11 décembre 2013

À quoi sert de bien cuisiner si on ne sait pas lire ?

Je ne vous apprendrai certainement rien en vous disant que le Prix du grand public Salon du livre de Montréal/La Presse dans la catégorie Vie pratique/essai (!) a été décerné au livre La mijoteuse : de la lasagne à la crème brûlée de Ricardo Larrivée. Un prix certainement bien mérité pour cet as de la cuisine qui semble réussir tout ce qu’il touche. Avec la multiplication des émissions, magazines, blogues, chroniques et livres en tous genres sur l’art culinaire, j’étais pourtant certaine que nous allions faire un jour ou l’autre une indigestion collective. Il semble bien que non.
Mais posons-nous quand même la question : doit-on y voir un désintérêt généralisé pour la littérature avec un grand C ? À moins que, en cette ère de l’instantané, les livres de cuisine sont la « bonne recette » pour ne pas trop se casser la tête. Je ne veux surtout pas jouer l’intello de service ici. J’ai grandi sans un seul livre à la maison. La seule chose qui m’a donné le goût d’écrire, c’est la dictée. Mon père adorait m’en donner, et moi, j’adorais l’impressionner. Aussi simple que ça.
La tâche est plus ardue avec ma fille. On a eu beau lui avoir collé un livre entre les mains quand elle était bébé, cela ne lui a aucunement donné le goût de lire. Et toujours pas aujourd’hui alors qu’elle est en secondaire 3. Mais, la nouveauté cette année, c’est son professeur de français un peu fou mais passionné et super exigeant. Et vous savez quoi ? Ça fonctionne. Le désir de ma fille de réussir ses tests est peut-être de l’orgueil mal placé, mais il faut la voir s’accrocher pour ne pas décevoir son prof un peu fou…
L’autre événement autour du livre fut le récent débat sur son prix unique. Ainsi, le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, va élaborer un projet de loi pour limiter à 10 % le rabais sur les nouveautés autant imprimées que numériques pendant neuf mois. « Le livre n'est pas une marchandise comme les autres. En encadrant le prix des livres neufs imprimés et numériques, cela permettra de consolider notre réseau de librairies qui garantit un accès diversifié aux livres et d'assurer des lieux de diffusion à nos auteurs québécois dans toutes les régions », a affirmé le ministre Kotto, qui y voit aussi une manière de « protéger l'identité et la culture québécoise ».
Tant qu’à moi, dans ce débat, le livre n’a été que valeur marchande. Aucune référence au problème de base qui met tout autant en péril la pérennité de nos librairies : le manque de maîtrise de la langue par une large proportion de la population québécoise. On parle ici de 49 % d’analphabètes fonctionnels. C’est-à-dire que 16 % d'entre eux ne savent pas lire et qu'un autre 33 % épuise ses méninges au bout de quelques lignes. Pire: de ces 49 %, plus de 40 % ont entre 16 et 46 ans.

Pour parvenir à une telle dégradation de la qualité du français, il y a bien dû y avoir un abandon collectif et individuel, non ? Vous en conviendrez, notre langue française, on ne la soigne pas, on la maltraite et on la snobe.  Attention, je ne parle pas ici d’accents, de régionalismes ou d’expressions qui doivent être préservés comme autant d’identités linguistiques. Je parle du bien parler qui est trop souvent perçu comme de l’arrogance. Je parle du bel écrit qui prend trop de temps et est considéré comme trop pompeux.

Si des générations de ces analphabètes fonctionnels sont malheureusement peut-être sacrifiées, il est temps de se réveiller pour celles en devenir. C'est un devoir de société. Un devoir de nos gouvernements. Il faut remettre l'éducation à la première place de nos priorités. Pas forcément en termes de moyens financiers. Mais plutôt en termes de pédagogie.

Notre école publique ouvre largement ses portes à tous les enfants, tels qu’ils sont : ceux issus de catégories sociales favorisées ou beaucoup moins, mais aussi ceux, de plus en plus nombreux, « venus d'ailleurs ». Dans ce contexte, est-ce que notre système éducatif a su se transformer en profondeur dans ses contenus ? Je n’en suis pas certaine. Il est en fait resté quasiment identique à lui-même et a trop souvent maquillé l'échec en abaissant régulièrement ses ambitions et ses exigences.

