15 juin 2012

Faut-tu s'immoler, tabarnak ?

Faut-tu être vraiment désespéré (ou provocateur) pour arborer ce message sur une pancarte comme l'a fait récemment un manifestant à Montréal? Sinistre clin d'oeil au printemps arabe, celui-ci reflète, à mon humble avis, le degré de nervosité et de cynisme dans le cadre d'un mouvement de contestation qui dépasse maintenant largement l'enjeu de la hausse des frais de scolarité. Après une vague d'émotion et d'enthousiasme qui s'est déployée face au réveil grandiose d'une province endormie mais solidaire, sont nées peu à peu des querelles intestines avec en leur centre un nouveau débat de société gauche-droite, lequel a remplacé le traditionnel et très affaibli jargon «souverainistes contre fédéralistes». 


J'ose espérer que les fabulations et autres excès de langage auxquels nous assistons parfois reposent uniquement sur un manque d'expérience de ce paradigme gauche-droite qui alimente aujourd'hui nos discussions politiques. Car, qu'elles soient de gauche ou de droites, les revendications ou affirmations extrêmes sont dangereuses, surtout dans un contexte de crise sociale majeure où elles puisent leurs forces sur le moral forcément bas des troupes. Mais pourquoi sommes-nous arrivés si vite à ce climat tendu? Oui bien sûr, le gouvernement en place a perdu toute crédibilité, et nous ressentons de plus en plus le besoin d'un véritable vent de changement. Oui, nous sommes les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord et, malgré cela, notre dette publique est énorme. Notre argent semble être par conséquent assez mal géré. Oui, l'avenir semble bien loin du rose pour les prochaines générations (dont la mienne, la fameuse génération X), qui vont peut-être devoir se contenter de miettes. Mais est-ce donc les seules causes qui peuvent expliquer ce profond ras-le-bol ?


Je me posais cette question cette fin de semaine en me promenant dans le quartier Jean-Talon, et en me disant que cette crise de nerfs collective (comme l'a dit le chanteur Jean-Louis Murat) en était une plus particulièrement francophone et québécoise de souche, tant les immigrants semblent exclus du portrait revendicateur. À moins que je ne me trompe - et vous me le direz certainement - je vois rarement des familles algériennes ou pakistanaises. Peut-être serait-ce parce, à bien y penser, on est quand même assez choyés au Québec en termes de services à la société et de qualité de vie. Il suffirait de leur poser la question pour le savoir...


Une de mes amies libano-canadienne, qui habite en ce moment en Arabie Saoudite, doit revenir très prochainement à Montréal. Je lui ai demandé si elle n'était pas inquiète de toute cette agitation qui secouait la métropole. Elle m'a simplement répondu ceci : «Tant que je n'ai pas de revolver sur la tempe et que des bombes n'explosent pas dans les rues...». Je me permets de la citer non pas pour minimiser la pertinence du ras-le-bol québécois (montréalais), mais je ne peux m'empêcher de penser que bon nombre de ressortissants de communautés culturelles issues de pays troublés doivent se dire la même chose et ne rien y comprendre. Tout comme ne semblaient guère s'en soucier ces nombreux plaisanciers - jeunes et moins jeunes - que j'ai vus se prélasser sur leurs énormes bateaux pas mal luxueux, amarrés côte à côte sur un plan d'eau aux Îles de Boucherville. Sait-on si Schumacher ou Villeneuve en possèdent d'aussi beaux ? Qu'on est donc ben au Québec... 

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