11 mai 2013

J'ai failli être arrêtée... parce que mon bus avait du retard

Samedi 18 h, au coin des rues Rachel et Saint-Hubert. Nous sommes deux à attendre notre autobus de la ligne 29 (direction Est) dont l'arrivée est prévue à 18 h 02. Plus que deux minutes, heureusement, car il fait un froid de canard après avoir fait près de 30 degrés ces derniers jours.

18 h 05, 18 h 10, 18 h 15, pas d'autobus à l'horizon. J'appelle le numéro de la STM. « Le prochain bus est à 18 h 32 » annonce une voix préenregistrée. Bien entendu, puisque les bureaux sont fermés, il est impossible de parler à qui que ce soit pour savoir s'il y a un problème sur la ligne ou si le passage d'autobus est exceptionnellement annulé ce samedi. Bref, nous allons devoir prendre notre mal en patience en regardant défiler les passagers bien au chaud dans leur véhicule.

Oh, mais que vois-je arriver à 18 h 21 ? Serait-ce notre autobus de 18 h 02 qui est en retard ou bien celui de 18 h 32 qui est en avance...? 

« Bonjour, y a-t-il eu un changement d'horaire ? » ai-je osé demander à la conductrice.

« Non. » répondit-elle sans plus.

« Alors, pourquoi avons-nous dû attendre 20 minutes » ai-je osé lui demander avec cette fois, je l'avoue, une pointe d'agacement dans la voix.

« Le trafic, madame. J'ai une demi-heure de retard sur mon horaire. » répondit-elle sans plus. Même pas un mot d'excuses. À prendre ou à laisser. Avais-je le choix ? Pas vraiment.

« Le trafic ? Quel trafic ? Je n'ai pas vu de trafic depuis le temps que j'attends. Enfin bref, j'imagine que  ça ne nous empêche pas de devoir payer, hein ? ». Après avoir payer mon dû, je me dirige vers une place.

Arrivée à destination, la situation se corse. Avant de descendre, et parce que je savais que j'allais utiliser la même ligne dans l'autre sens, j'ai osé poser la question suivante « Est-ce vous qui faites le circuit de la ligne 29 ? ». Elle me répond que oui. « Devrais-je compter 20 minutes de plus à l'horaire indiqué puisque vous êtes en retard sur le vôtre ? ». Je n'allais quand même pas patienter pour rien. Et là, je crois bien qu'elle a cru que je me foutais de sa gueule. Car la madame a décidé que dès le début, je l'ai apostrophée avec agressivité (et la pancarte - vous la voyez là - elle indique qu'il faut être gentil avec le chauffeur). D'ailleurs, elle me précise fièrement que je suis enregistrée : « vous voyez la caméra, là ? Je peux vous faire arrêter pour votre comportement. ». Ben voyons donc, elle blague. Mais non, elle avait déjà appuyé sur ses boutons de commande pour appeler des agents en renfort.  Malgré le ridicule de la situation, elle commençait sérieusement à me pomper, la madame.

Sans égard aux deux personnes dans le bus qui n'étaient pas encore arrivées à destination, elle a décidé de stopper son véhicule. Au diable le moteur qui tourne au ralenti pour rien, la madame avait été agressée, vous comprenez !!!! Si je l'ai bousculée ? Bien sûr que non. Si j'ai verbalisé ma frustration avec des mots déplacés ? Pas du tout. Si je lui ai manqué de respect ? Je ne crois pas. J'ai simplement osé relever une anomalie dans ce bon service que la STM est supposée donner à ses usagers. Elle a même refusé un passager qui désirait monter dans le bus. Eh non, jeune homme, vous ne montez pas qu'il y a ici un cas de force majeure qui m'oblige à interrompre le service, vous comprenez... Je commence à comprendre la raison pour laquelle il y a autant d'interruptions dans le métro.