En intégrant le primaire, bon nombre d’enfants se trouvent en situation de grande difficulté de lecture et encore bien plus d'écriture. On ne réussit pas vraiment à les remettre à niveau, et le secondaire les achève. Ces futurs illettrés s’ajoutent aux nombreux désenchantés de l’école qui se demandent ce qu’ils y font, les décrocheurs.

La priorité du primaire - et même, pourquoi pas, de la garderie -  serait pourtant de donner à tous les enfants qui lui sont confiés une maîtrise du français oral qui leur permettra de comprendre les codes de l’écrit grâce à l'acquisition d'un vocabulaire précis. Car l'engrenage est terrifiant. Lorsqu'un enfant souffre d'un déficit de langage à la fin du primaire, il ne peut prétendre qu'à des aptitudes acquises en surface, alors que le secondaire attend de lui d’être autonome et polyvalent. Il endosse ainsi très tôt le costume de l'échec et il ne le quitte plus.

N’oublions pas que l’identité d’une société repose entre autres sur sa culture qui se matérialise forcément par sa langue commune. Prenons donc exemple sur nos amis haïtiens. Lors d’une entrevue pendant le Salon du livre, j’entendais certains des écrivains québécois qui avaient eu la chance de participer aux Rencontres québécoises en Haïti en mai dernier, raconter à quel point la lecture a un caractère sacré, et que l’on peut presque affirmer sans se tromper que chaque haïtien a un livre entre les mains. D’ailleurs, bon nombre d’entre eux rêvent un jour d’écrire le leur.

On n’en demande pas tant. Simplement réapprendre à aimer lire aussi ce qui dépasse 140 caractères.

02 décembre 2013

Les micros de Radio Centre-Ville vont-ils s'éteindre ?

Pendant que l’on parle de gros sous qui tombent « comme par hasard » dans les poches de gens bien petits, certains organismes communautaires crient famine et tentent par tous les moyens de sauver leur peau. Dont les radios communautaires qui, en plus d’être confrontées à la suprématie des grands réseaux commerciaux, à la concurrence de la télévision et au développement des nouveaux médias, doivent aussi surmonter un manque de financement et un souci constant de survie financière. Constat bien triste car je suis fortement convaincue que les radios associatives et communautaires ont joué et jouent encore un rôle important pour encourager la participation citoyenne, faire circuler l’information de proximité et se positionner comme contre-pouvoir local.

Si je prends la plume aujourd’hui, c’est que l’unique radio communautaire et multilingue du Québec, Radio Centre-Ville, dont les studios fort discrets se trouvent sur le boulevard Saint-Laurent de Montréal (coin Fairmount) connaît un avenir incertain. Si je prends la plume aujourd’hui, c’est aussi par intérêt personnel, je l’avoue, car Radio Centre-Ville m’a permis de réaliser un vieux rêve d’être derrière un micro. C’est donc la moindre des choses pour moi de relayer, comme je peux, son appel à l’appui de la population pour assurer le maintien de ses émissions.

Son enjeu ? Un de ses plus importants partenaires, Centraide, a décidé de retirer sa subvention annuelle d’un montant de 100 000 dollars à compter de mai prochain. Je crois important de préciser que l’organisme n’a pas pris cette décision de gaieté de cœur. En ces temps de disette pour l’action communautaire dans son ensemble, l’organisme a dû faire une liste de ses « premières priorités » – comme disent les politiciens – pour distribuer ses dons de façon efficiente, tant il y a à faire. Et Radio Centre-Ville ne fait malheureusement plus partie de cette liste. Une décision fort compréhensible considérant les enjeux sociaux, mais elle demeure toutefois désolante. Pour ses auditeurs, ses responsables très dévoués dont son directeur, monsieur Arlindo Vieira, ainsi que pour ses 350 bénévoles dont certains sont animateurs depuis près de trente ans et plus.

