24 octobre 2013

Et si nous changions nos valeurs ?


Encore faudrait-il connaître ces valeurs, me feront remarquer certains d’entre vous. Vous  n’auriez pas tort. D’autres lecteurs vont peut-être flipper à la perspective de devoir lire un autre billet sur le projet de charte. Certes, il y a bien ce point commun qu’est le mot « valeurs », mais n’ayez crainte, je n’ai guère envie de renouveler l’expérience d’exprimer un semblant d’opinion à ce sujet sur une tribune numérique. Oh que non, j’ai déjà donné… et reçu. Entendez par là non pas un bouquet de fleurs mais plutôt pas mal de tomates bien mûres. Imaginez en plus, une maudite immigrante française qui vient mettre son grain de sel dans un débat qui appartient aux Québécois. Plusieurs lecteurs n’ont pas manqué de cracher leur hargne. « T’es pas contente, ma grande ? Ben retourne donc chez toé ! »… Encore heureux que je ne m’appelle pas Aicha ou Fatima. Bien entendu, il ne faut pas généraliser; des cons, il y en a partout. N’empêche que ces manques de retenue et de respect envers les idées des autres sont pas mal déconcertants et surtout dérangeants. À mon avis, la faute est imputable en partie à l’utilisation grandissante des réseaux sociaux qui permettent à certains internautes de ne pas être redevables de leurs actes.

En effet, ne nous leurrons pas, si les réseaux sociaux ont leurs avantages d’un point de vue, comme l’indique le nom, de relations sociales, ils entraînent aussi leur lot d'inconvénients. Certes, les gens partout dans le monde sont de plus en plus connectés et les frontières de communication tombent. Et c’est tant mieux. En revanche, la discussion raisonnée et le débat n’existent pas à l’ère du numérique. Pour certains éléments perturbateurs, seule la grossièreté sert d’argument, ceux-là même qui se cachent la plupart du temps sous le couvert de l’anonymat. Le pire est quand, en plus, ils ne savent pas écrire. Faut-il donc écrire uniquement des billets ou des blogues sur le sport, le showbizz ou la cuisine pour espérer avoir un peu de respect ?

Non, non, je ne suis pas une petite nature, je vous assure. Mais j’avoue bien humblement que la lecture de nombreux commentaires disgracieux sur différentes tribunes citoyennes au sujet de la future charte m’a quelque peu affectée. Je suis même un peu sonnée. C’est comme si j'émerge d'un rêve d’une belle histoire qui se déroulait dans un coin de pays où tout le monde il était beau, tout le monde il était gentil. Bien sûr que les opinions peuvent être divergentes, et je préfère bien mieux ça à la pensée conventionnelle, croyez-moi. Mais la polarisation extrême de la société québécoise apparue dans le cadre des débats a provoqué de véritables réactions épidermiques chez certains. Si tu es avec moi, tu es mon ami, sinon tu es un véritable traitre à la solde de l’ennemi. Quand ce n’est pas la corde sensible de l’histoire du Québec qui vient exacerber la susceptibilité et la sensibilité de certains individus. Alors dans ces cas-là, on peut lire des débordements de sentimentalisme proches de l’incivilité. Je ne leur dirais qu’une chose, à ces personnes « mesdames, messieurs, faire acte de mémoire et de respect est incontestable, refuser d’avancer avec son époque est une perte de temps ».

Bref, dans ce contexte de frictions continues, il n’est pas étonnant que notre société présente des symptômes de dépression collective où chacun préfère rentrer dans le rang et s’isoler dans le confort de son petit monde, dépité ou désabusé. De toute façon, à quoi ça sert de vouloir changer les choses puisque ce que j'ai à dire est automatiquement écarté et que les choses ne bougent jamais, hein ?

La société québécoise est triste; ça se voit et ça se ressent. Je le constate autour de moi et je commence à présenter moi-même des signes de lassitude. J’ai encore l’énergie de penser qu’il est grand temps de se ressaisir en bloc et de faire tomber toutes ces barrières invisibles (politiques, territoriales, linguistiques, de génération, etc.) qui pourrissent nos vies et nos discussions. La crise identitaire que nous connaissons et les déboires de nos institutions ne doivent pas saper notre envie de vivre au sein d'une collectivité saine et visionnaire. N’attendons pas que le miracle vienne uniquement de nos politiciens et décideurs. L’effort doit avant tout être individuel. Ainsi, si nos valeurs étaient à redéfinir ou même à définir, j’en proposerais quelques-unes : responsabilité, tolérance, ouverture d’esprit, ouverture sur les autres, délicatesse, empathie. Il y en d’autres, on a un grand choix.

Il est temps de souffler par le nez et d’apprendre à contenir nos susceptibilités. Donnons l’exemple à nos enfants qui, fort heureusement, apprennent à l’école les règles élémentaires d’un savoir-vivre ensemble et de gestion de conflits. J’ose espérer que les injures et les méchancetés ne font pas partie de la solution.

Allez, serrons-nous la main !

09 octobre 2013

En attendant de voir Amsterdam...

Alors que le film Amsterdam, mettant en vedette Louis Champagne, Robin Aubert et Gabriel Sabourin, prend l'affiche sur nos écrans ce vendredi 11 octobre, l'histoire de ses trois vedettes m'a replongée dans le passé avec un brin de nostalgie, je l'avoue.