Calmement (bon, j'avoue que je n'ai pas manqué de souligner le ridicule de tout ça), j'ai patienté avec elle pendant dix minutes car j'étais bien déterminée à donner ma version des faits à ces agents qui n'arrivaient pas. Cependant, comme personne ne se pointait à l'horizon et que j'avais d'autre chose à faire (avec tout ça, j'avais quand même été retardée de près d'une heure...), j'ai quitté les lieux en prenant soin de proposer à la madame pas contente de prendre mon nom. Je ne suis pas lâche quand même. Elle a refusé. Je suis partie. 

Ce nouvel incident est inacceptable, tout comme ceux que j'ai déjà moi-même vécus ainsi que des amis autour de moi. Vous vous souvenez, je vous avais déjà parlé de Daniel de Sherbrooke. Alors que des règles imposent la politesse envers les employés de la STM, aucune règle ne stipule que les  mécontentements des usagers sont légitimes quand il y a des failles dans le service. Qu'il s'agisse d'un retard inexpliqué, de la énième interruption de service du métro dans la même semaine ou de l'air buté d'un agent que l'on dérange dans sa lecture pour acheter son ticket. 

Je ne veux pas faire de généralités car il y a des employés de la STM qui sont charmants. D'ailleurs, on en reste surpris tellement c'est rare. On se dit qu'ils doivent certainement débuter... Bien sûr, il y a aussi des usagers exécrables ou même violents (comme on l'a malheureusement constaté avec l'agression gratuite d'un chauffeur d'autobus tout récemment). Cependant, ces événements sont fort heureusement rares, et la majorité se tasse sans rien dire comme du bétail dans des voitures bondées. Elle a le droit de recevoir un minimum de considération. Et cela inclut celui de demander qu'on leur explique la raison d'irrégularités. Et vous pouvez compter sur moi, messieurs et mesdames de la STM, je continuerai à le faire car il y a des limites à être de gentils moutons.  

05 mai 2013

Plutôt que d'être censuré, son vidéoclip aurait dû être encensé...

Faut-il mettre en scène systématiquement la violence pour réaliser qu'elle existe ? C'est la question qui m'est venue à l'esprit en apprenant le scandale du vidéoclip de la chanson College Boy du groupe Indochine. Un peu inquiète à l'idée que j'allais voir quelque chose d'extrêmement violent, j'ai choisi mon moment pour le visionner. « Suis-je donc devenue un monstre ? » me suis-je demandé par la suite, alors que je ne m'étais pas écroulée de peur devant toute cette violence... Pourtant, je crois bien que non. Je m'explique. Le travail de Xavier Dolan est encore une fois remarquable et son clip est d'une grande beauté. Il accompagne toutefois une chanson qui, selon moi, n'est absolument pas à la hauteur. 


D'habitude, je suis du genre pleurnicharde quand un sujet me touche (à la première du film Philadelphia, je pleurais déjà à chaudes larmes au générique d'introduction...); je fige de peur au moindre suspense et je suis incapable de voir un film d'horreur. Vous voyez le genre. Le vidéoclip College Boy est violent, certes. On nous prévient que la dernière scène est extrêmement difficile à voir. Une des raisons qui l'ont mis au banc des accusés. Pourtant, selon moi, ce n'est pas cette surdose d'hémoglobine (quelle bonne idée que ce noir et blanc) qui est violente. On en voit de telles au cinéma ou pire dans notre actualité. Non, la vraie violence du clip, elle se situe dans les yeux des personnages. Autant ceux pleins de méchanceté des bourreaux, que ceux teintés de tristesse de l'intimidé et ceux baissés ou bandés de témoins forcément complices. C'est cette violence qui nous en met plein la vue car elle nous renvoie en pleine face les dérapages de notre société. Ces dérapages que l'on ne veut pas voir.

