06 août 2011

Événements griffés

Question de retrouver un peu de légèreté par rapport à mes derniers billets, je vais vous parler de mode. Mais attention de mode en tant que création et en tant que patrimoine. Quand même... En fait, il s'agit de deux coups de coeur que j'ai eus cette semaine. On dit jamais deux sans trois, alors qui sait, un troisième coup au coeur m'attend peut-être. Bon là, je m'éloigne...

Le premier a eu lieu jeudi soir. Je suis allée voir l'exposition La planète mode de Jean-Paul Gaultier, de la rue aux étoiles présentée au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu'au 2 octobre. J'avoue être toujours un peu réticente face à ces grands événements culturels qui font la manchette à grand renfort de coups de marketing et de promotion de masse. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j'ai attendu que la poudre aux yeux s'estompe avant d'aller y faire un tour. Et je n'ai pas été déçue.

Même si le coût d'entrée au Musée me semble toujours un peu élevé (15 $) et donc peu démocratique, l'occasion qui nous est donné de voir les créations de monsieur Gaultier - dont la plupart n'a jamais été exposée - en vaut la peine. Je dirais que plus qu'une exposition de mode, c'est avant tout une fête consacrée à l'imagination et à l'audace.

Mon deuxième coup de coeur a eu lieu vendredi soir lors du Festival Mode & Design qui se déroule principalement sur la rue McGill en plein centre-ville de Montréal. Gratuits et ouverts au grand public, les défilés de mode de cet événement attirent les foules depuis maintenant dix ans.

Ainsi, vendredi soir, avait lieu le défilé Les Intermporelles, présenté conjointement par Jeanne Beker, une icône de la mode au Canada et Suzanne Chabot, directrice du Musée du costume et du textile du Québec (www.mctq.org) dont je vous avais déjà parlé dans un de mes tout premiers billets (cf. Les grandes griffes d'un petit musée). Ce sont ainsi 22 pièces de la formidable collection du Musée qui sont sorties de leur housse, qui ont été portées par des mannequins, et qui ont subjugué la foule tant par leurs coupes, leurs couleurs que par leur élégance... intemporelle. Un véritable régal pour les yeux partagé, croyez-moi, par de nombreuses personnes dans la foule. Les donateurs de ces tenues signées entre autres Raoul-Jean Fouré, Clairette Trudel, John Warden, Colpron d'Anjou, ou Marie-Paule Nolin ont certainement apprécié de voir ces trésors cachés se dévoiler au plus grand nombre.

Alors, messieurs et mesdames les décideurs, à quand un espace digne de ce nom consacré à notre fabuleux patrimoine de mode ? Le MCTQ, sa directrice et son personnel ont la matière mais aussi l'expertise et la passion. Ne restent plus que les murs. Avec un petit effort, on devrait bien trouver une solution.

En attendant, vous voulez découvrir ou redécouvrir certains des plus grands créateurs québécois d'hier à aujourd'hui ? Voyez des entrevues et des images d'expositions qui leur ont été consacrées récemment à Montréal et à Québec sur les sites districtmontreal.com et unlienquisecultive.com.

Vous pouvez aussi visionner l'intégralité du défilé Les Intemporelles sur Youtube sous l'intitulé Timeless Creations Runway with Jeanne Beker


04 août 2011

Folies et décadences

Les mots Dividendes, Dow Jones, TSX, Nasdaq, marché des changes effleurent mes oreilles comme une langue étrangère. En revanche, je suis plus sensible à « dégringolade boursière », « chute des bourses », « récession » qui résonnent comme de véritables menaces sur l'échiquier géopolitique mondial déjà bien fragile. Les États-Unis sont dans le rouge, l'Europe vacille, le Japon faiblit et le reste du monde tremble face à ces mouvements axés sur l'argent. Mais rassurons-nous, les investisseurs se réfugient dans l'or qui a fracassé un nouveau record en cours de séance ce jeudi 4 août, à 1 680 $ l'once. Triste monde...

En ce sens, je suis ces jours-ci très chamboulée par tous ces chiffres qui nous sont jetés à la figure et qui m'inspirent à la fois de l'incrédulité, de l'indignation et ce très désagréable sentiment d'impuissance.

En voici quelques-uns, relevés ces derniers jours dans les médias:

- Le plafond de la dette de l'État américain a atteint 14 580, 7 milliards de dollars.

- 18 % des enfants de moins de trois ans aux États-Unis présentent un poids insuffisant par rapport à leur âge.