Si les trois comparses prétextent une partie de pêche pour prendre la direction de la capitale néerlandaise à l'insu de leurs conjointes, j'ai fait le même voyage dans la jeune vingtaine. Un trip à trois alors que j'étais accompagnée de deux bons copains. Mais à l'inverse du mensonge qui donne le ton au film, j'ai entamé notre voyage en tout état de cause, sans mensonges ni galères. Et sans même devoir prendre l'avion, les Pays-Bas n'étant pas très loin de la France. Le jour du départ, je revois encore très bien la Renault 5 de mon copain Rodolphe, bordélique à souhait (en plus du pot de yaourt qui avait eu l'idée de se déverser sur le siège arrière) qui allait nous emmener sur les routes de notre grande aventure. Quel fabuleux sentiment de liberté j'ai ressenti à l'époque. Même si, lors de notre passage aux douanes néerlandaises à la lumière d'une torche électrique en plein nos visages pas très frais, je nous imaginais grelottants dans une cellule aux murs froids. Mais bon, déjà à cette époque, les gentils douaniers devaient en croiser bien souvent de ces bandes de jeunes qui leur affirmaient droit dans les yeux se rendre à Amsterdam pour la beauté de son architecture. Imaginez aujourd'hui...

Ce fort sentiment de liberté, je l'ai surtout ressenti quand, sur le pont d'un traversier en route vers l'île Texel, mes amis et moi avons décidé sur un coup de tête de poursuivre notre route jusqu'à Londres, plutôt que de rentrer, même s'il nous restait de l'argent uniquement pour traverser la Manche. Presque aussitôt dit aussitôt fait. Après après débarqué en Angleterre, une petite nuit au frais - sans se faire surprendre - dans un parc de Canterbury (un hôtel, pourquoi faire ?), nous voilà en route vers Londres. Les seules choses que nous avons ingurgités sur le chemin du retour furent des barres Mars. Quel super voyage, quel super souvenir !

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Hum, je me le demande bien. Peut-être que l'appel du large se fait sentir. Il faut dire que cela fait maintenant près de dix-huit que j'ai fait le grand saut au Canada pour suivre mon amoureux de l'époque, et dix ans que je n'ai pas remis les pieds en Europe ni revu ma famille. Et mon dernier voyage mémorable remonte en 2009 quand je me suis rendue en République démocratique du Congo avec mes collègues de l'agence Kelly et Cie. 

Il est possible aussi que cette nostalgie voyageuse cache quelque chose de plus profond et fait écho à mon ras-le-bol d'un certain Québec inc. qui n'en finit plus de nous enfermer dans un vase clos où seule la nouvelle anecdotique ou accessoire nous bassine les oreilles. On dirait que tout ce qui fait les manchettes actuellement sur notre petit bout de planète est digne du Journal de Montréal uniquement: une candidate à la mairie de Laval qui est menacée par les «gars» après avoir révélé à la presse une conversation avec un ex-maire gangster, un syndicaliste qui, après avoir éveillé des soupçons sur des gros pontes de la FTQ-Construction à la Commission Charbonneau, fait comme par hasard une chute accidentelle et subit un traumatisme crânien, un policier hautement respecté est grandement suspecté d'être un « ami » de la mafia italienne (une bombe dans le milieu tricoté serré de la police qui a éclaté à la suite du suicide récent d'un Hells), etc. Est-ce que je continue ou vous avez, comme moi, la nausée ?

Ah oui, il y aussi l'épisode de la Charte des valeurs québécoises qui a fait couler beaucoup d'encre et qui a poindre un certain « nous » contre « eux ». Surtout ne lisez pas régulièrement les commentaires sur les réseaux sociaux. Je l'ai fait trop souvent (en plus d'être la cible de certains commentaires disgracieux) et j'ai encore du mal à me remettre de la petitesse d'esprit de plusieurs de mes concitoyens. Comme si argumenter sur une base respectueuse était impossible dans le cadre d'un débat aussi anxiogène. Entre parenthèses, quelle est l'idée de prendre toujours pour exemples des pays dont l'histoire et la situation géopolitique n'ont absolument rien à voir avec celles du Québec ? La situation au Qatar ou en Arabie Saoudite n'a rien de comparable à ce qui se passe ici. La France, tout comme de nombreux pays européens font face à de fortes vagues d'immigration tout autres, certaines d'entre elles dues à la terrible condition que vivent des hommes, femmes et enfants dans certains pays, notamment en Afrique (pour faire un mauvais jeu de mots, j'attirerais votre attention sur le drame récent de Lampedusa en Italie). La problématique d'intégration que l'on constate en France est la conséquence de ratés dans les différentes politiques d'immigration et ce, depuis de nombreuses années. Manque d'intégration = pauvreté et exclusion = discrimination = ghettoïsation. L'immigration au Québec et au Canada est sélective (principalement économique). N'immigre pas qui veut. Et quand des demandes d'asile politique sont refusées même après plusieurs années de vie au Québec ou au Canada, il n'est pas rare de voir des familles entières être déportées vers leur pays d'origine. 

Je n'invente rien, ce marasme ambiant inquiète beaucoup et crée une sorte d'immobilisme dans les projets ou les envies de créer. L'avez-vous vous-mêmes remarqué en discutant avec des personnes autour de vous. Comme si on s'embourbait dans une grosse bouse de vache pour être polie. Ou comme si on se renfermait dans une coquille hermétique pour mieux s'isoler. Avec le risque de se regarder le nombril trop longtemps avec la peur au ventre de l'autre ou de ce qui est différent. Alors que faire ? Je n'en sais fichtrement rien, c'est peut-être la raison pour laquelle je me replonge dans mes souvenirs d'Amsterdam. Mais ce dont je suis certaine, c'est que j'ai mal à mon Québec, pour reprendre le cri du coeur de Fabien Cloutier lors de l'émission Plus on est de fous, plus on lit sur Ici Radio-Canada Première. Je suis tannée de ces discours fatalistes et démagogiques, de ces hommes et femmes corrompus qui sont autant de pommes pourries parmi nous. J'ai soif de nouvelles idées et d'idéaux pour un tissu social et démocratique qui accepte les différences et valorise le bien-être collectif. 

