22 juillet 2013

Moi, blessée de guerre ? N'importe quoi...

Blessée de guerre, voilà l'attribut que m'a donné une professionnelle des hautes sphères de la psychologie après l'écoute attentive de mon histoire personnelle et de mes petits bobos. Par respect pour les hommes, femmes et enfants qui ont subi les traumatismes d'une vraie guerre, je ne me permettrai pas de m'octroyer ce pronostic. Oh bien sûr, j'ai connu des traumatismes comme tout le monde. Il y a eu cette intégration dans ma nouvelle terre d'accueil que je qualifierais de difficile, de relativement longue, mais somme toute réussie. Il y a eu aussi la séparation avec celui que j'avais suivi les yeux fermés jusque dans la belle province. J'ai aussi souvent l'impression de ramer au milieu de fortes vagues pour ne pas couler sous les tracas du quotidien à gérer seule. Blessée de guerre, non. Démunie, oui. Endurcie, très certainement. Et peut-être même un peu fanée. Bon, bon, j'y vais peut-être un peu fort. Mais je n'ai pas dit « handicapée des sentiments » quand même !

Quoique j'aurais pu... Pour appuyer mes dires, voici une anecdote toute récente. Je reviens d'une petite semaine passée à Cuba. Le ciel bleu, le soleil chaud, les grands cocotiers, le sable blanc...

Premier jour : enfiler un maillot de bien - deux pièces pour un bronzage un peu plus intégral - sur une peau blanche sans aucune chance de cacher quelques kilos en trop. Pas évident, mais ce fut fait car je n'étais pas la seule à subir ce passage obligé.

Troisième jour : mais oui, c'est bien mon amie que je vois là-bas alors qu'elle s'est jointe au cours de danse quotidien sur le bord de la piscine pendant que j'avais le dos tourné ! Mais qu'est-ce qu'elle a à m'envoyer des signes ? Non, non, je ne veux pas y aller. Pas de bol, tout le monde a remarqué notre petit jeu de mains. Je ne pouvais plus me cacher derrière ma serviette de bain. Contre mon gré, je me résolus à joindre le groupe. Oh la la, que la madame se sentait rouillée. Fort heureusement, il paraît que ça ne se voyait pas trop. Et puis, j'y ai même pris goût car mes mouvements devenaient plus fluides au fur et à mesure des cours quotidiens auxquels je participais dès lors volontairement. À tel point que mon haut de maillot de bain a, un jour, dévoilé un peu de mon anatomie dans un pas de danse un peu trop endiablé...

Une chose est sûre, il ne faut pas être timide pour danser là-bas. Hommes et femmes se déhanchent, roulent du bassin, se frôlent et s'enlacent, emmenés par la musique. Sans retenue et rien que pour le plaisir de danser. Un soir, mon amie et moi nous sommes rendues à une petite fête dansante. Ça allait certainement valoir le coup d'oeil. Vous me voyez venir avec mon terme «fanée»...

Avec quelques complexes de débutante, je tentais de suivre le rythme un peu en retrait quand même. Comme sorti de nulle part, un homme commence à se déhancher devant moi. Je cherche mon amie des yeux, un peu embarrassée. Les sens en alerte, je lui envoie toutefois un sourire, question d'être courtoise. Il s'approche, me prend les mains et me fait danser. Vous auriez dû voir la fille droite comme un piquet qui essaie de ne pas se marcher sur les pieds. Panique ! Il me prend cette fois par la taille, m'enlace et entame un corps à corps à la lambada. Oh mon dieu, voilà que je devais onduler des hanches collée contre le corps d'un homme que je ne connaissais pas ... Un couple de touristes proche de nous sur la piste de danse souriait. Je ne saurais vous dire si c'était par amusement ou par empathie tant mon regard devait leur envoyer des signes de désespoir ou des appels à l'aide. La musique s'est arrêtée, mon partenaire m'a saluée et a disparu. Tout simplement. Il n'y avait pas de quoi en faire tout un plat finalement.

Bien entendu, je fus la risée des amies auxquelles j'ai raconté cette histoire. Mais celle-ci a aussi donné lieu à une énième conversation sur les relations hommes - femmes au Québec. Des approches où les mots drague (légère et respectueuse), séduction, flirt, attente amoureuse, etc. ne font presque plus partie du paysage. Force est d'admettre que l'on baigne plutôt dans un vocabulaire stratégique, fonctionnel, rationnel. Je ne mets pas la faute sur le dos de l'un ou l'autre des deux sexes mais comme je suis une femme, je constate ce fait de la part des hommes par le biais de faits vécus ou rapportés. Pauvres eux,  je leur avais déjà consacré un billet intitulé À force de niveler par le bas, on va toucher le fond. Sérieusement, la connexion a souvent des ratés au Québec, tant il n'y a pas de spontanéité. Un homme siffle ou lance un compliment au passage d'une fille, c'est un salaud. Un homme qui tente maladroitement et timidement d'aborder une femme, c'est un homme trop rose, une femme qui semble trop bien gagner bien sa vie, c'est forcément une princesse (sous-entendu « qui va coûter cher » à entretenir). Autant de jugements qui créent un no man's land de l'amour. Et si on décrétait l'abonnement obligatoire pour tous à des cours de lambada pour rapprocher les deux solitudes.

Et vous, avez-vous des anecdotes à raconter ? Ou de belles histoires de rencontres qui viendront déboulonner mon opinion relativement pessimiste, je l'avoue. Partagez-les ici !

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