Oh, bien entendu, ce n’est pas la première fois que cette station qui diffuse des émissions depuis près de quarante ans dans huit langues (français, anglais, espagnol, portugais, grec, créole, cantonais et mandarin), vit des moments difficiles, et la détermination des personnes qui la tiennent à bout de bras a toujours été exemplaire.

Aujourd'hui, c’est sous le thème « Un monde différent » que Radio Centre-Ville organise son radiothon et ce, jusqu’au 7 décembre. Si vous vous sentez interpellés, vous pouvez faire un don directement sur le site www.radiocentreville.com, en envoyant un chèque par la poste ou en vous présentant directement au 5212, boulevard Saint-Laurent. Sur le site, vous pouvez également miser sur les nombreux articles, forfaits restaurants, billets de spectacles, œuvres d’arts et livres de collection, fabuleux prix de sa vente aux enchères qui est organisée.

Merci d’avance !


Radio Centre-Ville, c’est un engagement continu à articuler la singularité et l’universalité des communautés qui forment le tissu social de Montréal.

C’est aussi, entre autres :
  •         La plus ancienne émission de cinéma, Derrière l’Image (depuis 1980, toujours en ondes)
  •        La plus ancienne émission de hip hop francophone, Nuit Blanche (depuis 1991, toujours en  ondes)
  •        La plus ancienne émission féministe anglophone, Matrix (depuis 1980, toujours en ondes)
  •        La première émission produite par et pour les homosexuels dans la défense de leurs droits (1981)
  •      Des émissions réalisées par des prisonniers, Souverains Anonymes (prison de bordeaux)
  •     La première émission hebdomadaire produite par des enfants, Radio Enfants (depuis 1999, toujours en ondes)

24 octobre 2013

Et si nous changions nos valeurs ?


Encore faudrait-il connaître ces valeurs, me feront remarquer certains d’entre vous. Vous  n’auriez pas tort. D’autres lecteurs vont peut-être flipper à la perspective de devoir lire un autre billet sur le projet de charte. Certes, il y a bien ce point commun qu’est le mot « valeurs », mais n’ayez crainte, je n’ai guère envie de renouveler l’expérience d’exprimer un semblant d’opinion à ce sujet sur une tribune numérique. Oh que non, j’ai déjà donné… et reçu. Entendez par là non pas un bouquet de fleurs mais plutôt pas mal de tomates bien mûres. Imaginez en plus, une maudite immigrante française qui vient mettre son grain de sel dans un débat qui appartient aux Québécois. Plusieurs lecteurs n’ont pas manqué de cracher leur hargne. « T’es pas contente, ma grande ? Ben retourne donc chez toé ! »… Encore heureux que je ne m’appelle pas Aicha ou Fatima. Bien entendu, il ne faut pas généraliser; des cons, il y en a partout. N’empêche que ces manques de retenue et de respect envers les idées des autres sont pas mal déconcertants et surtout dérangeants. À mon avis, la faute est imputable en partie à l’utilisation grandissante des réseaux sociaux qui permettent à certains internautes de ne pas être redevables de leurs actes.

En effet, ne nous leurrons pas, si les réseaux sociaux ont leurs avantages d’un point de vue, comme l’indique le nom, de relations sociales, ils entraînent aussi leur lot d'inconvénients. Certes, les gens partout dans le monde sont de plus en plus connectés et les frontières de communication tombent. Et c’est tant mieux. En revanche, la discussion raisonnée et le débat n’existent pas à l’ère du numérique. Pour certains éléments perturbateurs, seule la grossièreté sert d’argument, ceux-là même qui se cachent la plupart du temps sous le couvert de l’anonymat. Le pire est quand, en plus, ils ne savent pas écrire. Faut-il donc écrire uniquement des billets ou des blogues sur le sport, le showbizz ou la cuisine pour espérer avoir un peu de respect ?