Ah, mais en attendant, tout n'est pas perdu. On peut toujours compter sur nos trésors culturels au petit écran pour nous faire oublier que l'on est bien petits parfois. Eric Salvail lance bientôt sa nouvelle émission sur les ondes de V, Véro devient une véritable marque de commerce en publiant un magazine et en diffusant un docu-réalité, et Tout le monde en parle est redevenue notre messe dominicale. Sans oublier le nouveau livre de l'hyper-exposé (mais fort heureusement intelligent) Gabriel Nadeau-Dubois qui de porte-parole est devenu un porte-voix à la parole d'argent.

08 septembre 2013

La Semaine de mode de Montréal, stop ou encore ?


La Semaine de mode de Montréal a pris fin la semaine dernière dans une certaine indifférence. Ou presque. Un 25e anniversaire bien fade sans tambour ni trompette, d’autant plus que certains des designers québécois de renom, tels que Marie Saint Pierre, Philippe Dubuc ou Denis Gagnon, étaient une nouvelle fois absents. Je dis « une nouvelle fois » car leur désertion des passerelles de la Semaine de mode ne date pas d’aujourd’hui. On peut affirmer sans se tromper qu’il règne un malaise persistant dans une industrie déjà bien fragile si l’on considère son manque de crédibilité, de visibilité et de ressources. En fait, il semble bien que l’heure est grave et qu’il ne s’agit même plus d’un simple malaise. Ainsi, on pouvait lire, dans un article récent de la Presse intitulé « La Semaine de mode en péril » que certains décideurs se questionnaient sur la raison d’être de La Semaine dans sa formule actuelle. Est-ce donc vraiment « une perte de temps monumentale » comme le pense Denis Gagnon ?

Qu’elle semble loin l’époque où Montréal brillait non pas par son absence mais bien par son industrie textile et par ses créateurs de mode respectés et reconnus. On pourrait ainsi se rappeler que Montréal avait une maison de haute couture dans les années 40, sous la férule de Marie-Paule Nolin alors appelée « la grande dame de la haute couture montréalaise ».  Ou encore qu'une certaine Clairette Trudel avait fait défiler des mannequins de la Maison Dior pour présenter sa nouvelle collection en 1964. Sans oublier les Jacques de Montjoye, Michel Robichaud ou encore Marielle Fleury qui ont, autre autres, été des ambassadeurs de la mode québécoise à Expo 67.

J’ai eu l’opportunité d’assister à un défilé en février dernier. Hum, comment vous dire… J’avais l’impression d’assister à un événement offert par des finissants d’une école de mode, lesquels avaient loué l’espace pour l’occasion. Un luxe qui semblait avoir grugé tout leur budget. Rien n'était particulièrement glamour même si certaines personnes rivalisaient d’imagination pour l’atteindre avec plus ou moins de classe. Le décor ? Pas de quoi ouvrir grand les yeux : les éternelles stations de maquillage disponibles pour le public, deux ou trois tables et un incontournable bar (ne manquait plus que le surexploité bar à bonbons … ). Ah oui, je ne vous parle pas de la cohue au vestiaire. En plein hiver, tout le monde suit le même rituel, n'est-ce pas: enlever les manteaux et les bottes, les mettre dans un sac plastique, etc. Eh bien, il semble que les organisateurs n’y avaient pas vraiment pensé. J’ose espérer que les éventuels acheteurs qui s’étaient déplacés avaient été reçus avec un peu plus d’élégance. 

Cette 25e présentation semble ne pas avoir fait exception si j’en juge les échos. C’est ce qui arrive quand une même recette revient dans l’assiette, ça sent le réchauffé. Et ça a chauffé fort cette année puisque le gouvernement a décidé de couper dans les subventions versées à Groupe Sensation Mode, producteur des principaux événements mode en ville (100 000 dollars au lieu de 250 000). Alors, la grande nouvelle est tombée la semaine dernière : le Festival Mode & Design (défilé extérieur de collections de marques présentes dans les centres commerciaux du centre-ville) et la Semaine de mode Été fusionneront pour se dérouler dorénavant simultanément en août. Ça, c’est de la grande nouvelle, n’est-ce pas ? Ben oui, on reçoit moins d’argent ? Pas de problèmes, on rationalise…

Pourtant, n’aurait-il pas été le moment de peser sur le bouton « Stop », plutôt que de tenter de faire du nouveau avec du vieux ? N’aurait-il pas été le moment de faire enfin preuve d'humilité et de reconnaître que l’on n’a peut-être pas les moyens de nos ambitions, celles de vouloir jouer dans les platebandes de Toronto, New York et même de certaines capitales en Europe. Mais a-t-on vraiment besoin ou envie de rivaliser avec ces villes ? Montréal n’est pas un berceau, mais la métropole peut avoir sa propre vision de la mode et de sa mode, et décider de la célébrer autrement que par les traditionnels défilés.