Au lieu de cette censure décrétée par des organismes bien-pensants qui prétendent protéger nos jeunes d'images trop déstabilisantes, ce vidéoclip aurait dû être plébiscité pour qu'il serve de prétexte à une prise de conscience collective (ados et adultes), à la fois de l'absurdité de tels gestes et de l'hypocrisie qui entoure l'intimidation née du jugement facile des autres. Ces images-chocs sont tout aussi importantes que les campagnes télévisuelles payées à coups de millions de dollars par nos gouvernements au sujet des accidents du travail, de la route ou tout récemment de la santé mentale, devenus véritables enjeux de santé publique. Au-delà de la publicité qu'il sert sur un plateau d'argent à la sortie du nouvel album du groupe Indochine, ce vidéoclip en est une pour (r)éveiller les consciences. 

Quand la chanson aura fait son temps, parlera-t-on encore de ce fléau qu'est l'intimidation ? On peut en douter... À ce propos, vous aurez certainement remarqué que les scènes ont lieu dans un collège ou un lycée qui est loin de l'image de la polyvalente délabrée où s'entassent des jeunes à problèmes. Est-ce un parti pris de son réalisateur ? Peut-être. Il nous laisse ainsi le choix de décider, comme il le fait avec son «merci» de fin.

Pour revenir à la question précédente, on en reparlera malheureusement certainement à la prochaine catastrophe, celle d'un jeune qui aura décidé de nous planter là. Pourtant, bien souvent, des adolescents malmenés ouvrent une petite porte sur leur désespoir ou lancent à leur manière un appel à l'aide à une société qui, malheureusement, ne prête pas suffisamment attention à ses jeunes ou alors seulement pour les blâmer. Assimilée dans du spectacle médiatique, les gestes irréparables de certains d'entre eux laissent un goût amer et des annonces en grande pompe de bonne volonté. En complément des politiques, des procédures ou des mesures préventives, certes nécessaires, je propose donc ceci: ne détournons plus le regard, et plongeons-nous dans les yeux de ceux et celles qui nous entourent. Ces yeux qui disent tout avant même qu'ils n'ouvrent la bouche... 

01 mai 2013

À mes amis Français de France

Si on vous demandait de traverser une autoroute pas mal fréquentée les yeux bandés, le feriez-vous ? Bien sûr que non, à moins d'être suicidaire.

Alors pourquoi croyez-vous en grand nombre un parti qui vous dit qu'il est propre. Ça ne vous fait pas mourir de rire quand sa présidente affirme sans l'ombre d'un doute « je suis la lumière de l'espoir face aux Français plongés dans des temps obscurs » ? Ce sont des citations tirées de l'article Le FN se pose en vedette le 1er mai paru dans le journal Le Monde. Eh bien, il semble bien que bon nombre d'entre vous tombent dans le panneau car on peut lire que les sondages créditent le Front national de Marine Le Pen de 23 % des intentions de vote. Si une élection avait lieu aujourd'hui, celle-ci serait qualifiée au second tour devant le président de la République.

Amis Français, ne vous laissez pas embobiner par des belles paroles qui vous parlent de miracles, car ils n'existent pas. Même si la situation qui prévaut actuellement en Europe - et en France - est sans aucun doute très difficile à vivre au quotidien, personne n'est encore entassé avec des milliers de collègues dans un immeuble insalubre pour un salaire de misère. Même si on peut lui trouver toutes sortes d'origines nébuleuses ou de responsables cupides, il faut bien reconnaître que nous sommes un peu tous responsables de cette crise alimentée par une consommation débridée, des niveaux de vie parfois au-dessus des moyens, des records d'endettement personnel, et une attitude d'enfants gâtés par des programmes sociaux devenus trop généreux en période de disette. Savez-vous que, de ce côté-ci de l'Atlantique, on vous envie, «bande de paresseux» avec vos sept semaines de vacances par année alors que nous n'en avons que deux ? Avec un sourire au coin des lèvres, certains ne se gênent pas pour se péter les bretelles en affirmant qu'une telle situation n'arriverait certainement pas ici, comme si une crise ne peut pas traverser un océan...

