07 juin 2013

Une fille, ça se commande comme une pizza...

Beaucoup de personnes semblent être surprises et sous le choc après leur lecture de l'article percutant intitulé « Adolescentes en péril », signé Isabelle Hachey et publié dans le journal La Presse du 6 juin dernier. J'en fais partie. Plusieurs phrases chocs ponctuent l'article dont les faits donnent en effet envie de vomir : « Une fille comme une pizza », « Montréal est la Mecque de l'industrie du sexe en Amérique du Nord », « Chaque année, au retour du Grand Prix de F1, de nombreuses adolescentes sont poussées à fuguer par leur proxénète afin de combler les besoins des touristes sexuels qui débarquent en grand nombre à Montréal ».

Cela m'a fait penser à l'envers du décor d'un autre grand événement international qu'est le Festival de Cannes. Naïve que je suis, je suis réellement tombée en bas de ma chaise quand j'ai lu tout récemment que la prostitution de luxe fait véritablement fureur pendant toute la durée du festival du cinéma et ce, depuis plusieurs années. Ainsi, cent à deux cents escortes débarqueraient chaque année sur la croisette combler les désirs d'hommes richissimes dont certains, fort « accueillants », peuvent recevoir dix filles sur leur yacht bling-bling amarré au large. Les soirées commencent dès 22 heures, les escortes attendent dans les halls des hôtels que les clients les repèrent et, quelques minutes plus tard, elles ont en mains le numéro de la chambre (remis par leur patron) où elles sont attendues. Elles peuvent être rémunérées jusqu'à 40 000 dollars pour une nuit. Leur « salaire » leur est remis sous une enveloppe cachetée avec le mot « cadeau » inscrit sur le dessus. Les directeurs d'hôtels, les restaurateurs, les concierges, les organisateurs du Festival, les policiers, feignent d'y prêter attention et sont, par conséquent, des complices indirects. Pourquoi en faire tout un plat puisque tout le monde est content, hein... ?

Pour revenir à notre belle ville de Montréal, même si le problème est le même et se résume à un seul mot, prostitution, mon dégoût se fait encore plus grand. Et en même temps, je ne suis pas surprise par ce que j'ai lu dans l'article de madame Hachey. Il faut dire que j'ai, a priori, une aversion pour  ces courses automobiles devenues révoltantes en ces temps de destruction massive de l'environnement et de pénuries de tous genres dans un nombre de plus en plus grand de pays, y compris occidentaux.  Rôdent aux alentours toute une faune de personnages, hommes et femmes plus ou moins classes qui perpétuent cette relation nébuleuse entre la femme et la grosse voiture, trophées d'hommes qui ont un manque (ou un excès) de testostérone. Parenthèse, j'aimerais vraiment bien savoir, considérant les folles dépenses en tous genres un peu partout au centre-ville, quelles sont les retombées financières exactes pour Montréal et ses citoyens. Quelqu'un pourrait-il répondre à la question, à moins que ce soit pas trop facile parce que tout un chacun s'en met un peu dans les poches... ?

Alors, pourquoi mon dégoût est-il plus grand pour les prostituées de F1 que pour celles de la croisette ? Peut-être parce la prostitution à Montréal ne se cache pas une fois par année dans le hall d'hôtels cinq étoiles ou sur des yachts de luxe. Entendons-nous bien, je ne cherche pas à mettre des degrés d'importance sur ce fléau qu'est l'exploitation sexuelle. Elle est aussi grave à Cannes, à Phuket ou à Montréal. Ce que je tente d'expliquer, c'est que si Montréal apparaît comme une destination majeure pour le tourisme sexuel dans un rapport sur la traite des personnes publié par le département d'État des États-Unis, c'est que l'exploitation sexuelle fait partie intégrante de notre paysage urbain depuis bien longtemps; tellement que nous n'y faisons plus attention et qu'elle entraîne des hommes et des femmes de plus en plus jeunes. Beaucoup trop jeunes.