- Plus de 11 millions de personnes sont confrontés à la pire sécheresse des dernières décennies en Afrique de l'Est (Kenya, Somalie, Éthiopie, Djibouti, Soudan et Ouganda).

- Plus de 29 000 enfants de moins de cinq ans sont morts depuis 1 mois 1/2 dans le Sud de la Somalie.

- D'après l'ONU, 640 000 enfants somaliens sont extrêmement mal nourris, ce qui laisse penser que le nombre d'enfants en bas âge qui vont mourir va augmenter.

Je l'avoue, je n'ai jamais été très à l'aise avec les chiffres mais ceux-là, je ne les aime vraiment pas.



25 juillet 2011

Maux de société

Ayant de la famille à Oslo, j'ai eu l'occasion de me rendre dans cette ville belle et paisible. Son architecture, ses espaces verts, sa petite montagne m'ont amenée rapidement à trouver de fortes ressemblances avec Montréal, à la différence près qu'il n'y avait pas beaucoup de gens de couleur, ce « melting pot » qui caractérise tant la richesse culturelle et sociale de notre métropole québécoise.

Chaque attentat qui survient dans le monde est un traumatisme pour tous. Ceux d'Oslo sont d'autant plus troublants que nous ne pouvons les faire reposer sur des enjeux géopolitiques internationaux. Ce sont les actes d'un ou de fous, comme nous pourrions en rencontrer ici à Montréal. Aucune considération de religion, de sexe, de culture, de communauté ou d'idéologie ne peut les justifier. C'est avant tout de la pure folie. Cependant, ces tristes événements devraient nous inciter à être encore plus vigilants face à toute forme excessive de jugement ou d'opinion visant à rejeter l'autre. Que ce soit dans les médias, la culture ou même autour d'un barbecue entre amis. 

Ainsi, les dernières annonces du gouvernement fédéral - en gros titres dans nos médias écrits et salles de nouvelles - concernant les 1 800 immigrants frauduleux ainsi que la recherche d'une trentaine de présumés criminels de guerre au pays m'ont fortement dérangée. Si ces actions sont tout à fait justifiées, je considère qu'elles devraient rester de l'ordre privé des responsabilités des Services de l'Immigration qui, croyez-le bien, sont très rigoureux et sélectifs. Qu'ils fassent leur travail avec les outils et dossiers à leur disposition plutôt que de lancer une chasse aux sorcières ou d'inciter la population à la délation. Quand on sait que le Canada a accueilli quelque 280 000 immigrants légaux en 2010 - un sommet inégalé en 50 ans - j'estime que nous avons affaire à une infime partie de cas d'abus. En revanche, l'impression donnée qu'il s'agit d'une atteinte à l'intégrité de notre pays peut être mal interprétée ou même amplifiée par certains individus. Ne laissons pas la voie à ce type d'information populiste. 


Pour le moment, je pleure avec le peuple norvégien.

10 juillet 2011

À Marlène

Il y a tout juste six mois,
tu nous as quittés par un soir glacial de janvier.
Subitement. Brusquement.
Quelques heures auparavant, je t’avais vue belle et détendue.
Comment pouvais-je savoir que c’était la dernière fois…

Passés le choc, la stupéfaction et l’émotion est venue alors
la nécessité de surmonter le vide que tu avais laissé.
Tant amical que professionnel.
Chacun et chacune d’entre nous, à sa manière, a trouvé une façon de garder ce lien
si fort que tu as su cultiver avec les personnes que tu as croisées et aimées.

Lorsque le futur semble si aléatoire.
Lorsque la mort fauche une amie qui n’avait pas 45 ans.
Lorsque tout semble écrit.
Comment se projeter dans l’avenir ? Pourquoi continuer à s’investir ?

Ton départ, Marlène, m’a profondément secouée.
Au-delà de la perte d’une amie chère à mon cœur,
c’est aussi le sens de ma vie qui a été bousculé.

Il fallait bien que tu trouves une dernière façon de me faire grandir, hein ?

Pour reprendre une citation de Mc Solaar (te souviens-tu ?) « Prends ton temps, la vie n’est qu’un moment. », eh bien oui, Marlène, j’ai décidé depuis de savourer le temps comme une enfilade de moments de vie. Surtout le temps présent. Le futur, on verra plus tard.

Oh, ce n’est pas facile. Mais on en a vu d’autres, n’est-ce pas ?

Continue à garder l’œil sur nous.  Je t'aime.