Non, non, je ne suis pas une petite nature, je vous assure. Mais j’avoue bien humblement que la lecture de nombreux commentaires disgracieux sur différentes tribunes citoyennes au sujet de la future charte m’a quelque peu affectée. Je suis même un peu sonnée. C’est comme si j'émerge d'un rêve d’une belle histoire qui se déroulait dans un coin de pays où tout le monde il était beau, tout le monde il était gentil. Bien sûr que les opinions peuvent être divergentes, et je préfère bien mieux ça à la pensée conventionnelle, croyez-moi. Mais la polarisation extrême de la société québécoise apparue dans le cadre des débats a provoqué de véritables réactions épidermiques chez certains. Si tu es avec moi, tu es mon ami, sinon tu es un véritable traitre à la solde de l’ennemi. Quand ce n’est pas la corde sensible de l’histoire du Québec qui vient exacerber la susceptibilité et la sensibilité de certains individus. Alors dans ces cas-là, on peut lire des débordements de sentimentalisme proches de l’incivilité. Je ne leur dirais qu’une chose, à ces personnes « mesdames, messieurs, faire acte de mémoire et de respect est incontestable, refuser d’avancer avec son époque est une perte de temps ».

Bref, dans ce contexte de frictions continues, il n’est pas étonnant que notre société présente des symptômes de dépression collective où chacun préfère rentrer dans le rang et s’isoler dans le confort de son petit monde, dépité ou désabusé. De toute façon, à quoi ça sert de vouloir changer les choses puisque ce que j'ai à dire est automatiquement écarté et que les choses ne bougent jamais, hein ?

La société québécoise est triste; ça se voit et ça se ressent. Je le constate autour de moi et je commence à présenter moi-même des signes de lassitude. J’ai encore l’énergie de penser qu’il est grand temps de se ressaisir en bloc et de faire tomber toutes ces barrières invisibles (politiques, territoriales, linguistiques, de génération, etc.) qui pourrissent nos vies et nos discussions. La crise identitaire que nous connaissons et les déboires de nos institutions ne doivent pas saper notre envie de vivre au sein d'une collectivité saine et visionnaire. N’attendons pas que le miracle vienne uniquement de nos politiciens et décideurs. L’effort doit avant tout être individuel. Ainsi, si nos valeurs étaient à redéfinir ou même à définir, j’en proposerais quelques-unes : responsabilité, tolérance, ouverture d’esprit, ouverture sur les autres, délicatesse, empathie. Il y en d’autres, on a un grand choix.

Il est temps de souffler par le nez et d’apprendre à contenir nos susceptibilités. Donnons l’exemple à nos enfants qui, fort heureusement, apprennent à l’école les règles élémentaires d’un savoir-vivre ensemble et de gestion de conflits. J’ose espérer que les injures et les méchancetés ne font pas partie de la solution.

Allez, serrons-nous la main !

09 octobre 2013

En attendant de voir Amsterdam...

Alors que le film Amsterdam, mettant en vedette Louis Champagne, Robin Aubert et Gabriel Sabourin, prend l'affiche sur nos écrans ce vendredi 11 octobre, l'histoire de ses trois vedettes m'a replongée dans le passé avec un brin de nostalgie, je l'avoue.

Si les trois comparses prétextent une partie de pêche pour prendre la direction de la capitale néerlandaise à l'insu de leurs conjointes, j'ai fait le même voyage dans la jeune vingtaine. Un trip à trois alors que j'étais accompagnée de deux bons copains. Mais à l'inverse du mensonge qui donne le ton au film, j'ai entamé notre voyage en tout état de cause, sans mensonges ni galères. Et sans même devoir prendre l'avion, les Pays-Bas n'étant pas très loin de la France. Le jour du départ, je revois encore très bien la Renault 5 de mon copain Rodolphe, bordélique à souhait (en plus du pot de yaourt qui avait eu l'idée de se déverser sur le siège arrière) qui allait nous emmener sur les routes de notre grande aventure. Quel fabuleux sentiment de liberté j'ai ressenti à l'époque. Même si, lors de notre passage aux douanes néerlandaises à la lumière d'une torche électrique en plein nos visages pas très frais, je nous imaginais grelottants dans une cellule aux murs froids. Mais bon, déjà à cette époque, les gentils douaniers devaient en croiser bien souvent de ces bandes de jeunes qui leur affirmaient droit dans les yeux se rendre à Amsterdam pour la beauté de son architecture. Imaginez aujourd'hui...

