05 janvier 2014

Non, je ne suis pas sa mère !

C’est encore arrivé cet après-midi au marché Jean-Talon. Je faisais des emplettes avec mon amie A., certes beaucoup plus jeune que moi. Quelqu’un nous a encore prises  pour une mère et sa fille. Ça ne fait que la quatrième fois, me direz-vous, je devrais m’habituer. Eh bien non, je ne m’habituerai jamais !!!! Oui, je sais, j’aurais pu enfanter à 16 ans et avoir une grande belle fille de xx ans aujourd’hui (je ne vous dirai pas son âge, je vous vois déjà faire le calcul), mais ça me donne une claque à chaque fois. Que quiconque vienne me dire droit dans les yeux que le fait de vieillir ne l’affecte pas du tout. Bullshit !

Les gens de mon entourage vont penser que je fais encore une montée de lait pour rien. C’est vrai, mais je les rassure, c’est une toute petite montée, il y a déjà eu pire. En revanche, cela m’a donné l’envie de partager quelques-unes de mes réflexions sur le mieux-vivre ensemble pour cette nouvelle année. Ça changera des rétrospectives, non ?

I. Petits conseils d’amis
Pour faire un lien avec ma petite anecdote, ne supposez jamais :
a) qu’une femme plus mature est forcément la mère de celle qui l’accompagne (l’amitié n’a pas d’âge),
b) qu’une de vos proches est enceinte si vous croyez avoir vu un petit ventre (les fluctuations hormonales ou quelques excès gourmands peuvent avoir des effets passagers),
c) que ce jeune homme est certainement le fils de cette dame honorable ou inversement (ça peut être son amoureux car l’amour n’a pas d’âge non plus),
d) qu’une connaissance qui vous entretient sur sa vie de couple ne parle pas automatiquement de son chum mais peut-être bien de sa chum,
e) qu’un homme qui se promène avec une belle jeune fille n’est pas forcément un vieux cochon (c’est peut-être sa fille dont il est bien fier). 
Bref, maitrisez votre curiosité ou votre spontanéité, et attendez que l’on vous donne l’information.

II. Maux de mots :
Créativité : servi à toutes les sauces, ce mot est devenu un fourre-tout linguistique fort utile quand on a rien d’autre à dire pour se démarquer.

Facteur humidex : j’ai l’impression qu’on en fait toujours un peu trop, pas vous ?

Conseil, comité, consultation, commission: Trop de « con » (je parle ici de la prononciation bien sûr) pour si peu d’action (par exemple, la commission Ménard est un gros gaspillage de temps et surtout d’argent).

Les ignares des réseaux sociaux : quiconque ne sait pas aligner deux phrases sans propos injurieux devrait être écarté par les modérateurs de plateformes de discussion.

Capitalisme : les succès que rencontrent le Boxing Day, le Black Friday, Walmart, ou les nouveautés/ventes d’Apple n’indiquent aucun signe d’essoufflement de ce soi-disant maudit système économique. Au contraire, nous l’encourageons toujours plus, et certains continuent de s’en mettre plein les poches.

Protection de l’environnement : sur le papier, c’est bien beau. En réalité, aucune volonté.

Le copinage Coderre/Labeaume : ce n’est même plus drôle tellement c’est cliché. Peut-on passer à autre chose ?

La France: arrêtons de nous référer continuellement à ce qui se passe là-bas relativement à notre projet de charte. Ceux et celles qui ont vécu dans les cités dortoirs des grandes villes peuvent éventuellement savoir de quoi ils parlent. Et si on a vraiment une leçon à en tirer, sachons que plutôt que de signes religieux, les problèmes d'aujourd'hui sont nés d'une accumulation d'incidents de discrimination, de pauvreté galopante et de ghettoïsation auxquels les différents gouvernements n’ont prêté aucune véritable attention. Ainsi, c’est le succès de l’intégration des immigrants qui doit être notre motivation première car nous avons encore le temps de le faire de la bonne façon. Pour le reste, on n'a pas les mêmes politiques d’immigration que la France et encore moins sa situation géopolitique. 