Ici, les salons de massage (200 à Montréal) ou les bars de danseuses ont pignon sur rue tout comme l'ont un dépanneur ou un quincailler. Il y a rien là... Beaucoup de femmes et de plus en plus de mineures - souvent en détresse - sont manipulées et utilisées comme objets sexuels dans ce genre de lieux devenus véritables marques de commerce et dont les seuls gagnants sont les proxénètes. Pour revenir au Grand Prix qui a lieu ce weekend, une phrase m'a particulièrement choquée dans l'article de madame Hachey : « Les clients, ce sont des messieurs Tout-le-monde. Ils ne sont pas pédophiles, mais ils cherchent de très jeunes femmes. Parfois, ils ont des doutes sur l'âge de la fille, mais au lieu d'agir, d'aider, ils se contentent de satisfaire leurs besoins » selon Madame Philibert, à la tête du projet Mobilis, un centre qui vient en aide à des jeunes aux prises avec la problématique des gangs de rue. Des Berlusconi du pauvre.

Il y a réellement péril en la demeure car l'enjeu de la prostitution à Montréal n'a rien de glamour; plutôt qu'une prostitution de luxe, on vit ici une prostitution de misère. Une autre conséquence du désoeuvrement et de la pauvreté d'une frange de plus en plus grande de la population. Il est grand temps aussi de cesser de jouer à l'autruche en tant que société, car l'hyper-sexualisation des jeunes femmes - de plus en plus jeunes - s'affichent dans toutes nos rues. Avez-vous remarqué qu'il y a de plus en plus de bandes de jeunes femmes qui arborent des tenues qui ne donnent aucun doute sur leur volonté de séduire et même plus lors de sorties en ville ? Fragiles sur leurs talons hauts, elles se donnent en pâture aux regards de certains hommes qui n'en demandaient peut-être pas tant. Mais comment pourrait-on leur en vouloir puisque c'est ce sont là des diktats de mode et de séduction qu'on vend à toutes les sauces. Difficile après de cultiver sa différence... 

Pour finir sur le sujet du fléau de la prostitution à Montréal, je me demande quand le pouvoir politique va mettre ses culottes (pour faire un mauvais jeu de mots considérant le sujet de cet article). Alors qu'on est en train de frapper fort sur le terrain de la corruption, peut-être pourrait-on faire la même chose sur celui de la prostitution juvénile. Misons moins sur des commissions ou des comités d'études, et donnons un peu plus de moyens et de ressources à la fois aux policiers, aux organismes et aux centres de jeunesse pour permettre une surveillance accrue et une intervention rapide sur le terrain. Vite.

05 juin 2013

Y a-t-il trop de Français à Montréal ?

Question provocante que je me permets de poser alors que l'auteur de ces lignes est elle-même issue de l'immigration française depuis dix-huit ans. Une expatriation de coeur car je suivais mon homme attiré depuis toujours pour la culture nord-américaine (comme je l'ai déjà raconté). 

À l'époque, ce grand départ s'est fait autour d'une grande fébrilité mais aussi d'une certaine angoisse face à l'inconnu. Je me souviens encore de mon conjoint qui me répétait sans cesse « prends des photos dans ta tête ». Pourquoi faire ? J'ai totalement ignoré ses conseils, impatiente de quitter cette France forcément nulle et qui, en plus, avait choisi de passer à droite avec l'élection de Jacques Chirac en 1995. Imaginez si cela avait été en 2002 avec un Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles...

Je l'ai déjà écrit plusieurs fois, quitter volontairement son pays d'origine, c'est facile au début. L'attrait de la nouveauté, les nombreux défis à relever, les nouveaux amis, etc. Puis, comme partout, la vie prend le dessus. On fait face éventuellement à des difficultés professionnelles, on doit payer ses impôts, on connaît des soucis financiers, une routine s'installe avec des périodes de joie ou de déprime, le plus grand fait des siennes, le plus petit fait ses dents, on vit des séparations ou des deuils. La vie quoi, qui prend les mêmes airs dans la plupart de nos pays occidentaux assez gâtés merci. Plus tard et même à intervalles réguliers, le manque du pays peut se faire sentir, manque de la famille (pour ma part, cela fait dix ans que je n'ai pas vu la mienne), on a des doutes sur notre décision, on a envie de revivre ce grand saut et d'oser recommencer une nouvelle vie. Ailleurs. Comme une fuite en avant...