Entendons-nous, je ne veux pas vous faire la morale alors que je vous suis de bien loin. Au contraire, je me sens vraiment triste de la descente aux enfers de ce projet fédérateur et humaniste qu'est cette Europe unifiée après des périodes de grandes guerres. Aussi, je vous rassure, je ne suis pas non plus une fille qui peut bien parler parce qu'elle roule sur l'or. Au contraire, j'ai vécu, il n'y a pas si longtemps, des périodes de chômage ou des baisses de salaires, ainsi que les sacrifices matériels et même alimentaires qui en découlent.

Tout ce que j'essaie de dire, c'est que le « nous » inclusif est dangereux, porteur d'un vent mauvais. Viser l'autre comme responsable de tous les maux - surtout quand il est différent - c'est le remède facile pour se voiler la face. Surtout quand on pense que ces étrangers (pour la plupart Français), soi-disant voleurs de jobs, vivent certainement une situation tout aussi précaire. Ils ne doivent quand même pas être bien nombreux à occuper des bureaux feutrés, n'est-ce pas ? En revanche, combien sont-ils à accumuler deux ou même trois emplois pour joindre les deux bouts ?

Certes, ces périodes de grande crise soulèvent des questions qu'il faut se poser sur la mondialisation, le filtrage des frontières, les règles d'immigration, les réglementations bancaires, etc. Mais plutôt que de crier au loup, ne devrions-nous pas saisir le moment pour considérer de nouvelles formes de démocratie ? Pensons-y bien. Y a-t-il encore un clivage si net entre la gauche et la droite (je ne parle pas ici des extrêmes) ? La notion de parti politique et l'influence de leurs chefs telles que nous les connaissons depuis des lustres est-elle toujours pertinente à notre époque d'alliances stratégiques et partisanes ou de gestion d'image sur les réseaux sociaux ? Devrait-on penser à créer des plateformes politiques dites de proximité pour permettre au citoyen responsable de jouer un rôle politique plus mesurable ?

Bref, sur ce, je voulais vous dire que je pense bien à vous et je vous souhaite de tout coeur bon courage. Encore une fois, ne vous laissez pas berner par des opportunistes qui surfent sur des climats sociaux  instables pour s'auto-proclamer sauveurs de la nation. Mais que signifie vraiment « nation » ? Question philosophique d'une citoyenne du monde utopiste certes, mais libre d'attaches.

29 avril 2013

Un esprit urbain résolument « made in Montréal »

Le syndrome de la page blanche m'est tombé dessus ce mois-ci. Impossible de trouver une inspiration, un sujet ou tout simplement une petite histoire à partager avec vous. Pourtant, j'aurais dû me sentir « énergisée » par cette nouvelle étape de ma vie professionnelle à titre de travailleur autonome, la peur au ventre mais la tête prête à être bien pleine.

Au contraire, aucun sujet ne semblait avoir assez d'intérêt pour m'y attarder. Était-ce en raison de l'actualité d'ici et d'ailleurs qui apporte régulièrement son lot de tristesse ? Était-ce cette démoralisante et hyper-médiatisée Commission Charbonneau ? Ou tout simplement cet hiver qui n'en finissait plus de finir. À moins que ce fut tout ça à la fois.

Un déclic s'est produit il y a quelques jours alors que je lisais quelques pages de la dernière édition du Vogue Paris. Bang, comme ça sans prévenir. Trois articles. Trois portraits de personnalités. Trois expériences ont réussi à me requinquer en me rappelant que tout est possible... à New York. En effet, ces trois histoires de vie se déroulaient dans le centre du monde. Mais ce qui m'a particulièrement interpelée, c'est ce point commun aux trois soit leur attachement inconditionnel pour leur ville. Pour exemple, voici quelques-unes de leurs déclarations d'amour:

Jack McCollough et Lazaro Hernandez, les designers derrière la marque Proenza Schouler : « New York nous inspire pour de multiples raisons, mais surtout parce que cette ville nous maintient dans un état de nervosité. Tout le monde est toujours en train de travailler sur des projets (...). Il y a un esprit créatif tangible et que l'on peut capter facilement ».