III. J’adore les médias, mais...
.    Avons-nous encore besoin d’un Bye Bye ou d’une autre production humoristique à gros budget pour nous aider à entrer dans une nouvelle année ? On jase là…

·        Et si on traitait moins d’actualité de genre « faits divers »?
     Exemples : l’échange entre l’itinérant et le policier ou encore l’affaire Gab Roy. À part un exercice de lynchage collectif sur fond de réactions émotionnelles dans les deux cas, la réflexion n’a pas été poussée plus que ça pour analyser les causes et les conséquences de l’itinérance, les ravages de la pauvreté et de la précarité d’une portion de plus en plus grande de la population. On n’a pas expliqué non plus le phénomène de la montée de propos extrémistes d’une branche de la population. Dans ce cas précisément, on a préféré mettre sur l’échafaud un responsable (Gab Roy) en lui offrant de la publicité gratuite sur un plateau d’argent. Et après ce spectacle divertissant, que fait-on ? Au prochain dérapage, allons-nous encore jouer les vierges effarouchées ? Car, avouons-le, ce n’est qu’un début…

·       Si on lit La Presse, on est des fédéralistes et de droite forcément, si on lit Le Devoir, on est des souverainistes, si on lit Le Journal de Montréal, on ne s’intéresse pas aux vraies affaires. Bref, dites-moi ce que vous lisez et je vous dirai qui vous êtes… À quand un Rue89 ou un Médiapart, 100% québécois et indépendant, sur papier ou sur Internet ?

·   Dernier petit commentaire : notre paysage médiatique - particulièrement les média mainstream - me semble trop « blanc », et ne reflète en aucun cas la réalité socio-démographique du Québec. Il est grand temps d’intégrer des représentants de différentes cultures qui composent notre société.


Et vous, qu’aimeriez-vous voir comme nouveautés ou améliorations pour cette année ?

14 décembre 2013

Tomber amoureux ? On n'a pas trop le temps là !

Avant tout, je précise que je suis de la génération X, mais mes valeurs se rapprochent davantage de celles de la génération Y. Je ne suis pas vraiment féministe (en tout cas pas dans son sens radical), surtout pas sexiste, mais certainement un peu humaniste. Tout ça pour dire de ne pas tenter d'analyser mes dires pour me classer d'office dans une de ces petites cases socio-démo-psychologiques.

Vous ne trouvez pas que l’on a tendance à trop analyser nos relations humaines ? Qu'on use trop de psychologie 101 pour tenter de comprendre le rôle et la place de la femme, de l'homme, de la mère au foyer, du père, du/de la carriériste, du couple, etc. ? Et si on laissait un peu plus de place à la spontanéité. Pour que tout ne soit pas blanc ou noir, pour qu’il y ait encore des zones d’ombre. Et quand j’écris « ombre », je pense à « inconnu », « découverte », « inattendu »…

Prenons par exemple le thème de l’Amouuuur. 

Entre vous et moi, il y a longtemps qu’on ne se conte plus fleurette. Bien trop compliqué, bien trop long. Les séparations et les divorces sont devenus communs tandis que l’amour tenace devient l’exception. Il y a presque autant d’hommes seuls qu’il y a de femmes esseulées, blottis dans le confort de leur canapé trop grand pour eux. Particulièrement les samedis soirs de grand froid...

Certes, on peut avoir été tellement trompé ou écorché qu’on préfère rester à quai. Plutôt que de ramer fort, ça peut paraître plus rassurant. Mais au fond de chaque cœur, il demeure une envie d’amour, avec la nostalgie de ces petits papillons lorsqu’on rencontre une nouvelle flamme. Mais oui, mais oui, c’est un sentiment délicieux qui va s’émousser à plus ou moins long terme, pas la peine de nous le rappeler, on le sait bien. Pouvez-vous nous laisser rêver un peu quand même ! Vous voyez, comme on analyse tout...

Bon, mais alors, si les célibataires rêvent tous – la plupart - à la même chose, comment se fait-il que l’on soit aussi gauches pour accoster (lien avec l’image du quai plus haut au cas où vous ne l’auriez pas compris …) ? Vous n’avez pas la réponse ? Dommage, car moi non plus.

« Ma pauvre, t’as pas de chance », « Il n’est vraiment pas cool avec moi, mais je le garde, il est trop beau ! », « C'est sûr, tu dois faire peur aux mecs. Tu sais, les filles indépendantes financièrement les fait fuir. Rien qu'à la façon dont tu es habillée, je suis sûre qu'ils se disent que tu réussis bien dans la vie. », « C’est parce que t’es Française… », etc. Voilà quelques-unes des bribes de conversation lors de soupers entre amies. Du côté des gars, je ne m’avancerais pas deviner leurs discussions pour ne pas les faire passer pour des goujats, des sans-cœur ou encore des niais, ces étiquettes qui leur collent généralement à la peau, particulièrement au Québec.