Je vous raconte tout ça parce que j'ai lu un article dans le journal La Presse d'aujourd'hui, intitulé « Cohue pour s'expatrier au Québec ».  Ainsi, en raison de la situation économique catastrophique en France, un très grand nombre de Français voit en la province du Québec, une terre d'espoir et de promesses. Je peux les comprendre alors que le taux de chômage est de 10 % (en constante augmentation depuis deux ans) avec 4,79 millions de chômeurs et de gens sous-employés. Nombreux sont donc ceux qui envisagent de quitter l'Hexagone et de s'expatrier en Allemagne, en Australie, au Brésil ou au Québec.

Mais le Québec, c'est petit... Et ne nous voilons pas la face, une grande partie des immigrants de n'importe quelle origine choisissent spontanément de s'installer dans les villes de Montréal ou de Québec. Pour ma part, je me souviendrai toujours de ce conseiller en immigration qui nous avait dit ceci en 1995 « Le Québec, ce n'est pas l'eldorado ». Et il avait raison. Même s'il fait bon vivre au Québec, personne ne vous attend les bras ouverts, et il faut prendre le temps nécessaire pour y faire sa petite place. Certaines agences de placement me faisaient souvent la réflexion que certaines entreprises hésitaient à embaucher des Français car, en général, ils repartaient au bout de deux ans. À l'époque, il y avait donc déjà une certaine réputation...

Or, ce qui m'inquiète un peu quand je lis de telles articles, c'est que ces Français désespérés qui désirent venir au Québec ne viendraient probablement pas pour les bonnes raisons. En attendant que le tout revienne à la normale dans leur pays, un grand nombre de ces « réfugiés économiques » (je ne dis pas tous) viendraient uniquement chercher un répit de ce côté-ci de l'Atlantique. Un peu comme ces Mexicains qui viennent travailler sur nos champs pour nourrir leur famille ou ces Africains (que l'on dénigre tant) qui traversent la Méditerranée avec l'espoir de jours meilleurs. Mais à l'inverse des Africains qui vivent souvent une situation de non retour, la situation serait tout autre pour ces Français désespérés. Ainsi, je n'ai pas aimé lire le commentaire suivant de Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée des Français de l'étranger « C'est la même chose pour toute l'Europe. Pourquoi y voir quelque chose de négatif ? Quand le pays sera de nouveau en croissance, ils vont pouvoir revenir. ». Ben voyons, c'est si simple... 

Il y a déjà beaucoup d'accords d'échange de toutes sortes, notamment économiques, entre le Québec et la France. Je pense par exemple aux PVTs, ces permis vacance-travail d'une durée d'un an qui permettent à des Français âgés entre 18 et 35 ans de venir travailler au Canada sans trop d'embarras administratifs.  Les premières années du lancement de ce permis, les quotas étaient faibles. Or, depuis quelques années (le bouche à oreille a fait son oeuvre), c'est le boom et l'invasion avec des ribambelles de pvtistes qui débarquent dans la belle province.  On les croise au détour de nos rues ou derrière les comptoirs de commerces - les boulangeries Pain Doré ou Première moisson les apprécient beaucoup. Ça peut ressembler parfois à des petites colonies de vacances qui s'amusent à faire des comparaisons avec les us et coutumes français. Énervant même pour une « vieille » immigrante, alors imaginez pour un(e) Québécois(e) de souche...

Venir s'installer au Québec, ça doit être la finalité d'une décision mûrement réfléchie. C'est accepter de s'intégrer dans une société différente (et non pas parente éloignée), d'adopter ses façons de faire et, surtout, de faire preuve d'ouverture, d'humilité et de patience. À travail égal compétences égales et même un peu plus pour les Québécois qui sont pour la plupart bilingues, ce qui n'est pas toujours le cas des Français. Tout n'est pas parfait et la société québécoise vit ses propres soubresauts face à l'économie. Même si le taux de chômage atteint seulement les 7,8 %, il y a beaucoup de jobines ou d'emplois précaires. Les domaines manufacturiers ou de services professionnels connaissent des baisses d'activités avec des pertes d'emplois en conséquence. Le secteur culturel crie famine et le domaine des médias est une chasse gardée. Bien sûr, il y a des domaines d'activités qui sont en manque de main-d'oeuvre qualifiée comme l'aéronautique, le domaine industriel et les technologies de l'information mais il s'agit là de pénuries de travailleurs spécialisés. Dans ce cas-là, je comprends que si les démarches de recrutement n'ont pas permis de trouver les perles rares chez nous, on puisse élargir les recherches à l'international. Dont en France.

