10 novembre 2014

Je l'ai suivi par amour mais notre couple n'a pas résisté au changement de pays

Blottis l’un contre l’autre la veille du grand départ, nous parlions peu. Nos bagages étaient prêts, nos papiers également. Tout comme la cage de notre chat Léo qui allait faire le grand saut également.

« Es-tu vraiment certaine ? » me disait ma petite voix, à l’aube de la concrétisation de la plus grande décision de ma vie. Comme si je prenais soudainement conscience que ma vie allait basculer. Et qu’il était impossible de faire marche arrière. Mais que ne fait-on pas par amour, n’est-ce pas ? La boule au ventre mais les yeux lourds, mon amoureux et moi nous sommes endormis dans ce lieu que nous ne reverrions pas de sitôt. Ni même nos familles et amis que nous avions pris la peine de réunir quelque mois auparavant lors de notre mariage; parfaite occasion pour un dernier au revoir à tout le monde.

Un 9 juillet, nous avons débarqué à l’aéroport de Mirabel avec nos valises, nos papiers de résidents permanents acceptés, ainsi que le certificat sanitaire international pour le chat. Nous avions réservé une chambre dans un hôtel proche du terminus voyageur pour quelques jours, le temps de trouver un appartement. Ce qui fut fait rapidement grâce à l’empathie d’un concierge pour notre petit couple qui débarquait sans travail ni l’un ni l’autre… Et l’aventure a commencé. Une belle aventure qui s’est poursuivie avec son lot de bonheurs, comme la naissance de notre fille, et de doutes. Puis le vent a commencé à tourner.

Dans un contexte où de plus en plus de Français choisissent aujourd’hui le Québec pour construire une nouvelle vie, je pense que la séparation de couples immigrants est une réalité très peu abordée. Nombre d’entre eux décident de tout quitter par écœurantite aiguë de leur propre pays, comme ce fut notre cas. Dans ces cas-là, on lâche tout et on ne regarde pas en arrière. Les attentes sont alors très grandes à force d’avoir démonisé son lieu de vie pour mieux idéaliser l’herbe plus verte sur laquelle on s’apprête à s’étendre.

Sauf que, à moins d’avoir des conditions d’expatriation sensationnelles, l’effervescence des premières années (et les efforts qui semblent naturels pour s’intégrer) laisse parfois la place aux premiers moments de nostalgie ou de mal du pays lorsqu’une routine ou des habitudes s’installent. Si les deux sont sur la même longueur d’ondes, ça va, sinon la force et la vision commune au sein du couple s’affaiblissent de façon insidieuse. L’un reste super emballé, l’autre doute. L’un pense à rentrer, l’autre vit un amour inconditionnel pour sa terre d’adoption. Dans certains cas, la séparation devient alors inévitable en raison de différences irréconciliables.

En ce qui me concerne, mon couple a commencé à battre de l'aile au bout de sept ans de vie au Québec. Un peu comme un mariage qui passe ou qui casse au bout d'autant d'années. Bien entendu, je ne mets pas l’entière responsabilité de notre séparation sur le dos de notre projet d’immigration mais ce ne fut guère facile puisqu’on a tout recommencé à zéro. Pourtant, je n’hésite pas à dire que mon ex-mari et moi avons parfaitement réussi notre intégration. Une grosse erreur, en ce qui me concerne, a été celle d’avoir coupé trop radicalement les liens avec mon pays d’origine et ma famille. Car si l’après-séparation est une période difficile dans tous les cas, immigration ou pas, elle peut s’avérer particulièrement déstabilisante sur sa terre d’adoption, surtout si l’autre refait sa vie… et pas vous. On se sent doublement abandonné.

Passer du statut d’immigrante « mariée » à celui d’immigrante « divorcée » peut être doublement difficile à assumer tant le sentiment d’échec se situe à deux niveaux. Alors que mon ex-mari a su « refaire sa vie » avec une Québécoise avec laquelle il a eu deux autres beaux enfants, j’ai longtemps eu l’impression que la mienne s’était arrêtée net. Et surtout commencé à regretter de l’avoir suivi. « Tout ça pour ça » me soufflait régulièrement ma petite voix intérieure, très mauvaise langue. Il m’a longtemps semblé être déracinée une nouvelle fois car je ne faisais plus partie d’un tout. Mon présent ne correspondait pas aux promesses du passé.

Bien sûr que ma vie ne s’est pas arrêtée, mais elle me semble encore parfois tourner au ralenti. Il me manque encore ce point d’ancrage qui vous stabilise, vous fait sentir moins seul et vous propulse vers l’avant. Car, même si cela fait vingt ans que je vis à Montréal, je ne suis pas tout à fait d’ici et je ne suis plus de là-bas. Un super job et des amis peuvent vous retenir. Pour ma part, c’est l’amour qui me manque toujours le plus car c’est quand même la seule chose qui rend vraiment vivant, non ? Or, cet amour ne s’est pas encore présenté pour moi. Je me pose souvent ces questions : pourquoi lui et pas moi ? Qu’est-ce que j’ai fait qui n’est pas correct ? Et si j’étais restée en France, en aurait-il été autrement ? Est-ce qu’un amoureux m’attend au Québec ou ailleurs ? Mais là, c’est un autre sujet qui mériterait un nouveau billet, tant les relations hommes-femmes sont devenues « bancales ».

« Pourquoi je ne suis pas repartie dans mon pays et près de ma famille ? » vous demandez-vous. Parce qu’il m’a toujours semblé inconcevable de me séparer de ma fille ou de la séparer de son père. Et puis, avec les années, j’ai appris à relativiser. Je me dis que toutes ces années vécues au Québec, c’est quand même un sacré bout de chemin pendant lequel j’ai progressé (même si je pense encore parfois le contraire) et me suis surtout transformée en tant que personne (je ne parle pas ici du vieillissement…).  Et puis, si j’y pense vraiment bien, tout est encore possible pour mettre le turbo !

Pour finir, je lance le mot de Cambronne aux nouveaux arrivants et leur souhaite une longue vie pleine d’amour au Québec !

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