07 juillet 2012

Montréal est-elle encore faite pour moi ?

Bizarre comme titre, n'est-ce pas ? Mais c'est bien la question qui m'est soudain venue en tête cet après-midi. Que ceux et celles qui me connaissent (et qui m'aiment !) ne paniquent pas, il n'y a point de départ en vue. Je crois plutôt que c'est un dilemme qui se présente régulièrement dans la vie d'un immigrant.

Je vis à Montréal depuis dix-sept ans. Je suis arrivée plus jeune bien sûr, nouvellement mariée et pleine d'enthousiasme à l'idée de connaître une nouvelle expérience de vie. Comme cela aurait été le cas n'importe où dans le monde, j'ai vécu mon lot de joies et de déceptions. Et j'ai réussi à me faire une petite place dans ma vie d'adoption, entourée de nombreux amis - particulièrement des amies - d'ici et d'ailleurs. Cet « ailleurs » qui colore tant le portrait de Montréal qui carbure au rythme de ses nombreuses communautés culturelles.

Dix-sept ans plus tard, je suis divorcée, mère d'une ado et près de la mi-quarantaine. Je suis aussi profondément urbaine (quand je dis urbaine, je sous-entend le coeur de la ville), indépendante, et bohème. Pour être plus précise sur ce dernier qualificatif, je ne peux envisager de vivre toute ma vie au même endroit (mes premières années de vie en caravane m'ont peut-être marquée au fer blanc). Ah oui, j'oubliais : mon projet de vie n'est pas d'être propriétaire d'une maison - à moins que ce ne soit une belle petite maison de ville - et l'idée d'aller passer mes étés dans un chalet au bord d'un lac ne me fait pas particulièrement fantasmer. Ah oui, j'oubliais aussi : je ne suis pas le stéréotype de la femme idéale pour une grande partie de la gent masculine de ce côté-ci de l'océan, soit une grande blonde assez bien fournie au bon endroit. Si possible avec des tatouages, c'est encore mieux...

Bon, j'exagères un peu, j'en conviens, messieurs. D'ailleurs, bon nombre de filles québécoises de tous âges sont également attirées par le même type d'hommes, soit hyper musclés, surtout avec de beaux bras tatoués (encore) et bronzés. Enfin, bref...

Plus sérieusement et pour revenir à ma réflexion, je me demande si Montréal est une ville appropriée pour une personne comme moi qui souhaite bâtir une nouvelle vie... à 45 ans ? Y a-t-il une place pour moi dans un endroit où je peux éventuellement détoner tant la réussite se calcule principalement au montant de son REER, à la grandeur de sa maison en banlieue, à la valeur de sa(ses) voiture(s), à la qualité de sa piscine privée et au nombre de ses voyages dans le Sud ?

Alors que Montréal est reconnue pour sa créativité et sa nightlife du tonnerre, y a-t-il encore une place pour moi qui a gardé l'âme de cette jeune femme qui débarquait il y a 17 ans, mais qui ne sort plus trop dans les bars et clubs à la mode ? Ai-je une crédibilité ou suis-je plutôt considérée comme une loser, tant je ne réponds pas aux exigences « normales » d'une personne de mon âge, qu'il s'agisse de parcours professionnel, de vie familiale ou de statut social au sein d'une société matérialiste issue du rêve américain ?

J'avoue que cette petite réflexion - assez profonde, merci - peut être surprenante. Mais qui ne se questionne pas de temps en temps sur son existence ? Cela prouve que l'on est vivant, non ?

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