30 mai 2013

Ma liberté, elle me coûte cher


« La tâche (le fait de changer) est aussi douloureuse qu'inéluctable et même nécessaire pour qui ne consent pas à rester sur place et que porte le désir d'avancer ». J.-B. Pontalis, psychanalyste.

Sans en avoir l'air, j'ai vécu beaucoup de changements dans ma vie. Comme je l'ai déjà écrit dans un précédent billet, cela vient peut-être de ma petite enfance vécue avec mes parents dans une caravane, déplacée au gré des chantiers sur lesquels mon père travaillait.

À 18 ans, je me suis vue mariée par obligation avec mon premier amoureux, fils de fermiers établis dans un petit bled dans les Flandres françaises, à cause d'un « retard » de quinze jours. Qui sait ce qu'aurait été ma vie au sein de cette famille d'au moins dix enfants, dont le père buvait sa bière dans un bol au petit déjeuner...

Au début de la vingtaine, avec ma meilleure amie, nous avons remué ciel et terre (et nos banques respectives) pour louer un appartement en plein Paris. Une folie mais j'ai adoré.

À 28 ans, je m'expatrie avec mon mari au Québec, parce qu'à l'époque je l'aurais suivi au bout du monde. On peut dire que j'ai immigré par amour. Même si je pense que les mots « changer » et « s'adapter » font partie de mon ADN, je ne peux pas dire que l'intégration dans le monde du travail québécois a été facile. Tout a été à reconstruire de A à Z. Dix-huit ans plus tard, je suis toujours là - avec des changements majeurs dans ma vie. 

Récemment, cette envie de tout changer et d'aspirer à un mieux-être est revenue me hanter comme elle l'a fait à deux ou trois reprises depuis mon intégration au Québec - sentiment qui colle certainement à la peau de nombreux immigrants. Mais comment ? Changer un peu ou changer tout ? Changer de métier, changer de ville, ou simplement de coiffure (ça, je l'ai déjà fait dans un moment de grand doute et ça n'a vraiment pas été la meilleure idée...) ? Difficile d'y voir clair, surtout à une époque comme la nôtre où la société (le monde !) dans son ensemble semble elle même arrivée à un point de non retour et de fragilité. Dois-je attendre l'effondrement total ou à le réveil collectif ? Encore faut-il que je veuille attendre.

« Mais tu es folle ? Moi, à ta place, j'aurais fermé ma gueule et j'aurais pris l'argent ». Cette phrase, je l'ai souvent entendue quand j'ai raconté que j'ai tout récemment quitté un emploi fort bien rémunéré mais qui, en mon for intérieur, ne correspondait pas à ce que j'aime faire ou à ce que j'aimerais faire. Sans autre lendemain, j'ai mis un terme à cet emploi. Je peux comprendre ces réactions, tant ce genre de décisions vous place devant l'incertitude et même l'indécision. Suis-je une éternelle insatisfaite ? Ou une utopiste qui rêve en couleurs dans un monde du travail qui enferme en son sein tant d'insatisfaits passifs (comme je l'ai beaucoup - trop - été ces dernières années), prêts à subir une situation plutôt qu'une baisse de pouvoir de pouvoir d'achat en cas de chômage ?

Peut-être mais si j'en crois les pontes de la psychologie, c'est tout à fait normal car je suis dans une transition du milieu de la vie. Carl Gustav Jung appelait cette étape le « processus d'individuation », une expérience à laquelle aucun de nous n'échapperait entre 45 et 60 ans, soit dit en passant.

Je suis donc en train de reconquérir ma liberté. Quel beau mot ! Mais que cette quête de liberté exige des efforts et... de l'argent ! Car cette transition ne rapporte rien et impose des sacrifices. Pas étonnant que je me sente souvent submergée par des moments d'impuissance ou de découragement surtout pour cette utopiste que je suis et qui trouve souvent des sujets pour s'indigner. Car dans notre société mue par l'appât du pouvoir, du gain et de biens matériels, il y a de quoi, n'est-ce pas ?

Ah oui, j'allais oublier quelque chose dans mon joli tableau. En plus de ces doutes quant à mes décisions récentes, il y a aussi ce foutu sentiment d'imposteur qui me suit sans cesse. Quand vais-je un jour parvenir à écouter et à croire toutes ces personnes qui vantent mes mérites, plutôt que cette petite peste intérieure qui revient sans cesse me souffler : « Pour qui tu te prends ? Tu penses vraiment que tu peux prétendre à ça ? ». 

Je ne regrette pas mes choix, enfin pas encore... On dit souvent qu'il vaut mieux avoir des remords que des regrets. Je pense qu'ils sont en lien avec une prise de conscience que le monde du travail tel que celui que l'on me propose ou que l'on m'impose ne me convient plus. Bien sûr, je pourrais mettre cela sur le compte du manque d'authenticité, d'empathie ou de sens qui prévaut de plus en plus. Mais je crois bien que c'est plus que cela. Je ressens une page qui se tourne. Une page blanche, toutefois. Devoir l'écrire me fait peur, plus qu'à cette époque où j'ai tout laissé tomber (travail, familles, amis) pour suivre mon amoureux.  Il faut que je commence à me respecter moi-même avant tout pour être respectée des autres pour ce que je suis, ce que je fais et ce que j'apporte. Le premier pas est fait. Et tout au fond de moi, j'ai l'impression que tout est possible.

Je vous tiendrai au courant.

2 commentaires:

  1. Bravo et bon courage!

    RépondreSupprimer
  2. Votre texte est très bien écrit et son contenu fait écho à l'histoire de ma vie. Je suis soulagée de voir que je ne suis pas seule dans cette galère! Bon courage!

    RépondreSupprimer