Et si on adoptait d'autres «stratégies» ou «angles d'attaque» dans nos plans amoureux (ceux avec une durée de vie raisonnable) ? Pas les amourettes d'une nuit où les règles sont en général bien claires pour les «amouretteux».

Pour ma part, j'ai pensé à ceci. Vous pouvez crier au loup, à l’injure ou tout simplement adapter cette liste comme bon vous semble. Y en a pas de problème. Et il y a toujours de l'espoir!

1)    Accepter une fois pour toutes le fait que les hommes courent après les femmes, ce soit vieux comme le monde. Draguer, flirter, complimenter, éventuellement siffler, ce sont des codes, des attitudes. S’il y a trop d’hommes «enthousiastes» autour de vous, maudites chanceuses, mais qui vous manquent de respect, ne jouez pas les vierges effarouchées, prenez un port altier et invitez-les à être moins grotesques, ou bien donnez-leur un coup de pied où vous savez ou encore appelez du renfort.

2)    Un homme, cultivé, galant, courtois, et éloquent peut avoir autant de qualités et de charme que le bad boy aux gros biceps pleins de tatouages. Avis aux concepteurs d’Occupation double : pourquoi pas une version genre intello normal ?

3)     Le fait d’aimer le sexe ou d’être en manque ne doit pas être un prétexte pour sauter tout ce qui bouge.

4)    Ne pas prendre l’autre pour un psy au premier rendez-vous et lui raconter les moindres détails de sa vie. Ne pas aborder tout de suite la question du mariage et des enfants.

5)     Courtisez, comme dans « faire la cour » ou comme dans « prendre son temps ». C’est sûr, si vous prévoyez «conclure» avant samedi, vous marier avant la fin de l’année et avoir un enfant avant l’été prochain, c’est un peu juste. Mais pourquoi tant de hâte ?

6)    Et la tendresse, bordel ? C'est vrai, regardons autour de nous, comme la délicatesse, elle est devenue ringarde. Les hommes et les femmes n'ont plus le temps de se regarder dans les yeux que l'un est déjà dans la soupe de l’autre.

7)    Les filles, un homme a beau être super mignon à vos yeux, s’il n’a aucun respect pour vous, ça reste un crétin. Ouste, dehors !

8)    Les gars, la valeur d’une fille ne se mesure pas à la taille de ce que vous savez. Ne jouez pas le jeu de vos copains si cela ne vous tente pas, et laissez aux ringards les filles qui, de leur côté, se limitent uniquement à la circonférence d’un biceps. Comme ça, tout le monde est content.

9)    Les filles, restez élégantes et énigmatiques. Dans un bar ou lors d’une soirée, ne cherchez pas à attirer l’attention comme une poissonnière sur un marché (attention, je respecte les poissonnières, mais pas dans un bar). Quand vous braillez comme une poule pas de tête et que vous vous la jouez chummy-chummy avec les boys sans aucune classe, c’est une insulte à la femme avec un grand F.

10) Ne plions pas sous une pression quelconque en adoptant des comportements uniquement pour être mieux acceptés, ou rentrer dans le moule. Les filles, relevez la tête et, surtout, soyez fières de ce que vous accomplissez ou avez accompli. Et si un homme vous regarde de travers en raison de votre réussite professionnelle, de votre portefeuille ou même de vos échecs, eh bien passez votre chemin car cela signifie qu'il n'est pas à la hauteur pour vous mériter. Les gars, ne pensez pas que toutes les filles sont des séductrices en puissance, soyez conscients qu'il existe des cas de timidité ou de manque de confiance. Alors foncez un peu, parbleu ! Certaines n'attendent que ça que vous fassiez le premier pas. Vous n’êtes cependant pas obligés de revêtir le costume de chasseur affamé. C’est une question de dosage…

Voici donc ma réflexion caricaturale. Et une petite citation pour finir:

«L'amoureux qui espère ressent plus de bonheur que l'amoureux qui a obtenu.» (Albert Jacquard)

11 décembre 2013

À quoi sert de bien cuisiner si on ne sait pas lire ?