L'auteure Zadie Smith (son best-seller Sourires de loup - écrit à 22 ans - est sorti en 2002. Changer d'avis, son dernier livre sort ce mois-ci): « New York est la seule rivale de Londres en termes d'échelle et de variété. J'avais le sentiment que si je venais ici, ma vie ne serait pas étriquée (...) ».

Le créateur Alexander Wang (qui vient de prendre les rênes de Balenciaga): « Vivre à New York, être porté par ce rythme, par cette frénésie, ça ne donne pas envie de prendre son temps. ».

J'avais presque une petite pointe de jalousie qui sourdait au fond de mon coeur en lisant leur parcours. Je leur prêtais une joie de vivre et de la fierté pour avoir réussi à réaliser leurs rêves ou à atteindre leurs objectifs à la face du monde. Ils ne semblaient pas confinés dans un carcan ou un tourbillon fataliste, source de tous les maux. Comme il semble être le cas ici à Montréal* ces dernières années.

Bien sûr, vous me direz que Montréal n'est pas New York. Mais l'ambition est-elle uniquement une question d'échelle de grandeur ? Posez la question à l'écrivain et chanteur Fred Pellerin qui a réussi à mettre sur la carte Saint-Élie-de-Caxton, c'est y répondre...

Se pourrait-il donc que cette mélancolie qui avait paralysé mes neurones venait de cette énergie négative ressentie dans de nombreuses sphères à Montréal. Comme une sorte de grande noirceur. Tout semble compliqué, long, inachevé, impossible. Une inquiétude et une lassitude se sont sournoisement propagées. Certes, il y a de quoi désespérer. Un nouveau pont Champlain ? Pas avant une bonne dizaine d'années... à partir du moment où tout le monde se mettra d'accord. Un transport collectif moderne et digne d'une ville qui se prétend internationale ? Paroles et paroles et paroles comme chantait Dalida. Un nouveau maire ? À part un Denis Coderre à l'horizon... Même les nids de poule sont vandalisés (j'espère que ça n'a pas fait les manchettes à l'étranger. La honte.)

Alors, comme les miracles n'existent pas (sinon, je le saurais), que diriez-vous de faire un grand nettoyage. Ça tombe bien, c'est celui du printemps très bientôt. Comme nos balais qui seront de sortie pour déloger les cochonneries encombrantes, faisons le même exercice dans notre vocabulaire de tous les jours. Pas besoin de balai, il suffit d'utiliser de nouveaux mots. C'est ce qu'on appelle dans le jargon de la psychothérapie, la PNL, je crois bien. Pour paraphraser Marie-France Bazzo, posons-nous la question suivante: de quoi Montréal a-t-il besoin ? Pour ma part, je proposerais une confiance en ses capacités (cessons de comparer notre ville à d'autres cités urbaines), une forte dose d'entrepreneuriat (collectif et individuel), des projets ambitieux et réalisables, un horizon inspirant (ne regardons plus en arrière) et surtout un peu de glamour.

Soyons fiers de notre ville et faisons-lui bonne presse surtout quand nous allons à l'étranger. À l'inverse, pour vous remonter le moral ou retomber en amour avec notre ville, parlez dès que vous en avez l'occasion à des touristes. En général, ils sont ravis de leur séjour. Rien de tel pour regonfler notre fierté à titre de Montréalais et de poser un regard neuf sur ses atouts. Ça m'est arrivé cet hiver; une jeune Française, Mathilde, était véritablement admirative de notre ville et de ses habitants hyper gentils même quand il faisait - 40. « C'est pas comme chez nous » répétait-elle souvent. Il est vrai qu'à force de regarder son nombril, on ne voit plus que les petites imperfections qui le caractérisent.

Sur ce, je vous souhaite un très beau printemps. Nous l'avons connu érable l'an passé, vivons le cette année formidable et véritablement made in Montréal. 


* Il paraît que Montréal est masculin. Je suis donc la règle...