Ce fort sentiment de liberté, je l'ai surtout ressenti quand, sur le pont d'un traversier en route vers l'île Texel, mes amis et moi avons décidé sur un coup de tête de poursuivre notre route jusqu'à Londres, plutôt que de rentrer, même s'il nous restait de l'argent uniquement pour traverser la Manche. Presque aussitôt dit aussitôt fait. Après après débarqué en Angleterre, une petite nuit au frais - sans se faire surprendre - dans un parc de Canterbury (un hôtel, pourquoi faire ?), nous voilà en route vers Londres. Les seules choses que nous avons ingurgités sur le chemin du retour furent des barres Mars. Quel super voyage, quel super souvenir !

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Hum, je me le demande bien. Peut-être que l'appel du large se fait sentir. Il faut dire que cela fait maintenant près de dix-huit que j'ai fait le grand saut au Canada pour suivre mon amoureux de l'époque, et dix ans que je n'ai pas remis les pieds en Europe ni revu ma famille. Et mon dernier voyage mémorable remonte en 2009 quand je me suis rendue en République démocratique du Congo avec mes collègues de l'agence Kelly et Cie. 

Il est possible aussi que cette nostalgie voyageuse cache quelque chose de plus profond et fait écho à mon ras-le-bol d'un certain Québec inc. qui n'en finit plus de nous enfermer dans un vase clos où seule la nouvelle anecdotique ou accessoire nous bassine les oreilles. On dirait que tout ce qui fait les manchettes actuellement sur notre petit bout de planète est digne du Journal de Montréal uniquement: une candidate à la mairie de Laval qui est menacée par les «gars» après avoir révélé à la presse une conversation avec un ex-maire gangster, un syndicaliste qui, après avoir éveillé des soupçons sur des gros pontes de la FTQ-Construction à la Commission Charbonneau, fait comme par hasard une chute accidentelle et subit un traumatisme crânien, un policier hautement respecté est grandement suspecté d'être un « ami » de la mafia italienne (une bombe dans le milieu tricoté serré de la police qui a éclaté à la suite du suicide récent d'un Hells), etc. Est-ce que je continue ou vous avez, comme moi, la nausée ?

Ah oui, il y aussi l'épisode de la Charte des valeurs québécoises qui a fait couler beaucoup d'encre et qui a poindre un certain « nous » contre « eux ». Surtout ne lisez pas régulièrement les commentaires sur les réseaux sociaux. Je l'ai fait trop souvent (en plus d'être la cible de certains commentaires disgracieux) et j'ai encore du mal à me remettre de la petitesse d'esprit de plusieurs de mes concitoyens. Comme si argumenter sur une base respectueuse était impossible dans le cadre d'un débat aussi anxiogène. Entre parenthèses, quelle est l'idée de prendre toujours pour exemples des pays dont l'histoire et la situation géopolitique n'ont absolument rien à voir avec celles du Québec ? La situation au Qatar ou en Arabie Saoudite n'a rien de comparable à ce qui se passe ici. La France, tout comme de nombreux pays européens font face à de fortes vagues d'immigration tout autres, certaines d'entre elles dues à la terrible condition que vivent des hommes, femmes et enfants dans certains pays, notamment en Afrique (pour faire un mauvais jeu de mots, j'attirerais votre attention sur le drame récent de Lampedusa en Italie). La problématique d'intégration que l'on constate en France est la conséquence de ratés dans les différentes politiques d'immigration et ce, depuis de nombreuses années. Manque d'intégration = pauvreté et exclusion = discrimination = ghettoïsation. L'immigration au Québec et au Canada est sélective (principalement économique). N'immigre pas qui veut. Et quand des demandes d'asile politique sont refusées même après plusieurs années de vie au Québec ou au Canada, il n'est pas rare de voir des familles entières être déportées vers leur pays d'origine. 

