20 août 2013

Le premier débat entre les candidats à la mairie de Montréal m'a donné mal au coeur


Je n'ai pas pu me rendre au premier débat entre les principaux candidats à la mairie de Montréal, organisé par l'école d'été de l'Institut du nouveau monde (INM) le 16 août dernier. Et ce n'est pas parce que ce débat s'adressait principalement aux jeunes de 15 à 35 ans même si plusieurs têtes grises se trouvaient parmi le public. Je viens de l'écouter sur Youtube. Je crois que je vais faire des cauchemars.

« Aux urnes les jeunes ! » aurait pu être le thème du débat. Je ne suis, hélas, plus considérée comme « jeune », mais dans mon coeur et dans ma tête, je suis certaine que mes attentes rejoignent beaucoup celles de cette jeunesse à laquelle on prête beaucoup d'attention. Voilà pourquoi je n'hésite pas à avancer que ce premier débat aura complètement raté son objectif de rallier les plus jeunes à la politique municipale. Quel triste spectacle ce fut. Au fil du débat, j'avais de plus en plus mal au coeur. Et je ne parle pas ici du niveau déplorable du français qui écorchait parfois les oreilles. Nos candidats devraient prendre des leçons d'éloquence auprès de jeunes orateurs comme Léo Bureau-Blouin ou Gabriel Nadeau-Dubois.

Vous allez me dire que je suis pessimiste ou perpétuellement râleuse, et vous aurez peut-être raison. Mais sentez-vous un vibrant projet de société, vous ? Toutes ces promesses bidon, vous les croyez ? Cet exercice de séduction et cette guerre d'images, de notoriété et de mots ne vous agacent pas ? Si ? Alors pourquoi en serait-il autrement pour nos jeunes? Pourquoi seraient-ils emballés alors qu'ils voient leurs « aînés » si cyniques et peu convaincus ? Comment peuvent-ils rêver alors que tout est question de gros sous autour d'eux, jusqu'à l'éducation ou le transport collectif qui sont toujours abordés uniquement en tant que valeurs marchandes ?

Et puis, c'est quoi ces discours qui misent sur le clivage générationnel ? Heureusement que le ridicule ne tue pas, car nos « vieux » candidats seraient tous morts après certains échanges insignifiants basés sur l'âge avec la jeunette Mélanie Joly. On avait déjà la saveur populiste, maintenant on a aussi celle du jeunisme... Pourtant, on sait très bien que, nonobstant l'âge en nombre d'années que l'on ne peut ralentir, il y a des jeunes qui sont déjà vieux alors qu'ils ont comme premier grand projet de vie l'achat d'une maison sans même avoir quitté une seule fois leur patelin. De l'autre, il y a des vieux toujours jeunes qui lâchent tout pour élever des lamas dans un coin de pays ou qui ont encore le rêve de changer le monde.

Entre la « ville intelligente » de Denis Coderre, les nouvelles façons de faire de Marcel Côté, la surenchère de Mélanie Joly sur les compétences des plus jeunes et les bons sentiments de Richard Bergeron, qu'en est-il ressorti de ce débat ? Absolument rien. Du vide. Entre les insupportables prises de bec, les interruptions de madame Joly et les nombreux rappels à l'ordre de l'animatrice, Anne-Marie Dussault, ce ne sont que des évidences qui sont ressorties des discussions : on veut plus de transparence, on veut tourner la page sur le triste bilan de ces dernières années, on veut un bon transport collectif (même si c'est un « truc de bus » selon les termes de monsieur Côté), on veut que la langue française soit préservée, on veut une bonne qualité de vie pour garder les familles en ville, et les autres aussi. Bon, alors que l'on est tous d'accord, que fait-on maintenant ? 

Je m'adresse à vous, mesdames et messieurs les candidats, pouvez-vous nous parler des vraies affaires ? Le 4 novembre prochain, quelles seront vos initiatives concrètes et à court terme pour désengorger la circulation en ville ? Pour redorer l'image du centre-ville de plus en plus sale et de moins en moins attirant ? Pour relancer l'économie sclérosée et résoudre ce fléau qu'est la pauvreté qui touche de plus en plus de monde ? Vous le savez bien, Montréal est devenu un village avec ses guerres de clocher et se fond maintenant dans la masse. Notre ville ne brille plus par son audace. Vous faites souvent référence à l'exode des familles vers la banlieue, mais vous devez savoir aussi qu'il y a aussi de plus en plus de jeunes professionnels qui envisagent de quitter Montréal pour d'autres grandes villes canadiennes comme Toronto, Calgary ou Vancouver.

Pour ma part, sachez que je ne vote pas pour un parti, ni pour son représentant. Et ce n'est pas parce que celui-ci me dit qu'il aime de tout son coeur Montréal que je vais lui donner mon vote. En lieu et place des éternels mêmes refrains, je veux entendre une vision et des projets. Je veux un nouveau maire ou une nouvelle mairesse qui saura s'entourer d'hommes et de femmes de tous horizons car je crois à un leadership de coalition. Il nous faut un « Obama » de Montréal, capable de rallier les foules autour d'un discours inspirant. « Parce que nous le valons bien » pour copier un slogan bien connu. Et tant qu'à faire allusion à une marque, élaborons une véritable stratégie de marketing autour de Montréal : redéfinissons son ADN (mot à la mode), ses valeurs, ses facteurs de succès, etc. Créons même un slogan rassembleur, pourquoi pas ? 

Bref, pour revenir à ce premier débat, j'ose espérer que la piètre performance des candidats est la résultante habituelle du premier d'une série. Tout est une question de rodage, certainement. L'INM a prévu d'autres débat au cours de l'automne. Je vais les suivre avec attention. En attendant, je vais me remettre de mon mal de coeur.

1 commentaire:

  1. Excellente description.....Trop peut-être pour certains en mal de quotient intellectuel....

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