Bref, vous avez peut-être l'impression que j'encense un certain protectionnisme économique. Ce n'est pas du tout mon intention car je crois beaucoup à l'ouverture des frontières et à la mobilité internationale. Ce qui me préoccupe, c'est la chute brutale que peut représenter un espoir déçu. Ce qui se passe en Europe est dramatique et cela m'attriste. Toutefois, je ne pense pas que le Québec puisse se positionner comme un sauveur, et j'ose espérer que des organismes d'immigration comme Québec International qui a participé tout récemment à ce « Forum Expat » qui a attiré 3 000 personnes plutôt qu'aux 500 ou 800 prévues, exposent aux intéressés une vision honnête et réaliste du Québec. Car c'est la seule base d'un choix rationnel et d'une intégration réussie. 

30 mai 2013

Citation...

« Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage »
Périclès (v. 495 av. J.-C. - 429 av. J.-C.), homme d'État athénien

15 mai 2013

Vous avez les montres et nous, on a le temps...(j'adore)

Aujourd'hui, j'ai envie de partager avec vous quelques aphorismes savoureux. Une idée qui m'est venue par un proche qui m'en a transmis quelques-uns du regretté Pierre Desproges, comme ceux-ci :

« Il faut mépriser l'argent, surtout la petite monnaie »

« Il m'est arrivé de prêter l'oreille à un sourd. Il n'entendait pas mieux pour autant »

« De tous ceux qui n'ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent »

« Il vaut mieux se taire et passer pour un con plutôt que de parler et de ne laisser aucun doute à ce
 sujet »

J'en ai trouvé d'autres émis par-ci par-là :

« Vous avez les montres et nous, on a le temps » (proverbe africain)

« L'expérience est une lanterne accrochée dans le dos qui éclaire le passé » (Confucius)

« Celui qui fait comme tout le monde ne supporte pas que l'on ne fasse pas comme lui » (André Gide)

« La politique est l'art d'obtenir l'argent des riches et les suffrages des pauvres sous prétexte de les protéger les uns des autres » (Claude Michelet)

« Tous les hommes sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres » (Georges Orwell)

« Si l'on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d'attente » (Jules Renard)

« Quand on finit par être assez riche pour acheter une voiture de sport, on est devenu trop gros pour entrer dedans » (Orson Welles)

11 mai 2013

J'ai failli être arrêtée... parce que mon bus avait du retard

Samedi 18 h, au coin des rues Rachel et Saint-Hubert. Nous sommes deux à attendre notre autobus de la ligne 29 (direction Est) dont l'arrivée est prévue à 18 h 02. Plus que deux minutes, heureusement, car il fait un froid de canard après avoir fait près de 30 degrés ces derniers jours.

18 h 05, 18 h 10, 18 h 15, pas d'autobus à l'horizon. J'appelle le numéro de la STM. « Le prochain bus est à 18 h 32 » annonce une voix préenregistrée. Bien entendu, puisque les bureaux sont fermés, il est impossible de parler à qui que ce soit pour savoir s'il y a un problème sur la ligne ou si le passage d'autobus est exceptionnellement annulé ce samedi. Bref, nous allons devoir prendre notre mal en patience en regardant défiler les passagers bien au chaud dans leur véhicule.

Oh, mais que vois-je arriver à 18 h 21 ? Serait-ce notre autobus de 18 h 02 qui est en retard ou bien celui de 18 h 32 qui est en avance...? 

« Bonjour, y a-t-il eu un changement d'horaire ? » ai-je osé demander à la conductrice.

« Non. » répondit-elle sans plus.

« Alors, pourquoi avons-nous dû attendre 20 minutes » ai-je osé lui demander avec cette fois, je l'avoue, une pointe d'agacement dans la voix.