Je n'invente rien, ce marasme ambiant inquiète beaucoup et crée une sorte d'immobilisme dans les projets ou les envies de créer. L'avez-vous vous-mêmes remarqué en discutant avec des personnes autour de vous. Comme si on s'embourbait dans une grosse bouse de vache pour être polie. Ou comme si on se renfermait dans une coquille hermétique pour mieux s'isoler. Avec le risque de se regarder le nombril trop longtemps avec la peur au ventre de l'autre ou de ce qui est différent. Alors que faire ? Je n'en sais fichtrement rien, c'est peut-être la raison pour laquelle je me replonge dans mes souvenirs d'Amsterdam. Mais ce dont je suis certaine, c'est que j'ai mal à mon Québec, pour reprendre le cri du coeur de Fabien Cloutier lors de l'émission Plus on est de fous, plus on lit sur Ici Radio-Canada Première. Je suis tannée de ces discours fatalistes et démagogiques, de ces hommes et femmes corrompus qui sont autant de pommes pourries parmi nous. J'ai soif de nouvelles idées et d'idéaux pour un tissu social et démocratique qui accepte les différences et valorise le bien-être collectif. 

Ah, mais en attendant, tout n'est pas perdu. On peut toujours compter sur nos trésors culturels au petit écran pour nous faire oublier que l'on est bien petits parfois. Eric Salvail lance bientôt sa nouvelle émission sur les ondes de V, Véro devient une véritable marque de commerce en publiant un magazine et en diffusant un docu-réalité, et Tout le monde en parle est redevenue notre messe dominicale. Sans oublier le nouveau livre de l'hyper-exposé (mais fort heureusement intelligent) Gabriel Nadeau-Dubois qui de porte-parole est devenu un porte-voix à la parole d'argent.

08 septembre 2013

La Semaine de mode de Montréal, stop ou encore ?


La Semaine de mode de Montréal a pris fin la semaine dernière dans une certaine indifférence. Ou presque. Un 25e anniversaire bien fade sans tambour ni trompette, d’autant plus que certains des designers québécois de renom, tels que Marie Saint Pierre, Philippe Dubuc ou Denis Gagnon, étaient une nouvelle fois absents. Je dis « une nouvelle fois » car leur désertion des passerelles de la Semaine de mode ne date pas d’aujourd’hui. On peut affirmer sans se tromper qu’il règne un malaise persistant dans une industrie déjà bien fragile si l’on considère son manque de crédibilité, de visibilité et de ressources. En fait, il semble bien que l’heure est grave et qu’il ne s’agit même plus d’un simple malaise. Ainsi, on pouvait lire, dans un article récent de la Presse intitulé « La Semaine de mode en péril » que certains décideurs se questionnaient sur la raison d’être de La Semaine dans sa formule actuelle. Est-ce donc vraiment « une perte de temps monumentale » comme le pense Denis Gagnon ?

Qu’elle semble loin l’époque où Montréal brillait non pas par son absence mais bien par son industrie textile et par ses créateurs de mode respectés et reconnus. On pourrait ainsi se rappeler que Montréal avait une maison de haute couture dans les années 40, sous la férule de Marie-Paule Nolin alors appelée « la grande dame de la haute couture montréalaise ».  Ou encore qu'une certaine Clairette Trudel avait fait défiler des mannequins de la Maison Dior pour présenter sa nouvelle collection en 1964. Sans oublier les Jacques de Montjoye, Michel Robichaud ou encore Marielle Fleury qui ont, autre autres, été des ambassadeurs de la mode québécoise à Expo 67.

J’ai eu l’opportunité d’assister à un défilé en février dernier. Hum, comment vous dire… J’avais l’impression d’assister à un événement offert par des finissants d’une école de mode, lesquels avaient loué l’espace pour l’occasion. Un luxe qui semblait avoir grugé tout leur budget. Rien n'était particulièrement glamour même si certaines personnes rivalisaient d’imagination pour l’atteindre avec plus ou moins de classe. Le décor ? Pas de quoi ouvrir grand les yeux : les éternelles stations de maquillage disponibles pour le public, deux ou trois tables et un incontournable bar (ne manquait plus que le surexploité bar à bonbons … ). Ah oui, je ne vous parle pas de la cohue au vestiaire. En plein hiver, tout le monde suit le même rituel, n'est-ce pas: enlever les manteaux et les bottes, les mettre dans un sac plastique, etc. Eh bien, il semble que les organisateurs n’y avaient pas vraiment pensé. J’ose espérer que les éventuels acheteurs qui s’étaient déplacés avaient été reçus avec un peu plus d’élégance. 

