02 avril 2013

Travailler en communications, tu n'y penses pas !

Un jour, elle voulait devenir policière, un autre chanteuse, pour finalement porter son choix dernièrement sur une carrière de designer industriel. Elle a encore tout le temps de changer d'avis, elle n'a que 14 ans...

Mais si elle m'annonçait prochainement qu'elle a décidé de travailler dans le domaine des communications - comme sa mère - quelle serait ma réaction ? Entre vous et moi, je ne suis pas pas certaine que je m'en réjouirais. Non pas que mon domaine d'activités n'a aucun intérêt, mais je fais le triste constat, après plus de quinze ans d'expérience, qu'il ne reçoit pas l'intérêt qu'il mérite dans nos sphères d'affaires.

Un service des communications, ça coûte toujours trop cher et, en plus, ça ne rapporte rien. Aucun retour sur investissement. Rarement, on lui octroie le même rôle stratégique que peut avoir par exemple un service de ressources humaines ou une direction des finances. Les communications corporatives sont un peu comme les baccalauréats littéraires à mon époque (je parle ici de la fin des années 80) : un peu tout et n'importe quoi. Rien à voir avec le niveau d'intelligence et les horizons de réussite de ceux et celles qui choisissaient, eux, un bac scientifique. « C'est quand même pas compliqué de rédiger rapidement un communiqué de presse ! », ai-je déjà entendu de la bouche d'un directeur des technologies de l'information. Non, monsieur, ce n'est pas compliqué si l'on croit qu'il s'agit uniquement de faire défiler des mots les uns après les autres. Quoique, en y pensant bien, cela peut être compliqué pour un bon nombre de personnes quand on sait que près d'un Québécois sur trois a de la difficulté à lire (et je suppose donc à écrire). Créer une nouvelle plateforme identitaire, développer une stratégie de communication ou élaborer un plan média,  ça prend quand même pas la tête à Papineau... Mais si justement, ça prend une bonne dose d'intelligence et, surtout, une capacité de réflexion. Or, une bonne réflexion, ça prend du temps, ce mot tabou dans notre monde qui carbure à l'instantané.

Ce désagréable constat, je l'ai façonné au gré de ma propre expérience et au fil de discussions avec des amies ou collègues, professionnelles d'expérience avec une belle feuille de route. Sentiment d'imposteur, manque de considération, dénigrement sont quelques-uns des termes qui sont revenus dans le cadre de ces discussions. Devoir en faire toujours dix fois plus pour convaincre... Imaginez, vous êtes une perle rare avec une excellente plume, des capacités exceptionnelles pour la réflexion et la synthèse, des qualités extraordinaires pour créer des relations harmonieuses, en plus d'être disponible les soirs et fins de semaine (lisez les offres d'emploi en communications...). On vous demande quelles sont vos attentes salariales, vous répondez honnêtement mais quand même en deçà comme le font la majorité des femmes. « Hum, c'est trop cher pour notre budget.».  Bah, ils ont certainement raison d'autant plus qu'ils ont l'embarras du choix parmi tous ces plus jeunes professionnels moins gourmands (quoique) qui, en plus d'offrir toutes les aptitudes énumérées plus haut, savent aussi pondre en trois minutes une stratégie intégrée en médias sociaux. Mais oui, ç'est bien connu, ces spécimen courent les rues, vous ne le saviez pas ? Allez, tasse-toi, matante...

Ah oui, j'allais oublier d'aborder un autre constat: il y a beaucoup trop de femmes en communications. Un rééquilibrage avec un taux raisonnable d'hommes ferait le plus grand bien. Car, mêmes si ces dames ont cette soi-disante compétence distincte qu'est le souci du détail, elles ne baignent pas toujours dans l'harmonie quand des rapports de pouvoir existent entre elles...

Se pourrait-il que cette lente dévalorisation du rôle de spécialiste des communications d'entreprise (je ne parle pas ici de publicité ou de réseaux sociaux) puisse trouver sa source dans cette surreprésentation des femmes ? Comme si l'on s'habituait tranquillement au fait que c'est un métier forcément de filles, pendant que les gars s'occupent des vraies affaires...

Qu'en pensez-vous ?

2 commentaires:

  1. On croirait entendre une traductrice (ou un traducteur, dans mon cas)! C'est toujours difficile de faire comprendre aux gens la difficulté d'un processus intellectuel. À la différence du droit, en communication, on n'a pas de jargon qui nous protègent des néophytes, ce qui fait croire que ce que nous faisons est à la portée de tous.

    Ça peut être décourageant parfois, mais qu'y a-t-il de plus beau que d'aider les gens à communiquer entre eux?

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  2. Quel excellent billet. Tu m'enleves les mots de la bouche, encore une fois..

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