Je ne vous apprendrai certainement rien en vous disant que le Prix du grand public Salon du livre de Montréal/La Presse dans la catégorie Vie pratique/essai (!) a été décerné au livre La mijoteuse : de la lasagne à la crème brûlée de Ricardo Larrivée. Un prix certainement bien mérité pour cet as de la cuisine qui semble réussir tout ce qu’il touche. Avec la multiplication des émissions, magazines, blogues, chroniques et livres en tous genres sur l’art culinaire, j’étais pourtant certaine que nous allions faire un jour ou l’autre une indigestion collective. Il semble bien que non.
Mais posons-nous quand même la question : doit-on y voir un désintérêt généralisé pour la littérature avec un grand C ? À moins que, en cette ère de l’instantané, les livres de cuisine sont la « bonne recette » pour ne pas trop se casser la tête. Je ne veux surtout pas jouer l’intello de service ici. J’ai grandi sans un seul livre à la maison. La seule chose qui m’a donné le goût d’écrire, c’est la dictée. Mon père adorait m’en donner, et moi, j’adorais l’impressionner. Aussi simple que ça.
La tâche est plus ardue avec ma fille. On a eu beau lui avoir collé un livre entre les mains quand elle était bébé, cela ne lui a aucunement donné le goût de lire. Et toujours pas aujourd’hui alors qu’elle est en secondaire 3. Mais, la nouveauté cette année, c’est son professeur de français un peu fou mais passionné et super exigeant. Et vous savez quoi ? Ça fonctionne. Le désir de ma fille de réussir ses tests est peut-être de l’orgueil mal placé, mais il faut la voir s’accrocher pour ne pas décevoir son prof un peu fou…
L’autre événement autour du livre fut le récent débat sur son prix unique. Ainsi, le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, va élaborer un projet de loi pour limiter à 10 % le rabais sur les nouveautés autant imprimées que numériques pendant neuf mois. « Le livre n'est pas une marchandise comme les autres. En encadrant le prix des livres neufs imprimés et numériques, cela permettra de consolider notre réseau de librairies qui garantit un accès diversifié aux livres et d'assurer des lieux de diffusion à nos auteurs québécois dans toutes les régions », a affirmé le ministre Kotto, qui y voit aussi une manière de « protéger l'identité et la culture québécoise ».
Tant qu’à moi, dans ce débat, le livre n’a été que valeur marchande. Aucune référence au problème de base qui met tout autant en péril la pérennité de nos librairies : le manque de maîtrise de la langue par une large proportion de la population québécoise. On parle ici de 49 % d’analphabètes fonctionnels. C’est-à-dire que 16 % d'entre eux ne savent pas lire et qu'un autre 33 % épuise ses méninges au bout de quelques lignes. Pire: de ces 49 %, plus de 40 % ont entre 16 et 46 ans.

Pour parvenir à une telle dégradation de la qualité du français, il y a bien dû y avoir un abandon collectif et individuel, non ? Vous en conviendrez, notre langue française, on ne la soigne pas, on la maltraite et on la snobe.  Attention, je ne parle pas ici d’accents, de régionalismes ou d’expressions qui doivent être préservés comme autant d’identités linguistiques. Je parle du bien parler qui est trop souvent perçu comme de l’arrogance. Je parle du bel écrit qui prend trop de temps et est considéré comme trop pompeux.

Si des générations de ces analphabètes fonctionnels sont malheureusement peut-être sacrifiées, il est temps de se réveiller pour celles en devenir. C'est un devoir de société. Un devoir de nos gouvernements. Il faut remettre l'éducation à la première place de nos priorités. Pas forcément en termes de moyens financiers. Mais plutôt en termes de pédagogie.

Notre école publique ouvre largement ses portes à tous les enfants, tels qu’ils sont : ceux issus de catégories sociales favorisées ou beaucoup moins, mais aussi ceux, de plus en plus nombreux, « venus d'ailleurs ». Dans ce contexte, est-ce que notre système éducatif a su se transformer en profondeur dans ses contenus ? Je n’en suis pas certaine. Il est en fait resté quasiment identique à lui-même et a trop souvent maquillé l'échec en abaissant régulièrement ses ambitions et ses exigences.

En intégrant le primaire, bon nombre d’enfants se trouvent en situation de grande difficulté de lecture et encore bien plus d'écriture. On ne réussit pas vraiment à les remettre à niveau, et le secondaire les achève. Ces futurs illettrés s’ajoutent aux nombreux désenchantés de l’école qui se demandent ce qu’ils y font, les décrocheurs.