Avant tout, il est grand temps de trouver des moyens rapides, concrets et efficaces pour redorer le blason de notre mode auprès du grand public, en tant que véritable art et pas seulement en tant que valeur marchande.  Des moyens pour  démarquer le savoir faire de nos créateurs et notre savoir être sans avoir recours à des talents d’ailleurs pour mousser nos événements (il n’y a pas que Jean-Charles de Castelbajac, invité VIP du Festival Mode & Design cet été qui sait offrir un show déjanté - pourquoi être aller chercher un créateur français, aussi doué soit-il ?).

Faisons table rase du passé, sachons réunir autour de la table des personnes expertes et visionnaires (pas seulement des technocrates) et définissons enfin le « je ne sais quoi » de la mode du Québec.
 
Puisque Montréal est un croisement des cultures et des styles nord-américain et européen, ne serait-ce pas là le début d’une piste pour un nouveau branding ? Puisque Montréal est une ville de créateurs en tous genres, ne pourrait-on pas intégrer des événements de mode (intégrant des productions en arts visuels des créateurs d'ici) dans des festivals comme par exemple Osheaga en été et Igloofest en hiver ? Et, surtout, ne pourrait-on pas utiliser une partie des fonds publics pour appuyer aussi nos créateurs dans leurs démarches de rayonnement à l'étranger.

Parce que Montréal le vaut bien.

01 septembre 2013

Mon samedi parmi des Arabes

On vient d'apprendre qu'une mosquée a été vandalisée au Saguenay. Le ministre Drainville vient de faire sa job en dénonçant par voie de communiqué cet acte de violence. On vient de faire la preuve d'une politique de bas étage...

La future Charte des valeurs québécoises n'est pas encore présentée que la fuite dans les médias de son annonce prochaine fait beaucoup de vagues, notamment dans les réseaux sociaux. Cet événement fâcheux à Saguenay vous étonne ?  Moi pas, tant la violence des propos sur le Web donne le pouls d'une montée de lait collective. Le premier et seul article à ce jour que j'ai écrit en tant que nouvelle blogueuse invitée sur le Huffington Post Québec, intitulé Un vent mauvais sur le Québec, m'a ainsi valu des commentaires méprisants et même haineux. Certains internautes, anonymes pour la plupart, allant jusqu'à remettre en question mon droit d'opinion étant donné mon statut d'immigrante. Et même pire, étant donné mon statut d'immigrante d'origine française...

Bien entendu, ma petite opinion ne vaut pas plus que celles des autres et j'ai tendance à être un peu naïve pour certains si l'on tient compte de mes petites anecdotes de Montréalaise d'adoption et de coeur. Car cette ville, je l'aime pour ce qu'elle est, et j'affirme haut et fort qu'au delà de son insularité, elle affiche véritablement une identité qui lui est propre, soit celle d'un espace public qui crée des ponts, de grands ceux-là, entre les diverses communautés culturelles qui l'occupent.

Idéaliste et humaniste, j'aime en effet m'attarder sur des images du quotidien, qui seront d'Épinal pour certains ou des clichés pour d'autres. Aussi, je déteste le jugement et les préjugés (une aversion que je dois à ma grand-mère pour qui il était inacceptable que je fasse entrer dans la famille un allemand - un boche (même si je pouvais comprendre le poids de la guerre sur sa génération) ou un arabe - un bougnoule; je me suis toujours promise de ne jamais sombrer dans de telles dérives xénophobes).  Des préjugés que je lis malheureusement en grand nombre dans les discussions autour de la future charte où l'on a tendance à associer automatiquement et sournoisement le voile, la religion musulmane et le danger sur les droits et libertés au Québec.

Bref, tout ça pour dire que j'avais envie de partager avec vous deux anecdotes vécues cette fin de semaine et qui, à mon avis, témoignent de ce mode de vie spécial « Montréal » qu'il est important de préserver parce qu'il témoigne de l'identité d'une ville unique en son genre. Suffit de voyager ailleurs pour le voir et l'admettre.

Samedi après-midi dans le rayon lingerie d'un grand magasin du centre-ville de Montréal. Dans le rayon des soutiens-gorge et des petites culottes, c'est un peu le foutoir. Mais il y a là une femme - teint foncé, voile et robe assez longue - qui s'affaire à remettre de l'ordre dans les rayons.  J'entends aussi une femme qui rappelle à l'ordre - en français - ses petites filles qui se taquinent et partagent leur opinion sur la marchandise: « regarde, maman, il est beau celui-là, hein ? ». L'employée du magasin et la cliente (elle aussi porte un voile qui cache uniquement ses cheveux) se croisent. Elles se mettent à se parler et la « maman » demande à l'autre la façon dont elle avait obtenu son travail. Elles ont le temps de se demander leurs origines. L'une venait de Somalie et l'autre de Syrie. Avec l'information en mains, la maman a continué de magasiner sa lingerie pendant que son mari attendait quelques mètres plus loin, comme le font souvent bon nombre d'hommes qui accompagnent leur blonde. Quelques minutes plus tard, c'est une femme d'une cinquantaine d'années d'origine asiatique qui me demande mon avis sur le choix d'un 34 B considérant la taille de sa poitrine qu'elle me pointait au cas où je ne savais pas où elle se trouvait. « Oh, vous savez, madame, entre un 34B et un 36B, il n'y a pas vraiment une grande différence ». Comme quoi, sur la planète lingerie, la quête de l'idéal est universelle...