08 juillet 2011

Paroles de Boucar

En attendant les nouvelles émissions de l'automne à la Première chaîne de Radio-Canada, sa programmation estivale nous réchauffe les oreilles. Si, dans le cadre de son émission Sans préliminaires, Franco Nuovo et ses « camarades » me font presque regretter Christiane «caquette» Charette, j'aime en revanche retrouver Boucar Diouf à qui on a eu la bonne idée d'offrir le micro.

« Si votre accent vous empêche de bien saisir le mien, faites comme moi un petit effort, et nous allons bien nous entendre.» Voilà l'entrée en matière de celui qui anime une émission fort sympathique le jeudi soir de 20 h 30 à 21 h intitulée L'accent, c'est les autres.

Celle du 7 juillet portait sur la drague. Beau sujet de discussion, d'autant plus que les mots qui en font le discours n'ont pas toujours le même sens selon l'endroit du monde où l'on se trouve. Bien sûr, Boucar ne nous donne pas de recette miracle mais sa poésie et ses jeux de mots nous donneraient presque le goût de retomber en amour. Là maintenant. Quitte à sauter les préliminaires...

Pour conclure ce billet qui vous incitera peut-être à écouter la rediffusion de l'émission sur le site de Radio-Canada, je me permets de retranscrire - si ma mémoire est bonne - une pensée de son grand-père que Boucar Diouf a partagée en ondes : « Avant, il fallait que ça clique avec une femme pour établir un lien. Aujourd'hui, il faut cliquer pour établir ce lien.»

Citation...

« Celui qui se perd dans sa passion est moins perdu que celui qui perd sa passion. »
Saint-Augustin

01 juillet 2011

Souvenir d'Afrique


Même si je me revendique citoyenne du monde, je dois comme tout le monde présenter mon passeport pour franchir des frontières. À ce titre, j'ai envie de vous raconter une anecdote sur ce document de circulation car il peut vous en faire voir de toutes les couleurs selon le pays que vous visitez. Notamment lorsque vous vous rendez en Afrique avec un passeport français...

En 2007, je me suis rendue avec mes collègues au Rwanda pour construire une école à Gisenyi, dans le Nord-Kivu, à la frontière du Congo. À cette époque, allez savoir pourquoi, j'avais encore mon passeport français. Sur une équipe de quinze personnes, j'étais donc la seule à devoir obtenir auprès de l'ambassade du Rwanda à Ottawa un visa spécial d'entrée.

Nous partions un jeudi soir et le mercredi, j'étais encore à Ottawa pour tenter d'obtenir ce fameux papier. Sans succès en raison de délais administratifs. Un membre de l'ambassade m'informe cependant que je peux me procurer mon visa sur place à l'aéroport de Kigali. Je décide donc de m'envoler avec mon équipe.

Après une trentaine d'heures de voyage (Montréal - Londres - Nairobi - Kigali), nous arrivons enfin à destination. Mes amis passent les contrôles sans problème. On me dit que je dois rencontrer un responsable. De loin, celui-ci me fait signe d'approcher. Je ne sais pas si c'est la fatigue, l'émoi d'avoir posé le pied en terre africaine ou mon intimidation face à ce mastodonte, mais j'ai fait une chose qu'il ne faut pas faire : J'AI MENTI.

Candidement, me voilà en train de lui dire : « mais je ne savais pas qu'il fallait un visa ! ». Et lui de me répondre sur le même ton : « Vous êtes certaine de ne pas avoir entrepris de démarches pour en obtenir un ? ». Vous avez certainement déjà ressenti cette impression de tomber dans un trou ou cette envie soudaine de revenir en arrière. Je me souviendrai toute ma vie de cette sensation alors que je venais de comprendre que ma demande de visa avait eu le temps de faire son chemin pendant que j'étais dans les airs, et d'atterrir sur la table des responsables rwandais de l'immigration.

Bref, ils ne m'ont pas remise d'office dans un avion et j'ai pu payer enfin mon visa (60 dollars). Bon, dans l'énervement, je n'en donne que 55. Mais ça, ce n'est pas grave car l'histoire n'est pas finie. Alors que je récupérais enfin mes bagages avec un grand soupir de soulagement, une sorte d'alarme s'est mise à sonner. L'un de mes billets canadiens était faux...

Fort heureusement, cette entrée bancale dans ce superbe pays a été le début d'un fantastique séjour. Mais croyez bien que lorsque nous avons choisi de nous rendre au Congo deux ans plus tard, j'avais mon passeport canadien bien en main.

Vous pouvez voir des photos de nos séjours sur le site www.afrik.ca.