La priorité du primaire - et même, pourquoi pas, de la garderie -  serait pourtant de donner à tous les enfants qui lui sont confiés une maîtrise du français oral qui leur permettra de comprendre les codes de l’écrit grâce à l'acquisition d'un vocabulaire précis. Car l'engrenage est terrifiant. Lorsqu'un enfant souffre d'un déficit de langage à la fin du primaire, il ne peut prétendre qu'à des aptitudes acquises en surface, alors que le secondaire attend de lui d’être autonome et polyvalent. Il endosse ainsi très tôt le costume de l'échec et il ne le quitte plus.

N’oublions pas que l’identité d’une société repose entre autres sur sa culture qui se matérialise forcément par sa langue commune. Prenons donc exemple sur nos amis haïtiens. Lors d’une entrevue pendant le Salon du livre, j’entendais certains des écrivains québécois qui avaient eu la chance de participer aux Rencontres québécoises en Haïti en mai dernier, raconter à quel point la lecture a un caractère sacré, et que l’on peut presque affirmer sans se tromper que chaque haïtien a un livre entre les mains. D’ailleurs, bon nombre d’entre eux rêvent un jour d’écrire le leur.

On n’en demande pas tant. Simplement réapprendre à aimer lire aussi ce qui dépasse 140 caractères.

02 décembre 2013

Les micros de Radio Centre-Ville vont-ils s'éteindre ?

Pendant que l’on parle de gros sous qui tombent « comme par hasard » dans les poches de gens bien petits, certains organismes communautaires crient famine et tentent par tous les moyens de sauver leur peau. Dont les radios communautaires qui, en plus d’être confrontées à la suprématie des grands réseaux commerciaux, à la concurrence de la télévision et au développement des nouveaux médias, doivent aussi surmonter un manque de financement et un souci constant de survie financière. Constat bien triste car je suis fortement convaincue que les radios associatives et communautaires ont joué et jouent encore un rôle important pour encourager la participation citoyenne, faire circuler l’information de proximité et se positionner comme contre-pouvoir local.

Si je prends la plume aujourd’hui, c’est que l’unique radio communautaire et multilingue du Québec, Radio Centre-Ville, dont les studios fort discrets se trouvent sur le boulevard Saint-Laurent de Montréal (coin Fairmount) connaît un avenir incertain. Si je prends la plume aujourd’hui, c’est aussi par intérêt personnel, je l’avoue, car Radio Centre-Ville m’a permis de réaliser un vieux rêve d’être derrière un micro. C’est donc la moindre des choses pour moi de relayer, comme je peux, son appel à l’appui de la population pour assurer le maintien de ses émissions.

Son enjeu ? Un de ses plus importants partenaires, Centraide, a décidé de retirer sa subvention annuelle d’un montant de 100 000 dollars à compter de mai prochain. Je crois important de préciser que l’organisme n’a pas pris cette décision de gaieté de cœur. En ces temps de disette pour l’action communautaire dans son ensemble, l’organisme a dû faire une liste de ses « premières priorités » – comme disent les politiciens – pour distribuer ses dons de façon efficiente, tant il y a à faire. Et Radio Centre-Ville ne fait malheureusement plus partie de cette liste. Une décision fort compréhensible considérant les enjeux sociaux, mais elle demeure toutefois désolante. Pour ses auditeurs, ses responsables très dévoués dont son directeur, monsieur Arlindo Vieira, ainsi que pour ses 350 bénévoles dont certains sont animateurs depuis près de trente ans et plus.

Oh, bien entendu, ce n’est pas la première fois que cette station qui diffuse des émissions depuis près de quarante ans dans huit langues (français, anglais, espagnol, portugais, grec, créole, cantonais et mandarin), vit des moments difficiles, et la détermination des personnes qui la tiennent à bout de bras a toujours été exemplaire.

Aujourd'hui, c’est sous le thème « Un monde différent » que Radio Centre-Ville organise son radiothon et ce, jusqu’au 7 décembre. Si vous vous sentez interpellés, vous pouvez faire un don directement sur le site www.radiocentreville.com, en envoyant un chèque par la poste ou en vous présentant directement au 5212, boulevard Saint-Laurent. Sur le site, vous pouvez également miser sur les nombreux articles, forfaits restaurants, billets de spectacles, œuvres d’arts et livres de collection, fabuleux prix de sa vente aux enchères qui est organisée.