En soirée, je me suis rendue chez Leila, Russo-algérienne, pour fêter l'anniversaire de Saloua, Tunisienne d'origine, en amour depuis peu avec Raffi, venu de Syrie. Se trouvaient à cette soirée, Nadia et Karima, Marocaines toutes les deux, ainsi que Radia, Algérienne également et son mari Amin (Kabyle). Ne manquaient que Samira, Algérienne également, mère de deux beaux enfants dont le père Fabio est Cubain, pour compléter le tableau. Hyper féminines jusqu'au bout des ongles, aucune ne porte de voile. Elles parlent un français impeccable - en plus de leur langue d'origine et de l'anglais - et occupent des postes clés dans les domaines de la finance, de l'architecture ou du pharmaceutique. Leur point commun ? Une fierté de leurs origines, un amour pour leur langue et un plaisir évident à partager leur culture (cuisine, musique, parcours de vie). Samedi soir, j'ai vécu dans un salon du centre-ville, une expérience d'interaction humaine et d'ouverture sur l'autre et ce, sans même franchir de frontières.

Dans notre monde de brutes, c'était là ma petite pause poétique du dimanche soir. Spécialité de Montréal.

11 août 2013

Pas actif sur les réseaux sociaux ? Dommage pour vous...

Il y a quelques années encore, le monde des communications et du marketing avait ses niches à experts. Il y avait des spécialistes des relations publiques, des attachés de presse, des conseillers en communication interne ou externe, des concepteurs-rédacteurs, des pros du marketing ou des affaires publiques. Puis, les métiers ont dernièrement évolué à la vitesse grand V avec le développement des nouvelles technologies. Il faut désormais maîtriser les outils du web, tenir éventuellement un blog et l'alimenter régulièrement, être actif sur les réseaux sociaux et avoir une connaissance approfondie des applications d'une communication 2.0 qui a tendance à brouiller les cartes. Tellement que l'on s'y perd un peu.

Voici l'exemple d'une description de tâches que j'ai lue récemment pour un poste de conseiller, communications et marketing (non, non pas de gestionnaire ou de directeur(trice)...). « Élaborer des stratégies de communication, superviser les services de l'agence de relations publiques, coordonner les entrevues avec les journalistes, mettre sur pied une liste de presse, faire une veille médiatique, rédiger des communiqués de presse, élaborer des scénarios pour des formations en ligne, développer des concepts de capsules vidéos pour différents auditoires, élaborer des stratégies de communication interne et les superviser, rechercher les sujets et rédiger le contenu du bulletin hebdomadaire interne, coordonner la production de publicités, faire le suivi des parutions publicitaires, coordonner la traduction des contenus, collaborer à la rédaction d'offres de services, réviser et améliorer si nécessaire des documents de présentation de conférences ou de formations, gérer les demandes de commandites, coordonner la production de matériel si nécessaire (objets promotionnels, affiches), faire le suivi des budgets. ».

Le service du café, avec ça ? J'exagère un peu mais tout semble lancé dans le même panier, vous ne trouvez pas ? Marketing, communications, relations publiques, commandites. Ne manque plus que la gestion des réseaux sociaux qui doit certainement être incluse dans l'élaboration des stratégies de communication. Je pourrais ajouter que la perle rare qui décrochera ce poste fourre-tout devra avoir un sens politique hyper développé, une très grande capacité d'analyse et de synthèse, des capacités exceptionnelles en gestion de projets, et une maîtrise parfaite des deux langues officielles (français et anglais) tant à l'oral qu'à l'écrit. Ah oui, j'allais oublier, elle devra être active sur les réseaux sociaux (pas seulement avoir quelques connaissances), et être disponible à l'occasion pour travailler en soirée ou les fins de semaine. Petite parenthèse au sujet de la maîtrise des deux langues officielles: je me permettrais ici d'affirmer que, malgré les propos frileux de nos politiciens, Montréal est bien une ville bilingue et le monde du travail ne fait pas exception. Ainsi, tous ceux et celles qui envisagent d'immigrer prochainement devraient être informés que le français est certes la langue du Québec, mais l'anglais suit de très très près derrière. Ils devraient être informés car ils pourraient être surpris de constater, lors d'un processus d'embauche, que leur niveau de bilinguisme est parfois davantage « scruté à la loupe » et plébiscité que leurs compétences et expertise. Car c'est de plus en plus le cas dans le domaine des communications. Permettez-moi de vous raconter cette petite anecdote. Dernièrement, j'ai eu une entrevue dans un important organisme culturel fédéral dont les bureaux sont situés dans le Vieux-Montréal (à vous de deviner). Dans une austère salle de réunion dans laquelle je fus accueillie par trois représentantes de la gent féminine, j'ai eu immédiatement l'impression que j'allais passer « au cash ». En plein dans le mille. « Pourquoi pensez-vous être la candidate idéale pour le poste ? », telle fut la toute première question que l'on m'a posée. À l'heure des nouvelles expériences 2.0 notamment dans le monde du travail, pas fort de commencer par une question vieille comme le monde. Comme le furent toutes les autres d'ailleurs. Par la suite, la discussion a bifurqué en  anglais. Bon, je l'avoue, j'ai un accent franchouillard dont je n'arrive pas à me débarrasser et qui peut brouiller les perceptions.  Toutefois, je considère que je parle anglais et que je l'écris même assez bien dans le cadre de mes  fonctions « fonctionnelles » quotidiennes comme l'envoi de emails, l'intervention dans des réunions,  ou lors de conversations téléphoniques. En revanche, jamais je n'avancerai le fait que je maîtrise la langue anglaise pour la rédaction d'outils de communication externe à incidence élevée (communiqués, brochures, contenus web, allocutions, etc.). Désolée, mais dans mon cas, la créativité ne peut passer que par mon coin de cerveau francophone. C'est d'ailleurs ce que je me suis permise de préciser (bien entendu, pas dans ces mots) par honnêteté lors de mon entrevue. Eh bien, on m'a fait comprendre à demi mots que la maîtrise des deux langues était préférable car « vous comprenez, les traducteurs, ça coûte cher ». Next ?