21 avril 2013

« De vingt à quarante ans, on voudrait avoir. De quarante à soixante, on voudrait être. De soixante à quatre-vingts, on voudrait ne pas avoir été. »
Gilles Jacob, personnalité française du monde du cinéma et Président du Festival de Cannes

13 mars 2013

Les magazines féminins au coeur de la convergence médiatique

Cette semaine, nous apprenions que TC Média s'associait avec l'animatrice Véronique Cloutier pour lancer un nouveau magazine féminin intitulé tout simplement Véro. Lancée dès l'automne prochain et publiée quatre fois par année, cette publication s'adressera « aux femmes passionnées, actives, qui aspirent à être bien dans leur peau, qui chérissent les moments en famille et qui mordent dans la vie.» peut-on lire dans le communiqué de presse.
 
On nous dit aussi que ce nouveau magazine aura « tout comme sa muse, un style pétillant et énergique, un look sophistiqué et accessible, un ton vivant et pertinent.». Autant dire les qualités et les caractéristiques que s'attribue la majeure partie des magazines féminins. J'imagine que les concepteurs de cette nouvelle publication ont déjà pensé à intégrer des sujets qui dépasseront cet éternel fil conducteur qui est beauté/mode/amour/bien-être, comme le soulignait très justement le journaliste Hugo Dumas dans le journal La Presse cette semaine.

Entendons-nous bien, je n'ai rien contre madame Cloutier que je félicite pour ses succès en tous genres qui reposent sans aucun doute sur de l'ardeur au travail. En revanche, je réagis plutôt négativement à cette tendance de plus en plus fréquente à relayer un seul modèle de réussite au féminin au sein de la société québécoise : avoir une esthétique agréable, un travail valorisant mais surtout valorisé, un chum amoureux et de beaux enfants, un condo, une belle voiture, des vacances en mars au soleil, une piscine creusée, un magnifique chien, etc. Exemple : sur la page couverture du dernier numéro du magazine Clin d'oeil - spécial bonheur - on peut lire un titre « Heureuse comme Gisele, comblée, jolie et mariée à Tom Brady (oh oui, on l'envie!) ». N'oublions pas que les magazines pour les femmes proposent un contenu conçu majoritairement par des femmes. Disons que l'on ne s'aide pas, mesdames...

Je suis aussi horripilée par cette hypocrisie ambiante qui veut nous faire croire à des nouveautés alors que nous sommes les dindons de la farce dans le cadre d'une compétition féroce qui se joue entre des magnats des médias dans un marché aussi petit que celui du Québec. Tout comme Patricia Paquin est une marque qui rapporte pour le groupe Quebecor, Véronique Cloutier devient la vache à lait du groupe TC Média. Elles ne sont pas nos muses, mais bien celles de ces importants joueurs de la convergence médiatique. 

Doit-on s'inquiéter de cette homogénéisation des contenus médiatiques ? Est-ce que la concentration de contenus rédactionnels multiplateformes - qui repose avant tout sur une quête de profits - peut finir par nuire à la qualité et entraîner une standardisation de l'information ? Je me pose de plus en plus ces questions tant je déplore une certaine dégradation de la diversité des nouvelles et surtout d'opinions qui est, selon moi, indispensable pour se forger un esprit critique et jouer pleinement son rôle de citoyen. 

Et vous, qu'en pensez-vous ?

04 mars 2013

Un petit coup de déprime ? Sortez avec des gays !


Dans ma famille, je n’ai pas été entourée de beaucoup de livres. J’ai passé la majorité de mon enfance dans un petit bled où il n’y avait aucune personne de couleur. Pour ma grand-mère, il était inconcevable de fréquenter un Allemand ou un Arabe. Encore moins un gay (les mots «pédé » et «homo» faisaient partie du vocabulaire). Pas étonnant qu’une de mes cousines ait toujours caché son homosexualité. Bref, on ne peut donc pas dire que je viens d’un monde ouvert sur les autres.