« Le trafic, madame. J'ai une demi-heure de retard sur mon horaire. » répondit-elle sans plus. Même pas un mot d'excuses. À prendre ou à laisser. Avais-je le choix ? Pas vraiment.

« Le trafic ? Quel trafic ? Je n'ai pas vu de trafic depuis le temps que j'attends. Enfin bref, j'imagine que  ça ne nous empêche pas de devoir payer, hein ? ». Après avoir payer mon dû, je me dirige vers une place.

Arrivée à destination, la situation se corse. Avant de descendre, et parce que je savais que j'allais utiliser la même ligne dans l'autre sens, j'ai osé poser la question suivante « Est-ce vous qui faites le circuit de la ligne 29 ? ». Elle me répond que oui. « Devrais-je compter 20 minutes de plus à l'horaire indiqué puisque vous êtes en retard sur le vôtre ? ». Je n'allais quand même pas patienter pour rien. Et là, je crois bien qu'elle a cru que je me foutais de sa gueule. Car la madame a décidé que dès le début, je l'ai apostrophée avec agressivité (et la pancarte - vous la voyez là - elle indique qu'il faut être gentil avec le chauffeur). D'ailleurs, elle me précise fièrement que je suis enregistrée : « vous voyez la caméra, là ? Je peux vous faire arrêter pour votre comportement. ». Ben voyons donc, elle blague. Mais non, elle avait déjà appuyé sur ses boutons de commande pour appeler des agents en renfort.  Malgré le ridicule de la situation, elle commençait sérieusement à me pomper, la madame.

Sans égard aux deux personnes dans le bus qui n'étaient pas encore arrivées à destination, elle a décidé de stopper son véhicule. Au diable le moteur qui tourne au ralenti pour rien, la madame avait été agressée, vous comprenez !!!! Si je l'ai bousculée ? Bien sûr que non. Si j'ai verbalisé ma frustration avec des mots déplacés ? Pas du tout. Si je lui ai manqué de respect ? Je ne crois pas. J'ai simplement osé relever une anomalie dans ce bon service que la STM est supposée donner à ses usagers. Elle a même refusé un passager qui désirait monter dans le bus. Eh non, jeune homme, vous ne montez pas qu'il y a ici un cas de force majeure qui m'oblige à interrompre le service, vous comprenez... Je commence à comprendre la raison pour laquelle il y a autant d'interruptions dans le métro.

Calmement (bon, j'avoue que je n'ai pas manqué de souligner le ridicule de tout ça), j'ai patienté avec elle pendant dix minutes car j'étais bien déterminée à donner ma version des faits à ces agents qui n'arrivaient pas. Cependant, comme personne ne se pointait à l'horizon et que j'avais d'autre chose à faire (avec tout ça, j'avais quand même été retardée de près d'une heure...), j'ai quitté les lieux en prenant soin de proposer à la madame pas contente de prendre mon nom. Je ne suis pas lâche quand même. Elle a refusé. Je suis partie. 

Ce nouvel incident est inacceptable, tout comme ceux que j'ai déjà moi-même vécus ainsi que des amis autour de moi. Vous vous souvenez, je vous avais déjà parlé de Daniel de Sherbrooke. Alors que des règles imposent la politesse envers les employés de la STM, aucune règle ne stipule que les  mécontentements des usagers sont légitimes quand il y a des failles dans le service. Qu'il s'agisse d'un retard inexpliqué, de la énième interruption de service du métro dans la même semaine ou de l'air buté d'un agent que l'on dérange dans sa lecture pour acheter son ticket. 

Je ne veux pas faire de généralités car il y a des employés de la STM qui sont charmants. D'ailleurs, on en reste surpris tellement c'est rare. On se dit qu'ils doivent certainement débuter... Bien sûr, il y a aussi des usagers exécrables ou même violents (comme on l'a malheureusement constaté avec l'agression gratuite d'un chauffeur d'autobus tout récemment). Cependant, ces événements sont fort heureusement rares, et la majorité se tasse sans rien dire comme du bétail dans des voitures bondées. Elle a le droit de recevoir un minimum de considération. Et cela inclut celui de demander qu'on leur explique la raison d'irrégularités. Et vous pouvez compter sur moi, messieurs et mesdames de la STM, je continuerai à le faire car il y a des limites à être de gentils moutons.  