Je ne voudrais surtout pas que vous pensiez que je suis acerbe, frustrée, ou en mal d'attention. Je voulais simplement partager avec vous un constat qui est partagé par quelques amis et collègues du milieu. Crise et manque de budget, faible ou faible niveau d'intérêt ou de connaissances des différents corps de métier dans le domaine des communications expliquent peut-être cette tendance de plus en plus grande à retenir les services d'une personne qui saura tout faire. Parfois au détriment d'un haut standard d'exécution. Prenons par exemple la qualité de l'écriture ou de la rédaction de contenus de sites internet, de publicités, de brochures ou de magazines laisse à désirer et où le choix des mots est bien souvent loin de faire le poids. Avez-vous vu cette annonce dans le métro « La banlieue, c'pas pour moi » ? Ah, quand la paresse intellectuelle se généralise...

Est-ce « tout et n'importe quoi » qui en démoralise plus d'un dans l'univers des communications où, justement, celles-ci se font de plus en plus difficilement ou de façon bancale ? Je ne compte plus les personnes autour de moi qui envisagent de quitter un poste acquis et bien rémunéré pour se lancer à leur compte malgré l'éventuel risque de précarité qui les attend. Une drôle de contradiction alors que l'on a jamais eu autant de bons conseils et de guides vers l'accomplissement personnel : les 10 règles pour libérer votre potentiel, le top 11 des meilleures stratégies en marketing, les 12 conseils pratiques pour réactiver et libérer votre imagination, le top 20 des meilleurs «influenceurs » sur le web, etc. Alors que faire ?


Vous ne serez pas surpris si je vous dis que je n'ai pas de solution miracle. De toute façon, je suis mal placée pour le faire alors que j'ai moi-même choisi de vivre une transition de carrière au-dessus d'un grand vide et au prix de grands sacrifices. Ce n'est pourtant pas parce que je me sens dépassée. Me considérant un dinosaure dans les nouvelles technologies, je suis parvenue à être active sur les réseaux sociaux et je m'efforce de suivre de près le mouvement 2.0 sans être une experte (mais qui peut vraiment se considérer expert d'un concept dont les applications ne cessent d'évoluer...). Forte d'une riche expérience, je considère aussi avoir un bagage à valeur ajoutée pour n'importe quelle entreprise ou marque. Pourtant, je suis en réflexion. Quelle est l'expertise que je souhaite mettre de l'avant ? Est-ce bien dans ce domaine en mutation que je veux poursuivre ma route ? Quel est le type de poste qui m'inspire vraiment ? Et où ? C'est ce qu'on appelle la crise de la quarantaine, j'imagine. Je n'arrête pas de réfléchir.  En attendant, je lancerai la suggestion suivante: celle de revenir à l'essentiel en démontrant de la délicatesse envers ses pairs. Retrouver le sourire, demeurer authentique, respecter les idées des autres, motiver et encourager. Cessons un instant de suivre les concepts, conseils et gourous de l'heure qui inondent nos réseaux de communication. On pourra y revenir et les appliquer pour « réinventer » (mot à la mode) tout un monde de communications uniquement lorsque le terrain sera débroussaillé et propice à de nouvelles façons de faire. Or, si l'on en juge les commentaires cyniques et découragés sur l'expérience en entreprises, on est encore loin du compte.

Qu'en pensez-vous ?

05 août 2013

Faites votre prière pour Montréal

« C'est ben beau faire des voyages, pis dire qu'on s'inspire et qu'on peut faire la même affaire, mais moi, tout l'été, j'ai voyagé à Montréal. Je l'aime pour sa diversité. Il y a des belles choses et je veux qu'on travaille dans le respect de cette belle diversité. » Voilà quelques-uns des propos du candidat-qui-sait-parler-au-bon-peuple, Denis Coderre, rapporté dans un article sur le site de TVA Nouvelles Denis Coderre critique la vision de Luc Ferrandez. Celui-ci réagissait à la recommandation que Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal, avait faite à son retour de voyage en Europe aux conseillers de la Ville et au gouvernement québécois, qui est de s'inspirer de l'architecture et du design du Vieux Continent, notamment en ce qui concerne les transports en commun.

Mais d'où vient-il, Monsieur Coderre, alors qu'il affirme qu'il a « voyagé » à Montréal ? Est-ce  cette diversité dont il parle qui lui a donné cette impression de voyager ? Il est vrai que notre ville doit être une de ces rares métropoles où tant de ressortissants du monde entier et de cultures se mélangent. Une particularité dont elle peut être fière. Bon, pour revenir à la sortie dans la presse de monsieur Ferrandez, elle n'était certes pas la plus réfléchie car l'herbe est toujours plus verte ailleurs, mais elle a eu le don encore une fois, comme le font ses initiatives dans son arrondissement, de provoquer la réflexion. Il est vrai qu'en Europe, le réseau de transports est formidablement développé, en comparaison avec les nôtres qui sont si bancals et semblent même tomber en ruines dans certains cas. 

Avez-vous lu cette sortie de monsieur Coderre ? Qu'en pensez-vous ? Pour ma part, je suis dépitée, démoralisée, et même scandalisée car si la tendance se maintient au même niveau que cette première remontrance (ou comme le tollé que Marcel Côté, autre candidat à la mairie, a déclenché en flanchant sur le sempiternel sujet du bilinguisme de Montréal), on va encore assister à une guerre de clocher dans ce village que deviendra notre ville si elle reste figée dans ses démons, ses complexes, ses obstacles, ses intrigues. Je me demande même s'il n'est pas trop tard. Petite parenthèse, on s'interroge toujours et encore sur le bilinguisme certain de Montréal mais personne ne remet en question le niveau de langue de monsieur Coderre. Oui oui, je sais, c'est pour mieux communiquer avec le bon petit peuple...


