dire que 16 % d'entre eux ne savent pas lire et qu'un autre 33 % épuise
ses méninges au bout de quelques lignes. Pire: de ces 49 %, plus de 40 % ont
entre 16 et 46 ans.
Pour parvenir à une telle dégradation de la qualité du français, il y a bien
dû y avoir un abandon collectif et individuel, non ? Vous en conviendrez,
notre langue française, on ne la soigne pas, on la maltraite et on la snobe. Attention, je ne parle pas ici d’accents, de
régionalismes ou d’expressions qui doivent être préservés comme autant
d’identités linguistiques. Je parle du bien parler qui est trop souvent perçu
comme de l’arrogance. Je parle du bel écrit qui prend trop de temps et est
considéré comme trop pompeux.
Si des générations de ces analphabètes fonctionnels sont malheureusement
peut-être sacrifiées, il est temps de se réveiller pour celles en devenir.
C'est un devoir de société. Un devoir de nos gouvernements. Il faut remettre l'éducation à la première place de nos priorités. Pas forcément en
termes de moyens financiers. Mais plutôt en termes de pédagogie.
Notre école publique ouvre largement ses portes à tous les enfants, tels qu’ils sont : ceux issus
de catégories sociales favorisées ou beaucoup moins, mais aussi ceux, de plus
en plus nombreux, « venus d'ailleurs ». Dans ce contexte, est-ce que notre système
éducatif a su se transformer en profondeur dans ses contenus ? Je n’en suis pas
certaine. Il est en fait resté quasiment identique à lui-même et a trop souvent
maquillé l'échec en abaissant régulièrement ses ambitions et ses exigences.
En intégrant le primaire, bon nombre d’enfants se trouvent en situation de
grande difficulté de lecture et encore bien plus d'écriture. On ne réussit pas
vraiment à les remettre à niveau, et le secondaire les achève. Ces futurs
illettrés s’ajoutent aux nombreux désenchantés de l’école qui se demandent ce
qu’ils y font, les décrocheurs.
La priorité du primaire - et même, pourquoi pas, de la garderie - serait pourtant de donner à tous les enfants qui lui sont confiés
une maîtrise du français oral qui leur permettra de comprendre les codes
de l’écrit grâce à l'acquisition d'un vocabulaire précis. Car l'engrenage est
terrifiant. Lorsqu'un enfant souffre d'un déficit de langage à la fin du
primaire, il ne peut prétendre qu'à des aptitudes acquises en surface, alors
que le secondaire attend de lui d’être autonome et polyvalent. Il endosse ainsi
très tôt le costume de l'échec et il ne le quitte plus.
N’oublions pas que l’identité d’une société repose entre autres sur sa
culture qui se matérialise forcément par sa langue commune. Prenons donc exemple
sur nos amis haïtiens. Lors d’une entrevue pendant le Salon du livre,
j’entendais certains des écrivains québécois qui avaient eu la chance de
participer aux Rencontres québécoises en Haïti en mai dernier, raconter à quel
point la lecture a un caractère sacré, et que l’on peut presque affirmer sans
se tromper que chaque haïtien a un livre entre les mains. D’ailleurs, bon
nombre d’entre eux rêvent un jour d’écrire le leur.
On n’en demande pas tant. Simplement réapprendre à aimer lire aussi ce qui
dépasse 140 caractères.
02 décembre 2013
Les micros de Radio Centre-Ville vont-ils s'éteindre ?
Pendant que l’on parle de gros sous qui tombent « comme par hasard » dans
les poches de gens bien petits, certains organismes communautaires crient
famine et tentent par tous les moyens de sauver leur peau. Dont les radios
communautaires qui, en plus d’être confrontées à la suprématie des grands
réseaux commerciaux, à la concurrence de la télévision et au développement des
nouveaux médias, doivent aussi surmonter un manque de financement et un souci
constant de survie financière. Constat bien triste car je suis fortement
convaincue que les radios associatives et communautaires ont joué et jouent
encore un rôle important pour encourager la participation citoyenne, faire
circuler l’information de proximité et se positionner comme contre-pouvoir
local.
Si je prends la plume aujourd’hui, c’est que l’unique radio communautaire
et multilingue du Québec, Radio
Centre-Ville, dont les studios fort discrets se trouvent sur le boulevard
Saint-Laurent de Montréal (coin Fairmount) connaît un avenir incertain. Si je
prends la plume aujourd’hui, c’est aussi par intérêt personnel, je l’avoue, car
Radio Centre-Ville m’a permis de réaliser un vieux rêve d’être derrière un
micro. C’est donc la moindre des choses pour moi de relayer, comme je peux, son
appel à l’appui de la population pour assurer le maintien de ses émissions.
Son enjeu ? Un de ses plus importants partenaires, Centraide, a décidé
de retirer sa subvention annuelle d’un montant de 100 000 dollars à compter de
mai prochain. Je crois important de préciser que l’organisme n’a pas pris cette
décision de gaieté de cœur. En ces temps de disette pour l’action communautaire
dans son ensemble, l’organisme a dû faire une liste de ses « premières
priorités » – comme disent les politiciens – pour distribuer ses dons de façon
efficiente, tant il y a à faire. Et Radio Centre-Ville ne fait malheureusement
plus partie de cette liste. Une décision fort compréhensible considérant les enjeux
sociaux, mais elle demeure toutefois désolante. Pour ses auditeurs, ses
responsables très dévoués dont son directeur, monsieur Arlindo Vieira, ainsi
que pour ses 350 bénévoles dont certains sont animateurs depuis près de trente
ans et plus.
Oh, bien entendu, ce n’est pas la première fois que cette station qui
diffuse des émissions depuis près de quarante ans dans huit langues (français,
anglais, espagnol, portugais, grec, créole, cantonais et mandarin), vit des
moments difficiles, et la détermination des personnes qui la tiennent à bout de
bras a toujours été exemplaire.
Aujourd'hui, c’est sous le thème « Un monde différent » que Radio Centre-Ville organise
son radiothon et ce, jusqu’au 7
décembre. Si vous vous sentez interpellés, vous pouvez faire un don directement
sur le site www.radiocentreville.com, en envoyant un
chèque par la poste ou en vous présentant directement au 5212, boulevard
Saint-Laurent. Sur le site, vous pouvez également miser sur les nombreux
articles, forfaits restaurants, billets de spectacles, œuvres d’arts et livres
de collection, fabuleux prix de sa vente aux enchères qui est organisée.
Merci d’avance !
Radio
Centre-Ville, c’est un engagement continu à articuler
la singularité et l’universalité des communautés qui forment le tissu social de
Montréal.
C’est aussi, entre autres :
- La plus ancienne émission de cinéma, Derrière l’Image (depuis 1980, toujours en ondes)
- La plus ancienne émission de hip hop francophone, Nuit Blanche (depuis 1991, toujours en ondes)
- La plus ancienne émission féministe anglophone, Matrix (depuis 1980, toujours en ondes)
- La première émission produite par et pour les homosexuels dans la défense de leurs droits (1981)
- Des émissions réalisées par des prisonniers, Souverains Anonymes (prison de bordeaux)
- La première émission hebdomadaire produite par des enfants, Radio Enfants (depuis 1999, toujours en ondes)
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