05 mai 2013

Plutôt que d'être censuré, son vidéoclip aurait dû être encensé...

Faut-il mettre en scène systématiquement la violence pour réaliser qu'elle existe ? C'est la question qui m'est venue à l'esprit en apprenant le scandale du vidéoclip de la chanson College Boy du groupe Indochine. Un peu inquiète à l'idée que j'allais voir quelque chose d'extrêmement violent, j'ai choisi mon moment pour le visionner. « Suis-je donc devenue un monstre ? » me suis-je demandé par la suite, alors que je ne m'étais pas écroulée de peur devant toute cette violence... Pourtant, je crois bien que non. Je m'explique. Le travail de Xavier Dolan est encore une fois remarquable et son clip est d'une grande beauté. Il accompagne toutefois une chanson qui, selon moi, n'est absolument pas à la hauteur. 


D'habitude, je suis du genre pleurnicharde quand un sujet me touche (à la première du film Philadelphia, je pleurais déjà à chaudes larmes au générique d'introduction...); je fige de peur au moindre suspense et je suis incapable de voir un film d'horreur. Vous voyez le genre. Le vidéoclip College Boy est violent, certes. On nous prévient que la dernière scène est extrêmement difficile à voir. Une des raisons qui l'ont mis au banc des accusés. Pourtant, selon moi, ce n'est pas cette surdose d'hémoglobine (quelle bonne idée que ce noir et blanc) qui est violente. On en voit de telles au cinéma ou pire dans notre actualité. Non, la vraie violence du clip, elle se situe dans les yeux des personnages. Autant ceux pleins de méchanceté des bourreaux, que ceux teintés de tristesse de l'intimidé et ceux baissés ou bandés de témoins forcément complices. C'est cette violence qui nous en met plein la vue car elle nous renvoie en pleine face les dérapages de notre société. Ces dérapages que l'on ne veut pas voir.

Au lieu de cette censure décrétée par des organismes bien-pensants qui prétendent protéger nos jeunes d'images trop déstabilisantes, ce vidéoclip aurait dû être plébiscité pour qu'il serve de prétexte à une prise de conscience collective (ados et adultes), à la fois de l'absurdité de tels gestes et de l'hypocrisie qui entoure l'intimidation née du jugement facile des autres. Ces images-chocs sont tout aussi importantes que les campagnes télévisuelles payées à coups de millions de dollars par nos gouvernements au sujet des accidents du travail, de la route ou tout récemment de la santé mentale, devenus véritables enjeux de santé publique. Au-delà de la publicité qu'il sert sur un plateau d'argent à la sortie du nouvel album du groupe Indochine, ce vidéoclip en est une pour (r)éveiller les consciences. 

Quand la chanson aura fait son temps, parlera-t-on encore de ce fléau qu'est l'intimidation ? On peut en douter... À ce propos, vous aurez certainement remarqué que les scènes ont lieu dans un collège ou un lycée qui est loin de l'image de la polyvalente délabrée où s'entassent des jeunes à problèmes. Est-ce un parti pris de son réalisateur ? Peut-être. Il nous laisse ainsi le choix de décider, comme il le fait avec son «merci» de fin.

Pour revenir à la question précédente, on en reparlera malheureusement certainement à la prochaine catastrophe, celle d'un jeune qui aura décidé de nous planter là. Pourtant, bien souvent, des adolescents malmenés ouvrent une petite porte sur leur désespoir ou lancent à leur manière un appel à l'aide à une société qui, malheureusement, ne prête pas suffisamment attention à ses jeunes ou alors seulement pour les blâmer. Assimilée dans du spectacle médiatique, les gestes irréparables de certains d'entre eux laissent un goût amer et des annonces en grande pompe de bonne volonté. En complément des politiques, des procédures ou des mesures préventives, certes nécessaires, je propose donc ceci: ne détournons plus le regard, et plongeons-nous dans les yeux de ceux et celles qui nous entourent. Ces yeux qui disent tout avant même qu'ils n'ouvrent la bouche... 

01 mai 2013

À mes amis Français de France

Si on vous demandait de traverser une autoroute pas mal fréquentée les yeux bandés, le feriez-vous ? Bien sûr que non, à moins d'être suicidaire.