Vous souvenez-vous de cette excellente publicité de L'archevêché de Québec qui invitait les automobilistes à faire leur prière avant d'emprunter le pont Champlain ? Eh bien, je crois que c'est le moment de faire la nôtre pour avoir pour maire un homme ou une femme de conviction et de vision. Pour ma part, puisqu'on utilise souvent ces mots à la mode que sont « vie démocratique » ou « parole citoyenne », et parce que je ne « voyage » pas à Montréal mais que j'y vis, je me permettrais de contribuer bien humblement à la course à la mairie de Montréal en suggérant quelques petits conseils aux candidats.

Avant tout, les généralités :
  • Ne plus répéter ad nauseam les mots «diversité», «créativité», «fierté». À force de se péter les bretelles ou de se reposer sur nos lauriers, on ne se remet plus en question et on avance plus. Prenons l'exemple du Festival Mode & Design. Dernièrement, j'ai entendu à la radio Jean-François Daviau, co-président et fondateur de l'événement, affirmer que Montréal était un chef de file (sic!) dans le monde de la mode en Amérique du Nord alors que tout le monde sait que nos créateurs crèvent la dalle et que nos détaillants vont en baver avec des concurrents américains qui  débarquent.
  • Ne pas affirmer ou rappeler qu'ils aiment Montréal. Nous l'espérons bien ! C'est comme si un coiffeur annonçait qu'il coupe les cheveux. 
  • Plus capable d'entendre les verbes d'action «réinventer», «revisiter», «renouveler» dans des discours surfaits. Peut-être est-ce encore le jargon de certaines agences de communication mais je n'en suis pas si sûre. C'est comme l'expression « l'art de... », servie à toutes les sauces et qui ne veut plus rien dire.

Maintenant, les attentes :
  • Les infrastructures routières et les transports en commun : c'est l'objectif Nr. 1 !!! La première priorité, comme disent justement les politiciens. La ville étouffe et ses habitants qui y habitent aussi. Peut-être pas ceux et celles qui y transitent et qui pensent que Montréal est pollué, sale et dangereux. Comme si ces fléaux ne traversaient pas les ponts. Outre la fluidité de la circulation, c'est aussi un enjeu de sécurité publique. Ne pas attendre un triste événement semblable à celui de Lac-Mégantic. Car si un pont devait s'écrouler, on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas... Le prochain maire doit arrêter de vouloir plaire; il doit mettre ses culottes, entouré d'experts, analystes et conseillers de haut calibre. On le sait bien que l'argent ne tombe pas du ciel, et qu'il va bien falloir le prendre quelque part au prix de sacrifices des uns et des autres. Que l'élu(e) revienne à l'essentiel, fasse des calculs et pige dans les caisses ou dans les portefeuilles mais, de grâce, qu'il amorce enfin des projets de construction de nouvelles rames de métro, de tramways ou de trains de banlieue. Notre fleuron national, Bombardier, pourrait certainement nous faire un bon prix, non ?
  • Des logements abordables et de qualité en ville. C'est bien beau toutes ces tours ultra modernes, branchées et hors de prix qui poussent comme des champignons au centre-ville (vous voyez, il y a de l'argent quelque part ou quelqu'un s'en met plein les poches). Ça élève le standing de Montréal en tant que grande métropole. Mais il ne faut pas oublier une tranche de plus en plus grande de la population qui en bave vraiment pour joindre les deux bouts. L'Est contre l'Ouest, ça ne fait pas un tissu social ben ben fort. Aujourd'hui et demain.
  • Les hausses de taxes et tarifs pour les Montréalais. Vous l'avez certainement constaté vous-même, tout est devenu très cher à Montréal (loyers, épicerie, restaurants, visites au musée, etc.). Exemple ? On nous annonce que les taxes scolaires vont encore augmenter parce que le seul endroit où piocher l'argent soi-disant manquant est le portefeuille du contribuable. Comprenez-vous, il faut bien reconstruire ces écoles remplies de moisissures qui rendent nos enfants malades au lieu de leur donner le goût d'apprendre... Je pense que là aussi, il y a des murs, ou des silos comme on veut, à abattre, des processus ou des procédures à dépoussiérer et surtout un gros ménage à faire dans les bureaux et même dans les placards. Ouste, les acquis pas si bien acquis...
Bref, on a besoin d'un maire qui aura une tête sur les épaules et des couilles où vous savez (le masculin est utilisé ici pour alléger le texte). Le premier débat entre les candidats à la mairie aura lieu le 16 août prochain à 20 h, à l'École d'été de l'Institut du nouveau monde (INM), à l'amphithéâtre du Pavillon Sherbrooke de l'UQAM. Entrée : 10 $ (nombre de places limité; premiers arrivés, premiers servis).

Vous y serez ?


01 août 2013

Mais on se fout de la robe blanche de Judith Lussier !

J'hallucine ou quoi ? Vous l'avez peut-être entendu, mais savez-vous ce qui a fait les choux gras sur les ondes de deux stations de radio (peut-être d'autres mais je ne les ai pas écoutés), soit l'émission Médium large avec l'excellente Isabelle Craig à la Première chaîne de Radio-Canada, et l'émission de Marie Plourde au 98,5 FM (en compagnie de la journaliste Judith Lussier et de la chroniqueure et auteure Geneviève St-Germain) : la robe blanche que la journaliste Judith Lussier (oui, la même) aimait tant, mais qu'elle ne portera plus à cause des hommes...