Pourtant, c’est cette étroitesse d’esprit qui a peut-être forgé ma propre vision du monde et, surtout, mon aversion pour toute forme de jugement gratuit sur les autres. « Vivre et laisser vivre », tel est devenu mon modus operandi. Mon «éducation sociale», je l’ai faite moi-même au fil de rencontres, de situations de vie, de lectures ou de films. Oh bien sûr, je pourrais citer automatiquement le très caricatural film La cage aux folles… Mais il y a eu aussi le film Philadelphia qui m’a fait pleurer comme une madeleine dès son générique de début. Ou encore le très réaliste La vie en rose qui raconte la vie d’une famille tranquille et heureuse jusqu’au moment où le petit dernier, soudain, rêve d'être une petite fille. Face à la pression sociale, au regard des autres, à leurs questions, la petite famille déménage et essaie de repartir sur de nouvelles bases. Plus proche de nous, j’ai dû regarder au moins six fois le film québécois C.R.A.Z.Y. Cette émouvante histoire de cinq frères dans le Québec des années 70, et plus particulièrement celle d'un des frères qui, de peur de perdre l'amour de son père, va renier toute sa vie son homosexualité.

En revanche, je me pose la question à savoir si des campagnes contre l'homophobie à saveur moraliste comme celle lancée sur Internet par le Ministère de la justice québécois, réussissent vraiment à désintoxiquer des esprits arriérés. Même si les portraits de personnages mis en situation dans de courtes vidéos sont bien montés, je ne pense pas que le fait de répondre à des questions très larges par de simples « Pas du tout », « Un peu » ou « Beaucoup » contribue réellement à faire changer les mentalités.

Car la révolution gay est bien en marche, n’en déplaise à ceux qui l’ignorent ou qui ne l'acceptent pas. Et c'est dans la vie au quotidien qu'elle continuera son avancée.

Quand ma fille est entrée au primaire, elle a côtoyé le petit Samuel qui avait deux papas, et Qishan, une enfant de Chine qui avait deux mamans. Il n’y avait pas de problème, pas de malaise, même pas de questions. Aujourd’hui, alors qu’elle est adolescente, nous parlons sans détour de tout, de rien, de l’avenir y compris de sa future vie sentimentale que ce soit avec un amoureux ou une amoureuse. De mon côté, je rencontre au quotidien, particulièrement dans mon milieu professionnel, des personnes ou des couples homosexuels, hommes et femmes. Certains sont des amis proches. J’ose croire et espérer que ce sont des rencontres et des situations de vie au quotidien comme celles-ci qui, de plus en plus nombreuses, forceront les barrières. Tellement nombreuses qu’on finira par ne plus les remarquer. Là, une première ministre homosexuelle, ici une chanteuse adulée qui va avoir un enfant avec sa conjointe, est-ce que ça me dérange ? Non.

Message spécial pour vous mesdames : vous êtes mal dans votre peau ? Vous vous sentez moche (dans votre tête bien sûr) en cette fin d’hiver qui n’en finit plus de finir ?  Un petit conseil : sortez dans un bar ou une soirée gay. Succès garanti. Je le sais car je l’ai expérimenté samedi soir. Dans cette salle gonflée à bloc de testostérones, nous devions être cinq hétéros maximum, y compris mon amie et moi-même, présentes sur invitation de deux amis gays. Je vous le dis ; il y avait bien longtemps que je n’avais reçu autant d’attentions. On vous enlace, on vous parle doucement à l’oreille, on vous dit que vous êtes belle, que vous dansez bien, que vous sentez bon. Et eux aussi, parce qu’ils prennent soin de leur corps et de leur apparence – parfois à l’extrême  ils sentent bons et bougent bien tout en s’amusant. Sans complexe et sans jugement, ils vous accueillent, prennent soin de vous et s'assurent que vous passez une belle soirée. Touchants et charmants, ils vous donnent de l’amour. Tout simplement. Rien que pour cela, ils nous donnent une sacrée leçon de vie en société.