Cette 25e présentation semble ne pas avoir fait exception si j’en juge les échos. C’est ce qui arrive quand une même recette revient dans l’assiette, ça sent le réchauffé. Et ça a chauffé fort cette année puisque le gouvernement a décidé de couper dans les subventions versées à Groupe Sensation Mode, producteur des principaux événements mode en ville (100 000 dollars au lieu de 250 000). Alors, la grande nouvelle est tombée la semaine dernière : le Festival Mode & Design (défilé extérieur de collections de marques présentes dans les centres commerciaux du centre-ville) et la Semaine de mode Été fusionneront pour se dérouler dorénavant simultanément en août. Ça, c’est de la grande nouvelle, n’est-ce pas ? Ben oui, on reçoit moins d’argent ? Pas de problèmes, on rationalise…

Pourtant, n’aurait-il pas été le moment de peser sur le bouton « Stop », plutôt que de tenter de faire du nouveau avec du vieux ? N’aurait-il pas été le moment de faire enfin preuve d'humilité et de reconnaître que l’on n’a peut-être pas les moyens de nos ambitions, celles de vouloir jouer dans les platebandes de Toronto, New York et même de certaines capitales en Europe. Mais a-t-on vraiment besoin ou envie de rivaliser avec ces villes ? Montréal n’est pas un berceau, mais la métropole peut avoir sa propre vision de la mode et de sa mode, et décider de la célébrer autrement que par les traditionnels défilés.

Avant tout, il est grand temps de trouver des moyens rapides, concrets et efficaces pour redorer le blason de notre mode auprès du grand public, en tant que véritable art et pas seulement en tant que valeur marchande.  Des moyens pour  démarquer le savoir faire de nos créateurs et notre savoir être sans avoir recours à des talents d’ailleurs pour mousser nos événements (il n’y a pas que Jean-Charles de Castelbajac, invité VIP du Festival Mode & Design cet été qui sait offrir un show déjanté - pourquoi être aller chercher un créateur français, aussi doué soit-il ?).

Faisons table rase du passé, sachons réunir autour de la table des personnes expertes et visionnaires (pas seulement des technocrates) et définissons enfin le « je ne sais quoi » de la mode du Québec.
 
Puisque Montréal est un croisement des cultures et des styles nord-américain et européen, ne serait-ce pas là le début d’une piste pour un nouveau branding ? Puisque Montréal est une ville de créateurs en tous genres, ne pourrait-on pas intégrer des événements de mode (intégrant des productions en arts visuels des créateurs d'ici) dans des festivals comme par exemple Osheaga en été et Igloofest en hiver ? Et, surtout, ne pourrait-on pas utiliser une partie des fonds publics pour appuyer aussi nos créateurs dans leurs démarches de rayonnement à l'étranger.

Parce que Montréal le vaut bien.

01 septembre 2013

Mon samedi parmi des Arabes

On vient d'apprendre qu'une mosquée a été vandalisée au Saguenay. Le ministre Drainville vient de faire sa job en dénonçant par voie de communiqué cet acte de violence. On vient de faire la preuve d'une politique de bas étage...

La future Charte des valeurs québécoises n'est pas encore présentée que la fuite dans les médias de son annonce prochaine fait beaucoup de vagues, notamment dans les réseaux sociaux. Cet événement fâcheux à Saguenay vous étonne ?  Moi pas, tant la violence des propos sur le Web donne le pouls d'une montée de lait collective. Le premier et seul article à ce jour que j'ai écrit en tant que nouvelle blogueuse invitée sur le Huffington Post Québec, intitulé Un vent mauvais sur le Québec, m'a ainsi valu des commentaires méprisants et même haineux. Certains internautes, anonymes pour la plupart, allant jusqu'à remettre en question mon droit d'opinion étant donné mon statut d'immigrante. Et même pire, étant donné mon statut d'immigrante d'origine française...

