11 mai 2012

Grève, mensonges et décadences

Est-ce que je vous ai manqué ? De mon côté, en tout, cas, j'ai l'impression que cela fait une éternité que je n'ai écrit un petit billet. Est-ce en raison d'un vague à l'âme alors que le ciel est plus souvent gris que bleu ? Ou parce que mon esprit est trop absorbé par des broutilles au travail ? À moins que ce ne soit ce « je ne sais pas trop quoi penser » qui empreint mon intérêt sur l'actualité au Québec. Ou peut-être tout simplement en raison de la charge trop émotive que l'on prête aux événements autour de la grève étudiante qui en est à son troisième mois.

Ainsi donc, le chaos sème la terreur dans les rues de Montréal, alors que des attentats terroristes (sic !) ont paralysé pendant deux heures l'ensemble du réseau du métro. Ne manque plus qu'un appel à l'armée pour entrer en guerre. Sans compter que le premier ministre, devenu véritable dictateur, a rejoint dans la bouche de certains le rang des Ben Ali ou Moubarak. Parfois, je n'en crois pas mes yeux ni mes oreilles. Oui, il y a eu des bombes dans le métro, mais fumigènes, et il n'y a pas eu mort d'homme. Un geste pas très intelligent certes mais que voulez-vous, quand on veut faire chier le plus de monde possible, on frappe fort là où ça fait mal. Ce qui fut le cas. Mais nul besoin pour autant de rameuter toutes ces escouades policières et réseaux d'information pour en faire tout un plat et attiser une éventuelle paranoïa collective. Oui, il y a eu des blessés de part et d'autre lors d'une mini émeute à Victoriaville et c'est extrêmement dommage. Mais dans toute manifestation, qui rappelons-le, est un acte politique collectif le plus souvent de protestation (on ne parle pas de parade ni de défilé dans le cas qui nous concerne), il y a toujours risque d'affrontement. La police a-t-elle trop usé de la force ? Certains manifestants ont-ils trop usé du lâcher de roches ? Peut-être. Le principal est que cela doit rester un accident de parcours et un cas de conscience des deux côtés de la clôture.

Ceci dit, serait-il donc possible s'il vous plaît de relativiser nos propos ou tout au moins d'être un peu plus humbles, ne serait-ce que par respect pour les nombreux peuples dans le monde qui manquent vraiment d'un droit d'expression ou qui connaissent jour après jour une véritable répression musclée ? 

Certes, cette grève longue de trois mois est une première dans l'histoire du Québec où des mouvements de protestation ne font pas légion. En tout cas pas de ma propre mémoire depuis mon arrivée au Québec en 1995. Certes, ce réveil d'une jeunesse que l'on aime prétendre égoïste et gâtée a eu tout lieu de nous réjouir, d'autant plus que leurs trois leaders font en effet preuve d'éloquence, ce qui n'est pas toujours le cas de nos hommes et femmes politiques. Certes, la gestion de ce conflit est lamentable de la part d'un gouvernement qui ne cesse de se cacher derrière des considérations linguistiques ou d'une prétendue sauvegarde de l'avenir de la nation pour laisser pourrir la situation.

Certes, ce qui aurait pu être une opportunité d'entamer un véritable dialogue sur la qualité, sur l'accessibilité et surtout sur la nature même du système éducatif (à partir du secondaire) tel qu'on le connaît et qui est peut-être devenu obsolète ou inadéquat, est un véritable gâchis. Car je ne le répèterai jamais assez, l'abandon de l'école publique à la fois par une grande partie de la population et de nos instances politiques est une aberration et un frein à l'évolution d'une société forte et plus soudée. La hausse des droits de scolarité n'est qu'un volet (trop tard) de la fracture née du peu de place laissée à l'éducation au fil des ans (sans égard au parti politique). Preuve que celle-ci est souvent reléguée au second plan, il n'a pas été bien long le moment où s'est rallié à la cause étudiante un mouvement plus large teinté de partisanerie politique et qui n'avait de but que de déboulonner le système en place : à bas Charest, la corruption, le Plan nord, les policiers, les riches, les bourgeois, les corrompus, les capitalistes, etc. Si les ras-le-bol envers un néo-libéralisme tordu sont compréhensibles, il sera possible de les faire entendre lors de prochaines élections. En espérant que le taux de participation, notamment de cette jeunesse dite politisée mais qui ne l'était pas jusqu'à présent dans les derniers processus de vote, traduira cette intention de changement.

Mais tout n'est pas négatif. On voit ainsi un échange d'idées qui s'éloigne du traditionnel souverainistes contre fédéralistes pour faire place à un rapport gauche droite. Il est encore un peu grossier et pas toujours de très bon goût mais j'espère qu'il permettra de mettre bientôt en lumière de nouvelles idées et de nouveaux idéologues issus d'horizons divers. Pour revenir à nos vaillants leaders étudiants, ils ne doivent pas porter sur leurs frêles épaules le fardeau de sauver notre monde. S'ils sont porteurs d'avenir comme le sont certainement beaucoup d'autres dans leur ombre, il n'en demeure pas moins que nous avons besoin de nouveaux vrais leaders engagés pour le bien collectif. Pas demain, maintenant.

Ah oui, j'oubliais, j'ai entendu dire que certains étudiants, découragés par la crise actuelle, ont finalement choisi de déserter les bancs de leur université pour occuper un emploi. Plutôt que cette voie de mononcle ou de matante, je leur proposerais de prendre leur sac à dos et d'aller voir ce qui se passe ailleurs quelque temps. On dit bien que les voyages forment la jeunesse. Surtout quand elle peut s'éloigner d'une école de pensée trop étroite comme peut l'être parfois celle du Québec où tout est soit noir ou blanc.

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