Alors pourquoi croyez-vous en grand nombre un parti qui vous dit qu'il est propre. Ça ne vous fait pas mourir de rire quand sa présidente affirme sans l'ombre d'un doute « je suis la lumière de l'espoir face aux Français plongés dans des temps obscurs » ? Ce sont des citations tirées de l'article Le FN se pose en vedette le 1er mai paru dans le journal Le Monde. Eh bien, il semble bien que bon nombre d'entre vous tombent dans le panneau car on peut lire que les sondages créditent le Front national de Marine Le Pen de 23 % des intentions de vote. Si une élection avait lieu aujourd'hui, celle-ci serait qualifiée au second tour devant le président de la République.

Amis Français, ne vous laissez pas embobiner par des belles paroles qui vous parlent de miracles, car ils n'existent pas. Même si la situation qui prévaut actuellement en Europe - et en France - est sans aucun doute très difficile à vivre au quotidien, personne n'est encore entassé avec des milliers de collègues dans un immeuble insalubre pour un salaire de misère. Même si on peut lui trouver toutes sortes d'origines nébuleuses ou de responsables cupides, il faut bien reconnaître que nous sommes un peu tous responsables de cette crise alimentée par une consommation débridée, des niveaux de vie parfois au-dessus des moyens, des records d'endettement personnel, et une attitude d'enfants gâtés par des programmes sociaux devenus trop généreux en période de disette. Savez-vous que, de ce côté-ci de l'Atlantique, on vous envie, «bande de paresseux» avec vos sept semaines de vacances par année alors que nous n'en avons que deux ? Avec un sourire au coin des lèvres, certains ne se gênent pas pour se péter les bretelles en affirmant qu'une telle situation n'arriverait certainement pas ici, comme si une crise ne peut pas traverser un océan...

Entendons-nous, je ne veux pas vous faire la morale alors que je vous suis de bien loin. Au contraire, je me sens vraiment triste de la descente aux enfers de ce projet fédérateur et humaniste qu'est cette Europe unifiée après des périodes de grandes guerres. Aussi, je vous rassure, je ne suis pas non plus une fille qui peut bien parler parce qu'elle roule sur l'or. Au contraire, j'ai vécu, il n'y a pas si longtemps, des périodes de chômage ou des baisses de salaires, ainsi que les sacrifices matériels et même alimentaires qui en découlent.

Tout ce que j'essaie de dire, c'est que le « nous » inclusif est dangereux, porteur d'un vent mauvais. Viser l'autre comme responsable de tous les maux - surtout quand il est différent - c'est le remède facile pour se voiler la face. Surtout quand on pense que ces étrangers (pour la plupart Français), soi-disant voleurs de jobs, vivent certainement une situation tout aussi précaire. Ils ne doivent quand même pas être bien nombreux à occuper des bureaux feutrés, n'est-ce pas ? En revanche, combien sont-ils à accumuler deux ou même trois emplois pour joindre les deux bouts ?

Certes, ces périodes de grande crise soulèvent des questions qu'il faut se poser sur la mondialisation, le filtrage des frontières, les règles d'immigration, les réglementations bancaires, etc. Mais plutôt que de crier au loup, ne devrions-nous pas saisir le moment pour considérer de nouvelles formes de démocratie ? Pensons-y bien. Y a-t-il encore un clivage si net entre la gauche et la droite (je ne parle pas ici des extrêmes) ? La notion de parti politique et l'influence de leurs chefs telles que nous les connaissons depuis des lustres est-elle toujours pertinente à notre époque d'alliances stratégiques et partisanes ou de gestion d'image sur les réseaux sociaux ? Devrait-on penser à créer des plateformes politiques dites de proximité pour permettre au citoyen responsable de jouer un rôle politique plus mesurable ?

Bref, sur ce, je voulais vous dire que je pense bien à vous et je vous souhaite de tout coeur bon courage. Encore une fois, ne vous laissez pas berner par des opportunistes qui surfent sur des climats sociaux  instables pour s'auto-proclamer sauveurs de la nation. Mais que signifie vraiment « nation » ? Question philosophique d'une citoyenne du monde utopiste certes, mais libre d'attaches.