18 août 2012

Le Québec ne sera jamais un pays...


Le Québec ne sera jamais un pays tant et aussi longtemps qu'il aura en son sein autant de frontières. Je ne parle pas de frontières territoriales (quoique), mais de frontières socioculturelles, linguistiques, idéologiques. Et la crise étudiante, qui a engendré ces élections bidon, lancées plutôt comme une consultation d'arbitrage par la population d'un véritable cul-de-sac, n'a fait qu'envenimer les choses. En passant, êtes-vous autant écoeuré que moi de l'utilisation ad nauseam du mot « jeunes » par tous les chefs de parti, comme s'ils venaient de découvrir qu'il y avait une jeunesse au Québec. Une récupération politique ou marketing tellement évidente qu'elle en devient ridicule.

Je suis arrivée au Québec en 1995, trois mois avant le référendum. Même si, de loin, je n'avais pas réalisé l'ampleur du sujet, j'ai ressenti à l'époque une véritable ferveur autour de cette question nationale. Le résultat hyper serré a créé ces deux solitudes que l'on connaît et qui se côtoient depuis dans un contexte de catastrophe régulièrement annoncée qu'est l'assimilation. Dix-sept ans ont passé, et j'ai hélas l'impression que nous sommes toujours au même point ou, pire, que nous faisons marche arrière. À tel point que je me mets parfois à penser que Montréal, que l'on aime haïr, devrait assumer son statut d'île en se séparant du Québec... Bon, on peut bien rire un peu - même jaune - en cette période si noire.

Je dis bien « noire », car je suis vraiment dépitée devant ce gâchis qui a divisé encore plus une population pourtant si petite. Comment se fait-il que nous ne parvenions pas à nous entendre sur un modus operandi alors que nous ne sommes que sept millions ? Bien entendu, et fort heureusement, on peut et on doit avoir des divergences d'opinions pour avancer. Mais je ne peux que constater qu'il n'y a aucun ciment social, pourtant essentiel pour ériger une nation. Je ne parle pas ici de nationalisme - terme que j'ai en horreur -, mais d'une fierté collective qui permettrait d'asseoir la place et le rôle du Québec dans un contexte géopolitique en mouvance.

Mais nous sommes bien loin de là. On a beau mettre l'accent sur l'histoire de la province (bien connue ?), ou notre belle langue commune (en prend-on vraiment soin ?), cela n'est pas suffisant. Car il y a quelque chose d'insidieux qui régit nos relations, soit ce dénigrement constant des autres : Montréal contre Québec, urbains contre banlieusards, souverainistes contre fédéralistes, intellos contre populos, francophones contre anglophones, ouvriers contre patrons, régions contre villes, etc. C'est déjà une longue liste, vous ne trouvez pas ? Et bien, on a réussi à en ajouter d'autres : les vieux contre les jeunes (un fossé générationnel que nous venons de créer de toutes pièces), sans oublier les Québécois de souche contre les immigrants avec ce début de saga autour des propos du pathétique maire Tremblay de Saguenay.

Bref, je pense qu'on a du pain sur la planche pour nous rapprocher avant de penser à nous imposer comme pays sur la scène canadienne (certains doivent bien rigoler en ce moment) ou internationale. Discutons, argumentons, engueulons-nous et osons. Car, au-delà des diktats d'un parti politique, la notion de pays, ça se mérite et ça se construit au quotidien par des idées créatives, un engagement, et une contribution sur le terrain, lesquels sont aussi des ressources naturelles.

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