26 mai 2013

Un maire à Montréal, pourquoi faire ?

Vous comprendrez que mon titre se veut ironique. Quoique...

En cette ère de grand cynisme et même de découragement - sentiments que je ressens moi-même - on peut se demander ce qu'un nouveau maire va pouvoir changer dans cette ville de Montréal qui tourne en rond depuis pas mal longtemps. D'aucuns vont me rappeler que l'on ne vit quand même pas à Détroit devenue ville fantôme. C'est vrai. D'autres vont me rappeler mes origines de maudite française qui râle tout le temps. Je ne râle pas, je discute...

Bon, revenons à Montréal. Certes, il y a le cirque de la commission Charbonneau et les ahurissantes déclarations de messieurs qui savent à peine s'exprimer convenablement qui gangrène le peu de confiance qu'il nous reste. Pourtant, selon moi, le mal qui mine Montréal est plus profond. C'est le peu de soin et de considération qu'on lui porte depuis des lustres. Non, pas de la part d'élus qui la malmènent. Non, je pense à nous autres, ses habitants. Ceux qui la vivent au quotidien, qui la fréquentent, qui l'encombrent, qui l'aiment ou pas selon les jours. Il y aussi toutes ses frontières ancrées en son sein. Au pays de l'ouverture sur les autres et du chaleureux accueil (c'est ce qu'on aime se dire, n'est-ce pas ?), les querelles de clochers et le chacun pour soi priment pas mal. Trop. Le maire du Plateau fait son seigneur pour désengorger la circulation automobile dans les rues de son quartier ? Les commentaires négatifs fusent alors de toutes parts. Immédiatement est venue la critique plutôt que la discussion. Pourtant, fussent-elles narcissiques, irréfléchies ou réfléchies localement, ces prises de position et de décision du maire de la république du Plateau ont au moins eu le mérite d'être provocatrices et auraient pu déboucher sur une prise de conscience collective en vue d'une solution collective. Car, on est bien d'accord, ce n'est pas une déviation de circulation par-ci par-là qui va régler le problème majeur de la congestion automobile en vue. 

Petite parenthèse pour démontrer que l'on est pas sortis de l'auberge dans notre coin de planète ou règne l'auto. Vous l'avez peut-être remarqué, certaines stations du métro affichent le travail de certains artistes en art visuel sur leurs colonnes imposantes. Une excellente idée me direz-vous. Et je suis parfaitement d'accord avec vous. Si je prends l'exemple de la station Sherbrooke, avez-vous vu aussi ce qui se trouve derrière cette belle initiative ? En plein dans le mille, une immense publicité pour une voiture. Dites donc, vous autres courageux usagers du métro, ça ne vous dit pas une belle petite voiture ? Quelle idée de génie de publicitaires que d'aller chercher une cible là où elle se trouve en masse... Car n'oublions pas ceci, chers amis : avant d'être considérés comme des citoyens responsables, nous sommes avant tout des consommateurs consentants. Oui, consentants, je pèse mes mots. 

Je prendrais comme argument l'article paru dans le cahier Affaires de l'édition de samedi du quotidien La Presse : « Un milliard dans les centres commerciaux ». C'est le total des investissements totaux dans la région montréalaise. Croyez-vous que des entreprises de développement immobilier dans le commerce du détail délieraient les cordons de la bourse si les prévisions d'achalandage et de ventes n'étaient pas bonnes ? Non bien sûr. Les consommateurs sont et seront toujours plus au rendez-vous, notamment avec l'arrivée de gros joueurs américains de le domaine de la mode, dont l'arrivée en sol québécois en réjouit plus d'un. Une menace pour le commerce local ? « Pfff, on s'en fout, on a plus de choix et ça coûte moins cher. » diront mêmes certains. 

Je reviens à mon titre. Je ne crois pas qu'un maire ou une mairesse ne puisse changer le visage de la ville tant que nous n'accepterons pas d'adopter, à titre individuel, des changements majeurs dans nos habitudes de vie, même si cela cause des sacrifices ou des efforts. Car la perpétuelle rengaine « pas dans ma cour » ne peut perdurer plus longtemps. 

Je lance donc cette idée : plutôt que d'élire le moins pire des candidats actuels qui représente forcément un parti, un clan, une quête de pouvoir, pourquoi ne pas former un groupe décisionnel constitué de personnes chevronnées dans des sphères d'expertise diverses, comme un(e) gestionnaire/financier, un(e) ingénieur(e) ou architecte, un(e) spécialiste des questions environnementales, etc. Bref, une équipe multidisciplinaire qui ne serait pas mue par des considérations partisanes mais par des visées socio-économiques et qui aurait toute la latitude de mettre en oeuvre des projets emballants, rassembleurs et surtout visionnaires.

Ainsi, j'oserais imaginer que plutôt que de créer ces éternels bureaux de projets, commissions, comités et sous-comités, de grands projets pourraient alors se concrétiser rapidement au lieu de demeurer en l'état de maquettes. Comme par exemple un grand réseau de transport collectif (mon sujet de prédilection, vous l'aurez compris) dont on ne fait que parler, parler, parler... Pendant ce temps, la ville de Paris annonce son Grand Paris Express (72 nouvelles stations de métro, 200 km de tunnels). D'ici la fin des travaux en 2030, quelque 90 % des habitants du Grand Paris vivront à moins de 2 km d'un gare. C'est ça un projet rassembleur et visionnaire ! Un projet basé sur un véritable consensus collectif. Rappelons que de notre côté, ça a pris des décennies avant que trois (sic !) stations de métro voient le jour. Rappelons aussi que notre STM peine à gérer un système de gestion informatisée de ses quatre (sic !) lignes de métro... Il y a aussi toute cette spéculation immobilière au centre-ville où des tours luxueuses poussent comme des champignons.

Bien entendu, me direz-vous encore, ça coûte des sous. Ben oui, mais vous serez peut-être d'accord avec moi, de l'argent il y en a mais il est (trop) souvent mal géré. D'où mon idée d'un gestionnaire/financier chevronné dans mon groupe décisionnel qui va mettre ses culottes pour imposer des règles... et des taxes. Un réseau de transport collectif étant immanquablement lié à notre évolution et développement durable en tant que société, tout le monde devrait ouvrir le porte-monnaie. Les entreprises avec une taxe spéciale calculée selon leur emplacement ou leur taille; les automobilistes taxés selon la grosseur ou le nombre de véhicules et les usagers du réseau actuel qui devraient débourser un prix plus élevé pour leurs billets. 

Drôle de réflexion en ce dimanche soir. Il a plu sur ma ville toute la fin de semaine et une certaine nostalgie s'est emparée de moi. J'ai comme une envie de faire table rase de tout ce ramassis de déjà vu et de déjà entendu. J'aimerais du neuf, du grand, du chic. C'est bien beau d'être toujours fiers d'organiser des grands événements comme C2-MTL, mais à quoi ça sert si l'humeur n'y est plus dès que la fête est finie ? C'est comme ci on en mettait plein la vue pour les invités alors qu'on a jamais rien à bouffer.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire