16 mai 2012

Le Québec se réveille-t-il ou s'effondre-t-il ?

Vous souvenez-vous du passage de l'auteur Dany Laferrière à l'émission dominicale Tout le monde en parle il y a quelques mois ? Celui-ci avait affirmé qu'il était persuadé que l'hiver enferme les Québécois dans une sorte de vase clos. « Ça nous plonge dans des angoisses identitaires, des énervements. Le Québec a besoin de sortir du Québec.» avait-il ajouté avec son flegme légendaire. D'autres de ses propos m'avaient profondément interpellée et marquée. Il avait ainsi ajouté « qu'une société ne pas continuer à grandir dans un espace où des gens croient qu'une femme comme Pauline Marois ne pourra jamais être Premier ministre parce qu'elle a une grande maison qu'elle a payée avec son argent » ou encore « Le populisme exige qu'on ait des gens qui nous dirigent avec une notion de pauvreté. Après avoir affirmé qu'il voulait au contraire des premiers ministres riches pour qu'ils ne soient pas impressionnés lorsqu'ils voyagent dans le cadre de leurs fonctions et qu'ils sachent parler de choses sérieuses, il conclut sur le sujet comme ceci «J'ai toujours eu peur des pauvres au pouvoir. Ils seraient capables de nous rendre tous pauvres. » Il sait certainement de quoi il parle, le bonhomme.  

Ce qui se passe ces derniers jours au Québec ne cesse de me faire revenir en tête les propos de monsieur Laferrière. Et si je me permets de le citer aujourd'hui, ce n'est bien entendu pas pour faire une analogie avec un gouvernement qui, comme ses petits amis, s'en met plein les poches...

Alors que la grève estudiantine, légitime à ses débuts, est devenue au fil des semaines un feuilleton politico-anarcho-syndicalo avec ses vedettes et ses figurants, l'agitation sociale a  pris le relais sur fond de désobéissance civile, de fracture entre générations et de clivage entre classes sociales (les bons contre les méchants). Et avec ça, ils veulent créer un pays, comme dirait un certain Jean-Pierre Ferland, fatigué comme bon nombre de ses concitoyens de constater ce véritable gâchis pas seulement dans nos rues mais aussi dans notre cohésion collective. Une cohésion que je ressentais déjà fragile depuis bien longtemps jusqu'au point d'empêcher un réel mouvement de l'avant.
Parmi les grandes envolées rhétoriques des dernières semaines, on a pu entendre que ces étudiants courageux se battaient pour les prochaines générations, qu'ils avaient réveillé une société apathique et que grâce à eux, la révolution était en marche. Ben voyons, si on n'avait pas envisagé de piocher dans son porte-monnaie, chacun d'entre eux aurait certainement continué à étudier bien sagement sur ses bancs d'école en espérant décrocher un jour un beau diplôme pour se faire une place pas trop loin du soleil comme tout le monde. 
Si on avait vraiment pensé aux prochaines générations (le « on » nous inclut tous), il y a bien longtemps que l'on aurait pris les moyens pour que l'éducation pour tous soit le moteur de notre développement, pour que des enfants ne tombent pas malades dans leurs écoles primaires en voie de délabrement, pour que l'environnement soit une priorité individuelle sans avoir à attendre qu'il y ait un Plan Nord, pour que la culture générale n'ait pas eu à céder depuis belle lurette sa place à la performance et à l'enrichissement individuel.
Espérons tout simplement que cette confrontation de plusieurs mois entre les étudiants et le gouvernement ait fait naître chez le plus grand nombre une envie d'amorcer enfin de véritables débats politiques et de société même si les opinions doivent être divergentes. Car comme cela peut être le cas dans toute famille, à force de fuir les conflits, de non-dits, de tergiversations, et de silences qui en disent long, ça pète un jour ou l'autre. Et ce jour-là, c'est pas beau et ça fait mal. Comme on le constate ces jours-ci.

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