Merci d’avance !


Radio Centre-Ville, c’est un engagement continu à articuler la singularité et l’universalité des communautés qui forment le tissu social de Montréal.

C’est aussi, entre autres :
  •         La plus ancienne émission de cinéma, Derrière l’Image (depuis 1980, toujours en ondes)
  •        La plus ancienne émission de hip hop francophone, Nuit Blanche (depuis 1991, toujours en  ondes)
  •        La plus ancienne émission féministe anglophone, Matrix (depuis 1980, toujours en ondes)
  •        La première émission produite par et pour les homosexuels dans la défense de leurs droits (1981)
  •      Des émissions réalisées par des prisonniers, Souverains Anonymes (prison de bordeaux)
  •     La première émission hebdomadaire produite par des enfants, Radio Enfants (depuis 1999, toujours en ondes)

24 octobre 2013

Et si nous changions nos valeurs ?


Encore faudrait-il connaître ces valeurs, me feront remarquer certains d’entre vous. Vous  n’auriez pas tort. D’autres lecteurs vont peut-être flipper à la perspective de devoir lire un autre billet sur le projet de charte. Certes, il y a bien ce point commun qu’est le mot « valeurs », mais n’ayez crainte, je n’ai guère envie de renouveler l’expérience d’exprimer un semblant d’opinion à ce sujet sur une tribune numérique. Oh que non, j’ai déjà donné… et reçu. Entendez par là non pas un bouquet de fleurs mais plutôt pas mal de tomates bien mûres. Imaginez en plus, une maudite immigrante française qui vient mettre son grain de sel dans un débat qui appartient aux Québécois. Plusieurs lecteurs n’ont pas manqué de cracher leur hargne. « T’es pas contente, ma grande ? Ben retourne donc chez toé ! »… Encore heureux que je ne m’appelle pas Aicha ou Fatima. Bien entendu, il ne faut pas généraliser; des cons, il y en a partout. N’empêche que ces manques de retenue et de respect envers les idées des autres sont pas mal déconcertants et surtout dérangeants. À mon avis, la faute est imputable en partie à l’utilisation grandissante des réseaux sociaux qui permettent à certains internautes de ne pas être redevables de leurs actes.

En effet, ne nous leurrons pas, si les réseaux sociaux ont leurs avantages d’un point de vue, comme l’indique le nom, de relations sociales, ils entraînent aussi leur lot d'inconvénients. Certes, les gens partout dans le monde sont de plus en plus connectés et les frontières de communication tombent. Et c’est tant mieux. En revanche, la discussion raisonnée et le débat n’existent pas à l’ère du numérique. Pour certains éléments perturbateurs, seule la grossièreté sert d’argument, ceux-là même qui se cachent la plupart du temps sous le couvert de l’anonymat. Le pire est quand, en plus, ils ne savent pas écrire. Faut-il donc écrire uniquement des billets ou des blogues sur le sport, le showbizz ou la cuisine pour espérer avoir un peu de respect ?

Non, non, je ne suis pas une petite nature, je vous assure. Mais j’avoue bien humblement que la lecture de nombreux commentaires disgracieux sur différentes tribunes citoyennes au sujet de la future charte m’a quelque peu affectée. Je suis même un peu sonnée. C’est comme si j'émerge d'un rêve d’une belle histoire qui se déroulait dans un coin de pays où tout le monde il était beau, tout le monde il était gentil. Bien sûr que les opinions peuvent être divergentes, et je préfère bien mieux ça à la pensée conventionnelle, croyez-moi. Mais la polarisation extrême de la société québécoise apparue dans le cadre des débats a provoqué de véritables réactions épidermiques chez certains. Si tu es avec moi, tu es mon ami, sinon tu es un véritable traitre à la solde de l’ennemi. Quand ce n’est pas la corde sensible de l’histoire du Québec qui vient exacerber la susceptibilité et la sensibilité de certains individus. Alors dans ces cas-là, on peut lire des débordements de sentimentalisme proches de l’incivilité. Je ne leur dirais qu’une chose, à ces personnes « mesdames, messieurs, faire acte de mémoire et de respect est incontestable, refuser d’avancer avec son époque est une perte de temps ».