Tout a commencé par un article que la journaliste a écrit sur le site Internet du magazine Urbania. Intitulé La robe que je ne porte plus pour une raison X, elle raconte la terrible épreuve qu'elle a vécue tout récemment vêtue de sa robe blanche. Permettez-moi de partager avec vous quelques passages de son article : « Je ne la mets plus parce que j'ai l'impression qu'un mémo est passé à l'effet qu'une robe blanc cassé sur une fille blonde donnait l'autorisation aux gars de siffler la file, toucher la fille, la dévisager, la violer du regard (avec la langue qui sort un peu de la bouche), ou lui faire des compliments déplacés. Je ne me suis pas sentie bien, je n'ai plus jamais remis la robe. »Un autre passage ? « La plupart du temps, parce qu'ils me mettent dans cet état de terreur, ces compliments (quand ce ne sont que des compliments) détruisent ma journée ». Fin de citations.

Lorsque je lis l'article, j'ai l'impression que madame Lussier a rencontré des violeurs en série à chaque coin de rue. Elle s'est fait sifflée et elle n'aime pas ça ? Qu'elle passe son chemin, c'est fini et on en parle plus. On lui fait des remarques désobligeantes ? Eh bien qu'elle relève la tête et dise haut et fort aux malpropres de se taire. Dans notre univers urbain, il y a quand même assez de monde autour de nous pour créer un mini scandale. Elle s'est fait toucher ? Qu'elle appelle la police ! Trop facile de vider son fiel dans un article en reprochant aux hommes de baver la bouche ouverte (dis donc, elle devait être bien jolie pour déclencher autant de réactions en ligne)...

Madame Lussier use de termes comme « violer », « terreur », ou « je me sens exactement comme lorsque j'étais la cible d'intimidation au primaire ». Allez hop, brassons large pendant qu'on y est: Intimidation, égalité hommes-femmes, machisme avec l'éternel cliché des gars de la construction, les Fémen, les différences entre les générations d'hommes, etc. Voyez-vous tout ce qu'une petite robe blanche peut déclencher comme « gros débats » au Québec...

Je dirais à madame Lussier qu'elle a bien de la chance d'être terrorisée pour si peu de choses. Je suis certaine qu'un bon nombre de femmes dans le monde aimeraient être confrontées à ces « violences urbaines » plutôt qu'à celles qu'elles subissent chaque jour et qui en sont vraiment. Or, nous vivons à Montréal, une ville bien paisible et où la relation hommes et femmes est somme toute fort respectable. Je conçois que certaines situations de « drague déplacée » sont insupportables. Or, des robes blanches ou à fleurs, des shorts ras-les-fesses, des décolletés de plus en plus plongeants, on en voit aux détours de chaque rue en ville en été; j'ose espérer que toutes ces femmes et ces jeunes filles ne sont pas terrorisées à chaque regard ou sifflement admiratifs. Sinon, les designers de mode ont du souci à se faire si elles réagissent comme madame Lussier.

Entre parenthèses, je me demande si certaines des chroniqueuses-journalistes-animatrices outrées aujourd'hui ont déjà collaboré avec des magazines féminins, ceux-là même qui promeuvent une image de la femme qui est loin d'être une religieuse... 

Bien entendu, il y a des hommes grossiers, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais franchement, ce n'est pas à Montréal que les hommes sont les plus dragueurs. Dernièrement, j'étais à la piscine avec une amie, nous avons eu le plaisir de voir deux charmants hommes s'installer près de nous. Il y a bien eu certains regards échangés mais sans plus. Je ne suis pas une beauté fatale, loin de là, alors quand un homme me lance un compliment dans la rue, je dis tout simplement « merci » et je poursuis mon chemin. Petite anecdote de la semaine dernière: j'écrivais un texte dans mon carnet sur un banc au Parc Lafontaine, je ne portais pas une robe blanche mais bleue assez courte (c'est l'été, on en profite quand même !). Un jeune homme était assis sur un banc adjacent. Je me suis levée et je suis passée devant lui. Il a enlevé son écouteur de son oreille et m'a lancé « Vous avez de très belles jambes ». Hey, ça prend du courage, non ? Je lui ai gentiment répondu « merci » avec un beau sourire et j'ai poursuivi mon chemin. Si j'avais été intéressée à poursuivre la conversation, la balle était dans mon camp, il m'a laissé toute la latitude pour décider de la suite des choses. Égalité il y avait.

Alors, s'il vous plaît, mesdames qui êtes profondément choquées par le comportement de certains hommes (pas tous), n'en faites pas tout un plat, surtout pas par le biais des médias qui doivent servir à autre chose. Vous ne trouvez pas qu'un petit air de flirt en ville ferait du bien ? Ça pourrait éventuellement rapprocher ces deux solitudes que sont les hommes et les femmes qui ne savent plus trop comment s'aborder. Des compliments anodins feraient certainement du bien au coeur et à l'égo des esseulées qui ont perdu l'habitude d'en recevoir à tel point qu'elles finissent par se considérer super moches. Et puis entre nous, les filles, rien ne nous empêche de lancer des compliments aux mecs. À ce titre, je n'ai pas trop de soucis à me faire pour la gent féminine québécoise qui n'a aucune leçon à recevoir pour confronter les hommes, petite robe blanche ou pas.