Bien entendu, ma petite opinion ne vaut pas plus que celles des autres et j'ai tendance à être un peu naïve pour certains si l'on tient compte de mes petites anecdotes de Montréalaise d'adoption et de coeur. Car cette ville, je l'aime pour ce qu'elle est, et j'affirme haut et fort qu'au delà de son insularité, elle affiche véritablement une identité qui lui est propre, soit celle d'un espace public qui crée des ponts, de grands ceux-là, entre les diverses communautés culturelles qui l'occupent.

Idéaliste et humaniste, j'aime en effet m'attarder sur des images du quotidien, qui seront d'Épinal pour certains ou des clichés pour d'autres. Aussi, je déteste le jugement et les préjugés (une aversion que je dois à ma grand-mère pour qui il était inacceptable que je fasse entrer dans la famille un allemand - un boche (même si je pouvais comprendre le poids de la guerre sur sa génération) ou un arabe - un bougnoule; je me suis toujours promise de ne jamais sombrer dans de telles dérives xénophobes).  Des préjugés que je lis malheureusement en grand nombre dans les discussions autour de la future charte où l'on a tendance à associer automatiquement et sournoisement le voile, la religion musulmane et le danger sur les droits et libertés au Québec.

Bref, tout ça pour dire que j'avais envie de partager avec vous deux anecdotes vécues cette fin de semaine et qui, à mon avis, témoignent de ce mode de vie spécial « Montréal » qu'il est important de préserver parce qu'il témoigne de l'identité d'une ville unique en son genre. Suffit de voyager ailleurs pour le voir et l'admettre.

Samedi après-midi dans le rayon lingerie d'un grand magasin du centre-ville de Montréal. Dans le rayon des soutiens-gorge et des petites culottes, c'est un peu le foutoir. Mais il y a là une femme - teint foncé, voile et robe assez longue - qui s'affaire à remettre de l'ordre dans les rayons.  J'entends aussi une femme qui rappelle à l'ordre - en français - ses petites filles qui se taquinent et partagent leur opinion sur la marchandise: « regarde, maman, il est beau celui-là, hein ? ». L'employée du magasin et la cliente (elle aussi porte un voile qui cache uniquement ses cheveux) se croisent. Elles se mettent à se parler et la « maman » demande à l'autre la façon dont elle avait obtenu son travail. Elles ont le temps de se demander leurs origines. L'une venait de Somalie et l'autre de Syrie. Avec l'information en mains, la maman a continué de magasiner sa lingerie pendant que son mari attendait quelques mètres plus loin, comme le font souvent bon nombre d'hommes qui accompagnent leur blonde. Quelques minutes plus tard, c'est une femme d'une cinquantaine d'années d'origine asiatique qui me demande mon avis sur le choix d'un 34 B considérant la taille de sa poitrine qu'elle me pointait au cas où je ne savais pas où elle se trouvait. « Oh, vous savez, madame, entre un 34B et un 36B, il n'y a pas vraiment une grande différence ». Comme quoi, sur la planète lingerie, la quête de l'idéal est universelle...

En soirée, je me suis rendue chez Leila, Russo-algérienne, pour fêter l'anniversaire de Saloua, Tunisienne d'origine, en amour depuis peu avec Raffi, venu de Syrie. Se trouvaient à cette soirée, Nadia et Karima, Marocaines toutes les deux, ainsi que Radia, Algérienne également et son mari Amin (Kabyle). Ne manquaient que Samira, Algérienne également, mère de deux beaux enfants dont le père Fabio est Cubain, pour compléter le tableau. Hyper féminines jusqu'au bout des ongles, aucune ne porte de voile. Elles parlent un français impeccable - en plus de leur langue d'origine et de l'anglais - et occupent des postes clés dans les domaines de la finance, de l'architecture ou du pharmaceutique. Leur point commun ? Une fierté de leurs origines, un amour pour leur langue et un plaisir évident à partager leur culture (cuisine, musique, parcours de vie). Samedi soir, j'ai vécu dans un salon du centre-ville, une expérience d'interaction humaine et d'ouverture sur l'autre et ce, sans même franchir de frontières.

Dans notre monde de brutes, c'était là ma petite pause poétique du dimanche soir. Spécialité de Montréal.