Bref, dans ce contexte de frictions continues, il n’est pas étonnant que notre société présente des symptômes de dépression collective où chacun préfère rentrer dans le rang et s’isoler dans le confort de son petit monde, dépité ou désabusé. De toute façon, à quoi ça sert de vouloir changer les choses puisque ce que j'ai à dire est automatiquement écarté et que les choses ne bougent jamais, hein ?

La société québécoise est triste; ça se voit et ça se ressent. Je le constate autour de moi et je commence à présenter moi-même des signes de lassitude. J’ai encore l’énergie de penser qu’il est grand temps de se ressaisir en bloc et de faire tomber toutes ces barrières invisibles (politiques, territoriales, linguistiques, de génération, etc.) qui pourrissent nos vies et nos discussions. La crise identitaire que nous connaissons et les déboires de nos institutions ne doivent pas saper notre envie de vivre au sein d'une collectivité saine et visionnaire. N’attendons pas que le miracle vienne uniquement de nos politiciens et décideurs. L’effort doit avant tout être individuel. Ainsi, si nos valeurs étaient à redéfinir ou même à définir, j’en proposerais quelques-unes : responsabilité, tolérance, ouverture d’esprit, ouverture sur les autres, délicatesse, empathie. Il y en d’autres, on a un grand choix.

Il est temps de souffler par le nez et d’apprendre à contenir nos susceptibilités. Donnons l’exemple à nos enfants qui, fort heureusement, apprennent à l’école les règles élémentaires d’un savoir-vivre ensemble et de gestion de conflits. J’ose espérer que les injures et les méchancetés ne font pas partie de la solution.

Allez, serrons-nous la main !

09 octobre 2013

En attendant de voir Amsterdam...

Alors que le film Amsterdam, mettant en vedette Louis Champagne, Robin Aubert et Gabriel Sabourin, prend l'affiche sur nos écrans ce vendredi 11 octobre, l'histoire de ses trois vedettes m'a replongée dans le passé avec un brin de nostalgie, je l'avoue.

Si les trois comparses prétextent une partie de pêche pour prendre la direction de la capitale néerlandaise à l'insu de leurs conjointes, j'ai fait le même voyage dans la jeune vingtaine. Un trip à trois alors que j'étais accompagnée de deux bons copains. Mais à l'inverse du mensonge qui donne le ton au film, j'ai entamé notre voyage en tout état de cause, sans mensonges ni galères. Et sans même devoir prendre l'avion, les Pays-Bas n'étant pas très loin de la France. Le jour du départ, je revois encore très bien la Renault 5 de mon copain Rodolphe, bordélique à souhait (en plus du pot de yaourt qui avait eu l'idée de se déverser sur le siège arrière) qui allait nous emmener sur les routes de notre grande aventure. Quel fabuleux sentiment de liberté j'ai ressenti à l'époque. Même si, lors de notre passage aux douanes néerlandaises à la lumière d'une torche électrique en plein nos visages pas très frais, je nous imaginais grelottants dans une cellule aux murs froids. Mais bon, déjà à cette époque, les gentils douaniers devaient en croiser bien souvent de ces bandes de jeunes qui leur affirmaient droit dans les yeux se rendre à Amsterdam pour la beauté de son architecture. Imaginez aujourd'hui...

Ce fort sentiment de liberté, je l'ai surtout ressenti quand, sur le pont d'un traversier en route vers l'île Texel, mes amis et moi avons décidé sur un coup de tête de poursuivre notre route jusqu'à Londres, plutôt que de rentrer, même s'il nous restait de l'argent uniquement pour traverser la Manche. Presque aussitôt dit aussitôt fait. Après après débarqué en Angleterre, une petite nuit au frais - sans se faire surprendre - dans un parc de Canterbury (un hôtel, pourquoi faire ?), nous voilà en route vers Londres. Les seules choses que nous avons ingurgités sur le chemin du retour furent des barres Mars. Quel super voyage, quel super souvenir !

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Hum, je me le demande bien. Peut-être que l'appel du large se fait sentir. Il faut dire que cela fait maintenant près de dix-huit que j'ai fait le grand saut au Canada pour suivre mon amoureux de l'époque, et dix ans que je n'ai pas remis les pieds en Europe ni revu ma famille. Et mon dernier voyage mémorable remonte en 2009 quand je me suis rendue en République démocratique du Congo avec mes collègues de l'agence Kelly et Cie. 

Il est possible aussi que cette nostalgie voyageuse cache quelque chose de plus profond et fait écho à mon ras-le-bol d'un certain Québec inc. qui n'en finit plus de nous enfermer dans un vase clos où seule la nouvelle anecdotique ou accessoire nous bassine les oreilles. On dirait que tout ce qui fait les manchettes actuellement sur notre petit bout de planète est digne du Journal de Montréal uniquement: une candidate à la mairie de Laval qui est menacée par les «gars» après avoir révélé à la presse une conversation avec un ex-maire gangster, un syndicaliste qui, après avoir éveillé des soupçons sur des gros pontes de la FTQ-Construction à la Commission Charbonneau, fait comme par hasard une chute accidentelle et subit un traumatisme crânien, un policier hautement respecté est grandement suspecté d'être un « ami » de la mafia italienne (une bombe dans le milieu tricoté serré de la police qui a éclaté à la suite du suicide récent d'un Hells), etc. Est-ce que je continue ou vous avez, comme moi, la nausée ?

Ah oui, il y aussi l'épisode de la Charte des valeurs québécoises qui a fait couler beaucoup d'encre et qui a poindre un certain « nous » contre « eux ». Surtout ne lisez pas régulièrement les commentaires sur les réseaux sociaux. Je l'ai fait trop souvent (en plus d'être la cible de certains commentaires disgracieux) et j'ai encore du mal à me remettre de la petitesse d'esprit de plusieurs de mes concitoyens. Comme si argumenter sur une base respectueuse était impossible dans le cadre d'un débat aussi anxiogène. Entre parenthèses, quelle est l'idée de prendre toujours pour exemples des pays dont l'histoire et la situation géopolitique n'ont absolument rien à voir avec celles du Québec ? La situation au Qatar ou en Arabie Saoudite n'a rien de comparable à ce qui se passe ici. La France, tout comme de nombreux pays européens font face à de fortes vagues d'immigration tout autres, certaines d'entre elles dues à la terrible condition que vivent des hommes, femmes et enfants dans certains pays, notamment en Afrique (pour faire un mauvais jeu de mots, j'attirerais votre attention sur le drame récent de Lampedusa en Italie). La problématique d'intégration que l'on constate en France est la conséquence de ratés dans les différentes politiques d'immigration et ce, depuis de nombreuses années. Manque d'intégration = pauvreté et exclusion = discrimination = ghettoïsation. L'immigration au Québec et au Canada est sélective (principalement économique). N'immigre pas qui veut. Et quand des demandes d'asile politique sont refusées même après plusieurs années de vie au Québec ou au Canada, il n'est pas rare de voir des familles entières être déportées vers leur pays d'origine. 

Je n'invente rien, ce marasme ambiant inquiète beaucoup et crée une sorte d'immobilisme dans les projets ou les envies de créer. L'avez-vous vous-mêmes remarqué en discutant avec des personnes autour de vous. Comme si on s'embourbait dans une grosse bouse de vache pour être polie. Ou comme si on se renfermait dans une coquille hermétique pour mieux s'isoler. Avec le risque de se regarder le nombril trop longtemps avec la peur au ventre de l'autre ou de ce qui est différent. Alors que faire ? Je n'en sais fichtrement rien, c'est peut-être la raison pour laquelle je me replonge dans mes souvenirs d'Amsterdam. Mais ce dont je suis certaine, c'est que j'ai mal à mon Québec, pour reprendre le cri du coeur de Fabien Cloutier lors de l'émission Plus on est de fous, plus on lit sur Ici Radio-Canada Première. Je suis tannée de ces discours fatalistes et démagogiques, de ces hommes et femmes corrompus qui sont autant de pommes pourries parmi nous. J'ai soif de nouvelles idées et d'idéaux pour un tissu social et démocratique qui accepte les différences et valorise le bien-être collectif. 

Ah, mais en attendant, tout n'est pas perdu. On peut toujours compter sur nos trésors culturels au petit écran pour nous faire oublier que l'on est bien petits parfois. Eric Salvail lance bientôt sa nouvelle émission sur les ondes de V, Véro devient une véritable marque de commerce en publiant un magazine et en diffusant un docu-réalité, et Tout le monde en parle est redevenue notre messe dominicale. Sans oublier le nouveau livre de l'hyper-exposé (mais fort heureusement intelligent) Gabriel Nadeau-Dubois qui de porte-parole est devenu un porte-voix à la parole d'argent.